[Interview] LENPARROT

Comme une clef ouvrant sur son monde intérieur, Romain Lallement part en quête d’une aventure plus personnelle à travers LENPARROT, son projet solo entrepris, aventureusement, en parallèle de ses groupes Rhum for Pauline et Pégase.
Après la sortie de son premier EP, « Aquoibonism », chez Atelier Ciseaux, présentant une pop minimaliste aux touches r’n’b mélancoliques, le chanteur et compositeur nantais clôture ce dimanche la dixième édition des IndisciplinéEs avant de  fouler, samedi 5 décembre, les planches de l’Étage dans le cadre des 37e Rencontres Trans Musicales de Rennes. L’occasion toute trouvée de dresser le portrait de ce curieux poète, créatif, esthète et penseur sensible des temps modernes.

crédit : Maxence Lebreux
crédit : Maxence Lebreux
  • Hello Romain ! À quelques jours de jouer aux Trans, dans quel état d’esprit te trouves-tu ?

Salut ! Je suis particulièrement impatient, cela fait plusieurs mois que nous préparons cette date. Nous avons été en résidence au Manège (à Lorient) ainsi qu’au Stereolux (à Nantes), afin d’approfondir tous les aspects de notre set. Il est désormais temps de le jouer !

  • Quelle facette de ta personnalité représenterait le mieux LENPARROT ?

L’intime. J’allais dire la fragilité, mais ça fait petite chose malade (rires) ! Non, plus sérieusement c’est cette notion d’exploration intérieure qui prédomine dans ce projet. Il y a là une certaine forme de catharsis, c’est indéniable.

  • Qu’est-ce qui a provoqué la quête d’une aventure plus personnelle, en solitaire, à côté de tes groupes Rhum For Pauline et Pégase ?

LENPARROT est le fruit d’une succession de mutations au sein de Rhum for Pauline. C’est une aventure qui a bientôt huit ans, et avec laquelle j’ai eu un sérieux passage à vide. J’ai cessé d’écrire pendant plus d’une année, pendant que nous étions en tournée avec Pégase. Petit à petit, des mélodies sont venues se nicher dans ma tête. Quand je les ai enregistrées, elles prenaient une couleur plus personnelle : de là est née la volonté de faire un projet solo.

  • Il y a une atmosphère énigmatique qui se dégage de tes morceaux : comme si ta musique n’était qu’un grand mystère, un dense brouillard qui ne révélait que sporadiquement quelques pistes de compréhension. Soutiens-tu ce côté cryptique de ta musique ?

Tout à fait. Je ne sais pas trop à quoi c’est dû. Peut-être dans le minimalisme des arrangements, ces rythmiques désarticulées plaquées sur des nappes de synthé. Il y avait ce souhait de créer une brume de son, d’où s’échappe la voix.

  • Le spleen semble au cœur de ton univers, comme une sorte de mélancolie sournoise qui envahirait chacun de tes titres. La mélancolie est-elle une thématique que tu souhaites explorer particulièrement dans ces premiers titres ?

Complètement, bien que je n’y pense jamais quand je compose. Ce n’est qu’une fois mon idée formulée clairement que je le réalise : « Oh, c’est encore super triste ce truc ! ». (rires) Cependant, ma volonté n’est pas de faire pleurer tout le monde. Ce n’est pas mon but. Mais quand je pense tenir une émotion, je ne la bafoue pas. J’essaie d’aller jusqu’au bout.

crédit : Gregg Bréhin
Romain Lallement (LENPARROT) et Olivier Deniaud – crédit : Gregg Bréhin
  • Pour cerner un peu mieux ton univers, peux-tu me parler de tes textes ? D’où viennent tes inspirations, et quelles sont tes références et quels messages ou réflexions essayes-tu de faire passer à travers eux ?

J’avais le souhait, sur « Aquoibonism », de compiler cinq courtes histoires. Chacune d’elle est indépendante, mais elles sont toutes liées par une même thématique : la difficulté de s’accommoder de soi. De ne pas déléguer sa vie. C’est un sujet que Daniel Clowes – qui est une de mes influences majeures – aborde régulièrement.

  • Il y a quelques mois, tu as sorti sur Soundcloud quelques covers, magnifiques, d’artistes français et étrangers : Unknown Mortal Orchestra, Mac DeMarco côté US, William Sheller et Souchon pour la côte française. Peut-on les compter parmi tes influences ?

Unknown Mortal Orchestra, absolument. « Ffunny Ffrends » fait partie de ces titres qui m’accompagneront toute la vie. J’ai dû l’écouter mille fois, je ne m’en lasse jamais. Et, plus généralement, je trouve leur traitement du son particulièrement inspirant. Mac DeMarco également – bien que je commence à m’ennuyer sur son dernier disque. Souchon et Sheller, ce sont plus des madeleines que de réelles influences. Ces titres ont bercé mon enfance – les reprendre, c’était jouer avec ces souvenirs.

  • Y a-t-il d’autres reprises sur lesquelles tu aimerais te risquer ?

Antonin (de Rhum for Pauline – Tonus en solo) et moi présentons une collection de chansons (originales et reprises) en français pour la Souterraine en décembre. Parmi elles figurent une reprise de Michel Jonasz et une autre de Stereolab. J’ai envie de les enregistrer, on en est super heureux.

  • Parle-moi de ta rencontre avec Anne Chamberland et Grégoire Canut, duo d’illustrateurs réunis sous le nom « à deux doigts », qui ont réalisé toute une série de dessins pour tes singles. Et comment pourrais-tu me présenter leur travail ? Qu’est-ce qui te plaît et te parle chez eux ?

J’ai rencontré Anne et Grégoire il y a bientôt deux ans. Je suis allé les aborder après avoir vu le numéro de Kostar (un agenda culturel nantais) habillé par leurs soins. Ce fut le coup de foudre. Leur univers est influencé par beaucoup de références communes : Charles Burns, Jérôme Zonder, Roland Topor, Stéphane Blanquet… Il questionne la beauté, la douleur, la sexualité, le rapport à l’enfance. Nous sommes en parfaite compréhension depuis le départ ; il m’est difficile de concevoir LENPARROT sans eux.

  • Tu as sorti un premier EP, « Aquoibonism », en mai dernier. Ton second EP est prévu courant 2016. Que peux-tu m’en dévoiler ?

« Naufrage » a nécessité un travail de production beaucoup plus important, mais j’ai à mes côtés deux partenaires formidables. Olivier Deniaud et moi avons été plus radicaux, plus exigeants sur les arrangements. Tout comme Nicolas (Maethelvin) à la production : nous tenions à avoir un réel parti pris. Aller au bout d’un certain minimalisme sur certains titres, ou accentuer le côté r’n’b sur d’autres.

  • Tu as signé avec le label Atelier Ciseaux, qui compte dans son catalogue des noms aussi cool que prestigieux : Holy Strays, Francis Lung, Dirty Beaches ou encore Best Coast. Qui a fait le premier pas : le label ou toi ?

C’est moi qui suis allé vers eux. J’ai découvert Atelier Ciseaux en 2013, quand ils ont sorti « Tender Opposites » de Tops ; ce sont eux qui s’occupaient de l’édition vinyle en Europe. Petit à petit, je suis allé fouiner dans le reste de leur catalogue, et je suis tombé sous le charme. J’ai eu la chance de ne pas avoir à chercher bien longtemps quand « Les Yeux en Cavale » est sorti : c’était chez eux que je souhaitais être. Et ils ont dit oui ! C’est un plaisir de bosser avec Rémi et Anaïs ; c’est une petite maison, mais particulièrement investie.

crédit : Gregg Bréhin
crédit : Gregg Bréhin
  • Tu ne tournes pas en solitaire pour défendre ton projet intime. Qui sont les heureux élus pour t’accompagner sur scène, et comment partages-tu l’instrumentation avec eux ?

C’était un réel souhait de n’être qu’au chant sur scène. Que tout soit maîtrisé en amont, de la composition à la production, en passant par les arrangements. Nous fonctionnons en trio à la ville, et en duo à la scène. Olivier Deniaud et moi gérons les arrangements et la production pour les concerts. Maethelvin est le producteur exécutif. Sur scène, Olivier est aux machines, aux chœurs et au clavier.

  • Du disque à la scène, il y a des changements qui s’opèrent indéniablement. Pour ceux qui ne t’ont pas encore vu sur les planches, mais qui apprécient tes titres mis en ligne, à quoi doivent-ils s’attendre ?

Quelque chose de sobre, d’élégant – je l’espère, en tout cas. Il y a une part peut-être un peu plus glam sur certains nouveaux titres. En une phrase : un régal pour les oreilles et pour les yeux (rires) !


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