[Live] Les 3 Éléphants 2016, jour 2

Après une première journée placée sous le signe des valeurs sûres et des bonnes surprises, le samedi de la 19e édition des 3 Éléphants aura réservé aux Lavallois des destinations paradoxalement changeantes. Une volonté de satisfaire chaque festivalier qui s’est avérée finalement payante, alors que le dépaysement promis fut au programme jusqu’à (très) tard dans la nuit !

Jeanne Added © Fred Lombard

Article écrit par Fred Lombard et Yann Puron

« On nous avait parlé de 3 éléphants. Ils ont dû faire des petits ! » Le virtuose Arthur Téboul et ses élégants partenaires s’adonnent à leur show habituel, à travers une passion frénétique. Un exercice de séduction toujours aussi fascinant, marqué par un sens exceptionnel de la narration. Entre récits épiques, saisissants et vibrants, le chant du roi Arthur obsède et régale par son phrasé spasmodique. Avec l’orageux « La mort dans la Pinède », le virevoltant « Boeing » et l’entêtant « La Malinche », Feu! Chatterton émèche un public comblé. Le set émoustillant tient par moments de la tension sexuelle, plus ou moins dissimulée, qui donne à son fantaisiste meneur des airs de fauve en liberté. La fureur de vivre de Feu! Chatterton ne s’éteint pas et étincelle même de plus en plus au fil des concerts et des tournées. Si les choses nous échappent, pourquoi les retenir ?

L’Aulnaysien Vald, assisté d’un backeur et d’un DJ, sème son flow narquois et insolent en direction d’un public jeune venu se défouler et reprendre en chœur les hymnes chahuteurs du rappeur montant. Embrasée et emballée par la présence scénique de l’impertinent MC, la foule déraille et s’emballe alors que Vald part au clash et lâche ses rimes, pas toujours très fines. Et tandis que les bien-pensants, au loin, froncent les sourcils, « Shoote un ministre », « Selfie » ou « Bonjour » retentissent sur scène, repris à l’unisson par une foule animée qui connaît ses textes sur le bout de la langue. Des hymnes drôles, souvent amers et qui, pris au second degré (en espérant qu’il soit compris ainsi), parlent à cette jeunesse en quête d’un rap-divertissement. Une prestation attendue qui aura su trouver son public.

D’une élégance folle, accompagnée par ses talentueux partenaires – Narumi Hérisson aux claviers, Marielle Chatain aux claviers et percussions, tous deux aux chœurs et Emiliano Turi à la batterie -, Jeanne Added va livrer une prestation captivante et magistrale, rodée par ses innombrables concerts depuis les Trans Musicales de 2014. La chanteuse aux cheveux de braise et d’albâtre conquiert avec force et présence un public admiratif, comme hypnotisé. Jonglant entre une électro intensément animée (l’incroyable « It » et l’éclatant « Back to Summer ») et des moments rock solennels (« Be Sensational »), les festivaliers n’ont pas d’autre choix que de se soumettre à la forte volonté du quatuor. « A War is Coming » marque un grand moment dans ce concert, que nous ressentons comme une déclaration d’amour faite à une foule conquise. L’émouvant « Suddenly » viendra offrir une conclusion fraternelle à un show admirablement construit et aux émotions richement fluctuantes. Conquérante et convaincante dans son domptage de la scène, Jeanne « Dark » récolte tous les lauriers de son travail.

Les Ontariens de METZ ont, quant à eux, réservé aux festivaliers endurcis une purge noise cathartique. Le trio rock offre un concert direct, avec des morceaux courts évitant le piège des longueurs afin de privilégier un rythme percutant. Et, paradoxalement, le son n’est pas aussi fort que ce à quoi nous pouvions nous attendre. Tout reste définitivement sous contrôle. La violence volcanique du combo s’intensifie et voit le volume grimper, à mesure que les morceaux des deux albums se dévoilent tels que « Get Off » et « Headhache ». Dans les premiers rangs, les incessants slams et pogos désinhibés du public concourent à l’ambiance générale du set. Une expérience intense et sans concession. Si la messe est dite, l’absolution n’est définitivement pas loin. Les amateurs de rock en quête de sensations fortes en ont eu pour leur argent et leurs bleus.

Le duc Étienne de Crécy est venu partager avec le public mayennais sa masterclass french touch dont il est l’un des parrains depuis la sortie de « Super Discount » en 1996. Installé entre le Super et le Discount, le producteur parisien organise la grande boum de l’après-minuit. Le dispositif visuel, impressionnant, met plus en lumière les lettrages racés que l’homme aux machines. Deux décennies d’héritage électro à la française, intelligemment et élégamment compilées, traversent des sonorités house, funk et club et parviennent à séduire un public hétéroclite. Des sons magiques et cultes ravissent les plus nostalgiques comme « Prix Choc » venant donner des airs de supermarché à l’Arène, alors que ceux du troisième et dernier opus de « Super Discount » ne seront pas oubliés avec « Smile », « Hashtag My Ass » et « You ».

Notre soirée s’achève alors que l’Américain Sean Tillman, alias Har Mar Superstar, débarque sur scène, arborant veste de football US et leggings aux motifs tribaux et ultra colorés. Le crooner de génie livre un début de concert généreux, amené sur un plateau par le tube « Prisoner ». Le showman inonde le public d’un amour décuplé par les six musiciens qui l’accompagnent. Un brass band irrésistible au service d’un artiste loufoque et attachant, jouant avec sa voix comme avec ses incroyables accoutrements et postures.


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