[Interview] Laura Carbone

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Laura Carbone : dès que le nom de la jeune femme nous apparaît, tout semble possible. Une existence bercée de genres musicaux à la fois paradoxaux et complémentaires et, aujourd’hui, une carrière en constante évolution, aussi bien dans son Allemagne natale que hors de ses frontières. Les États-Unis et le Canada viennent de lui tendre les bras pour une tournée dont les images et souvenirs qu’elle partage nous laisse admiratifs mais, plus que tous, nous rendent heureux. Car Laura mérite amplement ce succès, et pour cause : alors qu’elle vient tout juste de fêter le premier anniversaire de son sublime « Empty Sea », la musicienne continue d’explorer son univers, de le modifier selon les opportunités qui s’offrent à elle, tout en conservant une personnalité aussi ténébreuse que sensible. Retour, en sa compagnie, sur cette année riche en émotions et découvertes.

crédit : Jesse Dvorak
  • Bonjour Laura et merci de bien vouloir répondre à nos questions ! Tout d’abord, tu célèbres depuis quelques mois le premier anniversaire de « Empty Sea ». Peux-tu nous raconter tout ce que tu as vécu depuis sa sortie et jusqu’à maintenant ? Qu’est-ce qui a changé pour toi après que ce second opus a été diffusé dans le monde entier ?

Sortir « Empty Sea », c’était comme me débarrasser de beaucoup de tension et d’excitation entremêlées. Comme une pluie chaude après un orage, après que le tonnerre et les éclairs ont obscurci le ciel pendant de longues heures. Depuis quelque temps, je me sens plus légère ; j’ai eu la chance de vivre de merveilleuses surprises et des moments formidables tout au long de ce chemin, des sensations qui devenaient de plus en plus solides, palpables. De même, mon groupe et moi avons parcouru l’Europe pour une première tournée, puis avons effectué une série de concerts aux États-Unis, ce qui était vraiment très particulier.

  • Sur ce disque, tu sembles avoir totalement embrassé le côté rock de ton écriture et de ta composition (ce que prouve notamment le superbe « Crisis »), en y insufflant des ambiances plus sombres, des guitares et des batteries implosives, et d’autres sont plus vaporeux et brumeux. Comment envisageais-tu cet album, aussi bien lors de sa gestation et de son processus de composition que quand tu es arrivée en studio ?

Je savais que je voulais enregistrer quelque chose de lourd, qui saisisse l’atmosphère brute du studio. Je voulais également me tenir face aux amplis de guitares et ressentir leur vibration, de même que l’énergie musicale qui émane d’eux. Il était important d’obtenir un son naturel, cru et sans effets, que cela s’ancre dans le réel.

  • Lorsque l’on découvre « Empty Sea », on constate que tes compositions sont très différentes les unes des autres ; mais cela reste sans conteste un disque de Laura Carbone. Il y a, pour ainsi dire, une véritable cohérence dans son hétérogénéité. Comment expliquerais-tu cela ?

En fait, ces deux impressions portent en elle mon énergie et ont été imprégnées de beaucoup d’amour de ma part. « Empty Sea » est une progression, un album très dense et empli de tout ce que j’avais à donner à ce moment précis – et aujourd’hui encore, il émane de lui une douceur qui complète son amertume et porte en elle le germe de la liberté.

  • Peux-tu nous parler de la genèse de la chanson « Empty Sea » ? Comment as-tu composé cette intro à l’orgue, qui porte le titre sur toute sa longueur ?

J’ai écrit cette chanson en une nuit, après une expérience cruciale. Quelque chose qui devait se produire afin que je puisse évoluer et avancer – j’avais alors beaucoup de libertés, mais je ne les ressentais pas encore de façon tout-à-fait positive. L’orgue est ma touche personnelle d’humour noire au cœur de ce morceau plutôt sombre.

  • Ta voix est de plus en plus hypnotique, comme si tu semblais possédée par tes paroles et ta musique. « Sirens » représentait la naissance puis la désillusion de l’innocence, et « Empty Sea » s’ancre davantage dans la nuit, la solitude, le vide en chacun de nous. Dans quel état d’esprit étais-tu lorsque tu as commencé à travailler sur ce second opus ?

J’étais en pleine crise existentielle quand j’ai commencé à écrire l’album. Je ne savais pas vers quoi je voulais m’orienter – le passé, le futur ou, simplement, me reposer dans l’instant présent. Je n’en avais aucune idée. J’ai pratiquement tout écrit pendant de longues nuits. D’ailleurs, la majorité des pistes vocales sont celles que j’ai enregistrées pour les maquettes. Je ne parvenais à recréer mes émotions et sensations d’alors en studio, et il était plus important pour moi de les conserver telles quelles, plutôt que de chercher à obtenir un chant de qualité. Ce qui rend le résultat encore plus spécial pour moi, sachant exactement où et quand je les ai captées, et dans quelles circonstances.

  • Tes concerts sont réellement impressionnants, qu’il s’agisse de ceux que tu as donnés lors du SXSW que pour ta récente performance dans le cadre de l’émission « MDR-KULTUR Studiosession ». As-tu noté des différences, concernant ton interprétation et ta présence scénique, quand tu étais sur scène ? Qu’as-tu appris de tes nombreuses expériences tout autour du monde ?

Je me sens plus libre dans ma manière de me produire sur scène, et j’ai la chance d’être entourée par un groupe qui me porte et me donne toute la force dont j’ai besoin, tout en apportant leur touche personnelle et leur talent à ma musique. J’ai appris à faire confiance et à profiter de l’instant.

  • Avec « Empty Sea », un nouveau chapitre a commencé pour toi, commercialement parlant : on trouve de tous nouveaux articles dans ton merchandising, que ce soit l’édition limitée transparente du vinyle de l’album ou le superbe livre de photos « Empty Sea, A Journey ». Peux-tu nous parler de ces choix artistiques, et de leur importance dans ta démarche de partage toujours plus intense avec tes fans ?

J’avais à l’esprit cette idée de créer un livre de photos à proposer à mes fans, afin de montrer le processus visuel de l’écriture d’un album. Il m’a fallu un peu de temps et, surtout, les encouragements sans faille de mon label nord-américain afin de cet ouvrage, à l’hiver dernier.

Ce fut un autre processus très intense, et je pense avoir sous-estimé son niveau d’implication personnelle et le travail qu’il représentait, à quel point cela serait profond de proposer mon propre regard dans un livre – ça ressemblait beaucoup à un voyage dans le temps, et cela m’a également fait du bien de clore ce chapitre de cette façon.

Je suis reconnaissante envers celles et ceux qui s’intéressent à mon art – tant musical que pictural – et j’aime repousser mes limites dès qu’il s’agit de créer.

crédit : Julia Beyer
  • « Sirens » et « Empty Sea » forment la bande-son idéale de ton existence, de ton évolution depuis Deine Jugend jusqu’à maintenant, grâce à ta propre personnalité musicale qui ne cesse de s’affiner. Ressens-tu les choses ainsi ? Qu’en penses-tu ?

Bien sûr !

Deine Jugend était un duo avec des idées et visions différentes. Je crée en m’imprégnant de mes propres sources d’inspiration intérieures et, bien entendu, cela reflète d’une façon ou d’une autre ce qui se passe en moi, la manière dont les sons résonnent dans mon corps et mon esprit. En tant qu’être humain, je m’intéresse beaucoup au progrès et au développement de soi, aux nouvelles expériences ; j’essaie beaucoup de nouvelles choses, j’avance et je décide de ce qui est bon pour moi. Je désire avant tout être fidèle à moi-même, mais je ne veux surtout pas me sentir limite d’une quelconque façon.

  • Quels sont tes projets dans les mois à venir (l’interview a été réalisée en juin 2019, NDLR) ?

J’ai prévu d’être la plus créative possible cet été, musicalement parlant ; et je m’apprête à passer un automne sur la route.

De plus, j’ai hâte de pouvoir jouer au festival Rockpalast pour la chaîne de télévision allemande WDR, en octobre. Le concert sera retransmis en direct. Je me souviens, quand j’étais adolescente, avoir passé mes soirées du samedi à rester debout pour regarder le Rockpalast à la télé – j’avais notamment vu les performances de The Smashing Pumpkins et de Silverchair, et je m’imaginais être à leur place un jour, d’une façon ou d’une autre -, et c’est un merveilleux rêve qui se réalise.

crédit : Jesse Dvorak


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ENGLISH

Laura Carbone : when all points to this wonderful artist, everything seems to be possible. Rocked by different but complementary musical influences and, nowadays, living a perfect and constantly evolving career, the German singer and composer has taken her art out of its own geographical and personal boundaries all around the world. She has just ended a North America and Canada tour, and all the videos and photos taken during this amazing journey reflect the intensity of her shows and inspirations, from one city to another ; which makes us so happy for her, as she fairly deserves all of it. As Laura is actually celebrating her moving and emotional Empty Sea’s first anniversary, she keeps on exploring her creative moods and inspirations, day by day, never resting but always working and craving new visions of her personal sensitive diaries, from darkness to light. She has kindly invited to us to talk about her new life, projects and, most of all, her constant artistic metamorphosis.

crédit : Jesse Dvorak
  • Hi Laura and thanks for answering a few questions ! First of all, you are actually celebrating Empty Sea’s first birthday. Can you tell us what happened from the time it went out to this day? What changed for you after this second full-length was out in the world?

Releasing ‘Empty Sea’ felt like letting go of a lot tension and excitement. It felt like a warm rain after thunder and lightning that has been rolling through the skies for a little too long. I’ve been walking on air for a little while and have had wonderful surprises and moments along the way that got more and more solid. My band and I played our first headline tour here in Europe as well as a first run of shows in the US which was very special.

  • On this record, you seem to have fully embraced the rock side of your songwriting (the amazing track ‘Crisis’ easily proves it), including darker moods, implosive guitars and drums, and and ethereal sounds. What was your approach of the record before and when you went to the studio?

I knew I wanted to record loudness and the room vibe. I knew I wanted to stand in front of guitar amps and feel their vibration and the musician’s energy through it. It was important to have a natural, raw and unmodified sound and to have realness.

  • On ‘Empty Sea’, songs are quite different from one another ; but it remains a Laura Carbone record, no matter what. There is an impressive coherence in its inner differences. How would you explain that?

Well, both carry my energy and were shaped with lots of love from my side. ‘Empty Sea’ is a progression, a very loaded record full with all I had to give in this very moment – still it shines with sweetness that complements the bitterness and carries a lot of freedom.

  • Can you tell us about the birth of the song ‘Empty Sea’ ? How did the organ intro support the rest of the song?

I wrote this song in one night after a crucial experience. Something that needed to happen in order for me to grow and move – I was given a lot of safe freedom at this point but still, it didn’t feel like something positive. The organ is my gallows humor in this kinda dark piece.

  • Your voice sounds more and more hypnotizing, as if you were possessed by your lyrics and music. ‘Sirens’ was the birth and disillusion of innocence, and ‘Empty Sea’ focuses on the night, the loneliness, the void inside ourselves. What was your mood when you started writing and recording this second record?

I was in a crisis when I started writing the record. Not knowing where I wanted to head to – back or forth – or just resting in place. I just had no idea. I wrote almost everything during long nights. A lot of the vocal tracks are actually the ones I tracked for the demos. I couldn’t recreate some moods and vibes in the studio and it was more important to me to keep these than to have a high quality vocal track, and it feels more than special to me knowing exactly where and when I tracked them.

  • Your performances are quite impressive, from the SXSW gigs to your recent appearance on the MDR-KULTUR Studiosession. What differences did you notice in your own involvement while being on stage ? What did you learn from your numerous experiences all around the globe?

I am more free in my performance and do have the pleasure of being surrounded by a band that strengthens my back and are contributing their vibe and talent to my music. I learned to trust and to enjoy the moment.

  • With ‘Empty Sea’, a new chapter has also begun, commercialy speaking : your merchandising includes more personal items, from the transparent vinyl limited edition to the amazing photobook ‘Empty Sea, A Journey’. Can you tell us about these artistic choices, and their importance in your way of sharing art with your fans?

It was on my mind to create a photo book that shows the visual process of writing the record. It took me some time and encouragement from my North American label to start creating the book last winter.

It was another intense process and I kinda underrated how intense it could be sharing my views in a book – It really felt like a time warp and good when I could finally close this chapter, too.

I’m grateful people are interested in my art – both – the visual and music side, and I like to push my own boundaries when it comes to creation.

crédit : Julia Beyer
  • Both ‘Sirens‘ and ‘Empty Sea’ appear to be a soundtrack to your life, and all that has changed from Deine Jugend to your own, personal identity through music. Is that so? What do you think about it?

Of course!

Deine Jugend was a duo with different ideas and visions. I create from a very inner source and of course this is somehow reflecting what’s going on or at least how it sounds deep down inside. I, as a human, am interested in progress and development, in having new experiences, trying out things, moving on and deciding what feels the best for me. I want to be true to myself but I don’t want to be limited in any ways.

  • What are your plans in the near future (editor’s note : the interview took place in June 2019)?

I’m currently spending my summer being creative in music and am looking forward having an autumn on the road.

Also, I’m very much looking forward to playing Rockpalast by the German TV network WDR in October, which will be broadcast live. I remember being a teenager and staying up on Saturdays to watch Rockpalast on television – Seeing a full show by Smashing Pumpkins or Silverchair live and imagining to somehow be there at some point – So this is another dream about to come true.

crédit : Jesse Dvorak

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