[Live] Les 3 Éléphants 2016, jour 1

indiemusic était à bord de l’avion des 3 Éléphants au départ de Laval, vendredi 27 mai 2016. Sur le plan de vol du festival mayennais, les valeurs sûres et populaires ont côtoyé quelques belles surprises offrant leur lot de folles turbulences, et nous avons vu se confirmer définitivement certains projets montants. Attention au décollage : 3, 2, 1

Thylacine © Fred Lombard

Article écrit par Fred Lombard et Yann Puron

Le décollage de la 19e édition des 3 Éléphants est assuré avec brio et élégance par un séduisant quatuor à barbes et à tresses. La sensualité malicieuse de 3SomeSisters envoûte en l’espace de quelques secondes, à travers ses voix en parfaites harmonies et aux tonalités enchanteresses. Sophie, Bastien et Florent aux leads échangés accompagnent Anthony et ses percussions avec délice. Une hypnose charnelle, amplifiée par une mise en scène costumée faite des maquillages, d’ornements féminins et autres bijoux qui concourent à un dépaysement exquis. Si bien que l’exotisme offert par leur polyphonie française est admirablement mis en avant, conjuguant les parfums des îles à de doux désirs. Entre dualité et complicité, les beats tribaux et les enjeux vocaux interpellent un public fasciné par tous ces charmes, nourris de quelques chorégraphies pleines de dynamisme. En bref, un show généreux, bienveillant et ouvertement gai, rythmé par un jeu de séduction à la douce impertinence auprès des Lavallois. En attendant que les réacteurs s’embrasent pour de bon, 3SomeSisters nous aura une nouvelle fois réservé un véritable feu de joie musical !

Comme à son habitude, Jain assure seule sur scène une prestation d’envergure. Il faut peu de temps pour que la Toulousaine de 24 ans recueille les mille et une faveurs d’un public déjà acquis à sa cause. Et quelle assurance ! Entre pop, sonorités électroniques et rythmiques exotiques, elle devient la Jane d’une jungle qui n’a d’yeux curieux et grand ouverts que pour elle. Véritable chef d’orchestre d’un ensemble d’instruments et de machines qu’elle autoproduit, la musicienne et performeuse nous prouve, par sa démonstration scénique épatante, que l’absence d’un groupe sur scène pour l’accompagner ne nuit pas forcément à la réussite d’un concert. Entourée d’écrans aux motifs urbains et zébrés affichant le nom de la jeune femme et de belles animations dynamiques, pendant près d’une heure, l’épatante Jane dévoile un show parfaitement rôdé, intelligemment construit et structuré, qui s’octroie même le luxe de quelques beaux moments de spontanéité et d’échanges avec son public d’un soir. Elle le rejoindra ainsi  le temps d’enregistrer sa voix pour la diffuser en boucle, et tentera, amusée, de reprendre le cours de ses titres avec cette base improvisée. De nouvelles chansons seront également offertes au public ; notamment à travers un bel hommage à « Paris » suite aux attentats de novembre dernier et un électrofunk très accrocheur sur l’irrésistible « Dynabeat », nouveau tube endiablé et ensoleillé que nous entendrons à coup sûr sur toutes les ondes cet été. Tout cela venant définitivement justifier le succès mérité, et surtout public, à l’explosion fulgurante de la talentueuse Jain.

Installés sur la scène extérieure du Patio, les Suisses de Puts Marie ont réservé à un public curieux un show transpirant l’amour et la passion, ainsi qu’une certaine folie. Livrant avec cœur un blues au groove tout en élégance et aux enjeux de séduction, le projet emmené par l’énigmatique Max Usata questionne et fascine sur ses intentions désorientées, sinon déboussolées. Évoluant du blues à la soul, Puts Marie navigue à travers ses tourments les plus fous. S’il ne fait aucun doute que son fougueux leader-batteur-crooner joue de ses charmes auprès de la gent féminine et jouit d’une présence incarnée sur scène, c’est bien le projet tout entier, au moral jamais en berne, qui aura parfaitement assuré le spectacle.

Sur une autre scène plus confidentielle, la noise techno du projet solo Usé dévoile son jeu intensif. Venu de son fief picard, le multi-instrumentiste Nicolas Belvalette tire sa musique et son énergie jusqu’à la corde, quitte à être inondé sous la transpiration. C’est un show sauvage, extrême et déchaîné qui se déroule sur le minuscule Club Grand Géant comme devant un spectacle de marionnettes (pour grands enfants). Jouant avec férocité sur ses instruments de prédilection (lap stell et batterie), les cheveux en nage et au vent, Usé fracasse les codes du rock et du multi-instrumentisme avec brio. Radical et complètement indépendant dans son propos musical, le performeur d’Amiens met un point final au concert en prenant le pouls sur son torse pour accompagner les beats de Billie Jean.

L’Arène est pleine à craquer pour la tête d’affiche de cette 19e édition des 3 Éléphants, ayant fait le plein avec ses 5000 festivaliers qui se retrouvent autour des chansons d’hier, d’avant-hier et d’aujourd’hui de Louise Attaque. Emmené par le chaleureux et toujours souriant Gaëtan Roussel, le groupe parisien va offrir un concert attendu : généreux, populaire et marqué par une foule intergénérationnelle. Un spectacle grand format, comme ceux présentés sur la tournée française, où chacun reprend à tue-tête « J’t’emmène au vent », « Les Nuits Parisiennes », « Léa » et « Amours ». Les morceaux du dernier album, tels « Anomalie » et « Avec le temps », sont formidablement bien défendus sur scène et réussissent l’exploit de ne pas creuser un fossé avec les anciens morceaux mythiques. De belles retrouvailles !

Sur le Patio, c’est l’énorme performance du MC KillASon qui embrase définitivement les 3 Éléphants. Seul sur scène, après avoir lancé ses machines à tubes hypercadencés, Marcus Dossavi-Gourdot libère son flow des grands soirs. Prince de la séduction avec son regard malicieux et ses irrésistibles pas de danse, le frétillant jeune homme donne tout avec une fougue aussi épatante que constante. En habit de pimp, en tee-shirt, en blazer ou torse nu, le rappeur pictocharentais a l’attitude, le look et la confiance des meilleurs MCs français. Une performance fédératrice autour d’un des futurs grands noms du rap international (on fait les paris), dont le mélange ultra puissant et intensif du meilleur du hip-hop américain s’unit à une insolente maîtrise d’un flow démentiel à la Busta Rhymes. Vers la fin du show, le torse nu et bombé du chanteur rendra le public « fleekahs » (comprenez « complètement dingue ») et la chaleur gagnera encore quelques degrés côté foule. Une certitude alors : KillASon est bien notre grande surprise de cette soirée !

Qu’il ne change plus rien. L’Angevin William Rezé semble avoir enfin trouvé la scénographie et le lightshow idéal pour accompagner ses prestations scéniques. Trois grands rideaux tressés accueillent les projections lumineuses, extrêmement dynamiques et créatives de Thylacine. Le travail de sa complice VJ, Laetitia Bely, apporte plus que jamais prestance, puissance et profondeur à ses productions dépaysantes. Enchaînant morceaux plus anciens, définitivement incontournables, et dernières réalisations extraites de son premier album, « Transsiberian », le musicien et producteur passe du saxophone aux boîtes à rythme avec une aisance remarquable. La cadence du concert est soutenue malgré un son, avouons-le, excessivement fort. L’époque des débuts est maintenant très loin, et quelle belle ascension !


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