[LP] LEYA – Flood Dream

Lorsque la beauté la plus immaculée rencontre les peurs les plus profondes ; « Flood Dream » marque une étape cruciale dans le monde trop hermétique de la musique expérimentale, tandis que LEYA embrasse à corps perdu ses apprentissages vitaux et émotionnels extrêmes. Un opus transfiguré par la terrifiante solennité du pardon et de l’acceptation d’un monde qui, en mouvement constant, ne changera pourtant jamais tous les rejets humains qu’il nous crache chaque jour au visage.

D’aucuns considéreront que la forme quasiment religieuse de « Flood Dream » pourrait rapidement prendre le pas sur l’interprétation pénétrante de la harpiste Marilu Donovan et de l’altiste Adam Markiewicz, alias LEYA. Ce serait mal connaître le duo qui, depuis « The Flood » en 2018, s’applique à infuser son art d’une dimension humaine exponentielle et prenant tout son sens sur ce second effort. Bien entendu, les échos et ampleurs sonores dynamiques de l’œuvre pourraient aisément argumenter en faveur d’une vision proprement spirituelle ; pourtant, l’intégralité des neuf pistes résonne davantage comme un désir de scruter, au sein d’un seul et même corps, le bien et le mal, la tentation et la dévotion. Le travail intensif de LEYA éclate tout au long de l’écoute, alternant malaise et fascination sans jamais échouer à saisir l’auditeur, physiquement et émotionnellement.

Froid et implacable, « Flood Dream » ravage nos convictions les plus profondes, met à mal nos sensations et impressions premières, puis finit par imposer un respect et une manière incomparable de raconter le malaise. « Weight » présente le discours à venir et ses intervenants, nus face à un public souvent prompt à les juger, quand « Wave » plonge tête la première dans la noirceur de l’âme et de ses fragiles idéaux. Les cordes, frottées ou pincées, s’étirent telles nos propres veines face à un afflux de sang trop important, gonflant ces dernières jusqu’à la limite de l’implosion et amplifiant la souffrance purificatrice d’arpèges montant dans les cendres nuageuses d’une imminente éruption (« INTP »). Les aigus vocaux implorent, pleurent, dévient de leurs invocations primordiales pour questionner la nature et le divin, l’humanité et ses croyances ancestrales (« Flesh »). Un corps nouveau, parfois tendre et affectueux (« Flow »), parfois mélancolique (« Mariah ») ou orageux (la tension continue de « First Way »), voit ses muscles se tisser sous nos regards figés. Le disque entre en fusion dès que l’on accepte d’entrelacer ses formes et substances, de les croiser, de les éprouver.

Crépusculaire, âpre et cependant splendide, « Flood Dream » aime nous malmener, fausser nos impressions et semer les graines d’un doute destiné à devenir rédempteur. Une sculpture mouvante, cinématographique et sinistre, mais qui a l’incroyable mérite de nous obliger à sortir des sentiers battus, pendant quelques minutes, pour mieux voir que nous risquons de ne plus exister, même si nous respirons encore. Difficilement.

« Flood Dream » de LEYA, disponible depuis le 6 mars 2020 chez NNA Tapes.


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