[Entourage #107] Les Marquises

Depuis des débuts en 2010, à travers le patronyme Les Marquises, l’âme du groupe Jean-Sébastien Nouveau entretient une sorte de brouillard sur le chemin sinueux menant vers son entité musicale singulière, qui vient de marquer cette année 2020 si particulière avec la sortie d’un album foisonnant, « La Battue », en forme d’audacieux voyage sonore et cosmique. D’une certaine manière, avec les révélations qui l’accompagnent, ce nouvel exercice d’Entourage nous permet de pénétrer un peu plus loin dans le territoire créatif parallèle et extensif qui est celui de « La Battue » et plus généralement dans la philosophie relationnelle qui est au cœur de la musique des Marquises.

crédit : Lise Dua

Martin Duru (Immune)

Avec Martin, nous faisons de la musique ensemble depuis le lycée et n’avons jamais arrêté depuis. Nous avons commencé par faire des reprises des Cure puis, petit à petit, nous avons composé chacun de notre côté jusqu’à ce que l’on forme le groupe Immune en 2004 avec mon frère Julien et Gary Soubrier. Nous avons fait deux albums ; « Sound Inside » et « Not Until Morning », puis j’ai eu des désirs d’autonomie et j’ai monté Les Marquises avec l’envie d’être le seul chef à bord. Mais Martin a toujours été présent en m’épaulant pour les arrangements, souvent davantage. Pour « La Battue », le dernier album des Marquises, nous avons recréé notre duo originel en nous partageant la composition à parts égales et en invitant très peu d’autres musiciens.


Jonathan Grandcollot (Société Étrange)

J’ai rencontré Jonathan par hasard, car nous avons travaillé pendant longtemps ensemble dans le même cinéma d’art et essai. Le cinéma était peu fréquenté et on a passé beaucoup de temps à se faire écouter de la musique. Grâce à lui, j’ai découvert Moondog, Psychic TV, Coil et plein d’autres choses, et je crois qu’il m’a donné le goût des rythmes tribaux. Par ailleurs, c’est un excellent batteur qui a un style bien à lui, une approche de percussionniste plus que de batteur. J’adore son jeu, il m’a beaucoup inspiré et m’inspire toujours beaucoup. Il a joué sur tous les disques des Marquises. Même si parfois ses contributions sont minimes, mon esprit s’est imprégné de son jeu. Souvent, quand je cherche des rythmiques, je me demande ce que jouerait Jonathan. En ce moment, il joue avec le groupe Société Étrange, et son projet solo plus electro Plein Soleil.


Jonathan Geiger (Minus Story)

J’ai découvert la musique de Jordan en 2005 par « No Rest for Ghosts » de son groupe Minus Story. J’ai écouté cet album en boucle jusqu’à l’usure et quand, en 2010, j’étais au bord de terminer l’enregistrement du premier album des Marquises, « Lost Lost Lost », j’ai pensé à lui pour interpréter le disque. Les mélodies de chant, les paroles étaient écrites, mais je n’avais pas envie de chanter sur ce disque. Jordan a accepté et on a travaillé à distance par mail. Il a fait du super boulot et sa voix singulière donne une saveur toute particulière à ce premier album.


Agathe Max

Agathe joue sur deux morceaux de notre avant-dernier album, « A Night Full Of Collapses » sorti en 2017, et a ouvert trois de nos concerts. J’aime beaucoup sa musique et j’ai été très impressionné lorsqu’elle a fait notre première partie en 2014 pour notre release party à Lyon. Elle jouait seule avec de la vidéo et c’était très beau, très saisissant. J’espère qu’un jour on pourra collaborer à nouveau ensemble, car c’est une personne très talentueuse.


Matt Elliott

J’écoute Matt Elliott depuis très longtemps. Je l’ai découvert avec son projet electro Third Eye Foundation en 1996, mais j’ai vraiment été happé par sa musique à partir de son premier disque solo « The Mess We Made » en 2003. J’avais très envie de l’inviter sur un ou plusieurs titres depuis longtemps, et puis en 2014 le fait de signer chez Ici, d’ailleurs… pour « Pensée Magique » a provoqué l’occasion. Je lui ai proposé de chanter sur quelques titres et il a tout de suite accepté. J’en ai été honoré. Cela nous a permis de passer un peu de temps chez moi à Lyon pour l’enregistrement et de partager de chouettes moments à parler en se baladant dans la ville. Je suis d’ailleurs assez fier d’avoir pu lui faire enregistrer un titre (« Feu Pâle ») en français. Le morceau a gagné ainsi en mystère, en étrangeté.

Une première porte s’était ouverte de notre côté sur « La Battue » dans les cycles répétitifs et hautement hypnotiques de « Head As a Scree », digression techno foncièrement obsédante, dont nous ne sommes pas totalement ressortis indemnes. Combinant avec un savoir-faire détonnant, la mélancolie industrielle de Suicide avec les élans climatiques de Carl Craig, ce morceau posait les bases d’une confrontation avec les envies esthétiques atypiques et passionnantes de son créateur, et donc de son principal complice, Martin Duru. Chez Les Marquises, il y aura à l’évidence, toujours une attirance pour les recoins sombres des émotions, celles qui flirtent et se confondent dans la mélancolie, la folie, la rêverie, la contemplation… Se télescopent ainsi au fur et à mesure du développement quasi conceptuel de ce disque imposant : krautrock, new wave, post-rock, musiques de films, ambient, techno, dub, electronica, jazz… dans une sorte de cérémonie païenne et obscure où se rejoindraient un soir de pleine lune, Bauhaus, Tortoise, Brian Eno, Robert Wyatt, Laurie Anderson, Rone, The Limiñanas, Colder… Si le pari artistique était risqué, sa réussite tient énormément à la capacité de ces étonnantes compositions à toujours rester à la frontière de la pop, et ne pas verser dans le domaine exclusif des musiques expérimentales, en dépit de partis-pris pour le moins radicaux, ou en tout cas totalement assumés, le tout pour ce qui est et restera une des belles surprises en matière de musiques indépendantes de ces dernières années.

« La Battue » de Les Marquises est disponible depuis le 5 juin 2020 chez les disques normal.


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