[Interview] Ladylike Lily

Avec son nouvel EP, « Dans la matière », Orianne Marsilli alias Ladylike Lily s’est découvert une nouvelle corde à son arc poétique. En s’adonnant au français, exercice jusqu’ici insurmontable pour elle, la chanteuse rennaise a pu donner un nouveau souffle, une nouvelle vie à son univers poétique. Échanger avec Ladylike Lily était donc l’occasion rêvée d’en apprendre davantage sur cette aventure autour d’une langue « nouvelle » et pour en apprendre un peu sur la suite qu’elle comptait donner à cette expérience encore nouvelle.

crédit : Élise Pezzin et Yoann Buffeteau
crédit : Élise Pezzin et Yoann Buffeteau
  • Bonjour Orianne, tu t’es consacrée, avec brio, à l’écriture dans ta langue maternelle sur ce nouvel EP, « Dans la matière ». Peux-tu me parler de ce changement important et des rencontres et échanges qui ont initié, sinon orienté, cette nouvelle étape dans ton projet ?

Bonjour ! Merci pour l’invitation et pour cette introduction. Il y a deux ans maintenant, je me suis mise à composer en pensant écrire un nouvel album. J’avais besoin de me renouveler, de me surprendre et d’aller chercher d’autres sonorités. Le français est arrivé naturellement à un moment de ma vie où j’expérimentais de grands changements. Je crois que la musique a suivi tout simplement.

  • Avant de commencer le travail sur cet EP, le choix partisan du français relevait-il de l’impossible, de l’utopie ou déjà d’un profond désir ?

Je pense qu’avant cet EP, j’avais un réel blocage concernant le français. J’ai toujours trouvé que ma voix ne « sonnait » pas en dehors de l’anglais et il m’a fallu un certain temps avant d’apprivoiser ce nouvel outil. Ça semble pourtant tellement naturel de chanter dans sa langue maternelle, mais ça m’aura demandé beaucoup de travail et de lâcher-prise.

  • Quelles questions l’écriture en français t’a-t-elle posées que l’anglais n’amenait pas ? 

Ce ne sont pas de nouvelles questions qui sont apparues, mais une autre manière de voir et d’exprimer les choses. Comme si j’avais changé d’angle, de prisme par simple changement de langue. Il y a quelque chose de profondément intime dans l’écriture en français. Il me semble qu’on a tous des obsessions et des thèmes qui reviennent à des moments de notre vie. Moi, c’est l’humain en général qui me fascine. J’aime à la fois me décentrer en me posant comme spectatrice, écrire sur les autres tout en sachant que la manière dont je les perçois va forcément transformer la réalité. C’est un peu comme une peinture ; je suis très inspirée par l’image et bizarrement très peu par le son. L’inspiration passe beaucoup par le visuel. Parallèlement, je peux passer des heures à analyser, disséquer, et passer au microscope mes propres émotions.

  • On peut penser que le choix du français apporte une plus grande richesse et davantage de profondeur à tes morceaux. As-tu cette sensation de pouvoir explorer plus librement, plus entièrement tes histoires dans ta langue de naissance ?

C’est plus sur la composition que je sens une différence. Maintenant que j’ai appris à manier ma voix en français, je m’amuse à explorer de nouvelles choses. Je pose toujours le chant comme un instrument au même titre que les autres. Ce qui m’intéresse, c’est la mélodie et les émotions qu’elle permet de transmettre. Le texte vient ensuite ; j’y mets des choses très personnelles, que je suis seule à savoir déchiffrer, et, à la fois, je tisse autour de la musicalité des mots. C’est d’abord l’émotion qui se dégage d’une musique, et son côté universel qui m’intéresse.

crédit : Élise Pezzin et Yoann Buffeteau
crédit : Élise Pezzin et Yoann Buffeteau
  • Il y a quelque chose de profondément rêveur dans ta musique tant tu y développes un imaginaire qui t’est propre. Peux-tu me parler de la naissance de tes textes, de tes histoires ? Est-ce des lieux, des rencontres, des histoires qui sont des bases pour tes récits musicaux ?

La musique est à l’image de celui qui la crée. Elle est tout simplement le reflet de ma personne, de ma manière de penser, de mes émotions. Je perçois l’art plus généralement comme un langage, et je me sens chanceuse de pouvoir l’utiliser, car c’est extrêmement libérateur. On a nos tous des moyens différents d’expression. Parfois il m’est plus facile d’écrire un morceau que de parler. Le pathos et l’impudeur ne m’intéressent pas.

  • Avec l’accueil très positif de ces nouvelles chansons, un album intégralement en français pourrait-il faire suite à cette nouvelle expérience ?

Bien sûr, et j’ai commencé l’écriture du prochain album. Avec le français, j’ai l’impression de n’en être qu’au tout début, comme si je venais tout juste d’ouvrir un livre et d’en avoir lu les deux premières pages. Je ne veux pas abandonner l’anglais, car j’aime toujours autant le chanter, mais l’écriture a quelque chose de vital et j’ai besoin de mettre de plus en plus de sens dans ce que je raconte.

  • Tu as travaillé sur les arrangements de « Dans la matière » avec Corentin Ollivier (Faroe, Concrete Knives et Samba de la Muerte). Qu’a-t-il apporté, de sa personne et de ses expériences, au sein de ton univers pour le moins personnel et singulier ? Bref comment avez-vous mis en commun vos regards et vos talents sur cet EP ?

Après le travail de préparation puis d’enregistrement avec Benoit Guivarch et Antoine Kerninon, j’ai eu besoin de laisser les morceaux reposer. Je me suis tellement consacrée à ce disque qu’il m’a fallu un certain temps avant de pouvoir y revenir. Lorsque j’ai rencontré Corentin, je voulais trouver une personne à qui confier la relecture des titres. J’étais un peu perdue dans cette recherche et lorsqu’il m’a proposé de m’aider, il m’a fait écouter les titres qu’il avait écrits pour son projet solo, Faroe. Je suis immédiatement tombée sous le charme de sa musique. Lui n’avait jamais entendu mes titres et avait les oreilles fraîches. Pour la première fois, j’ai laissé quelqu’un s’approprier ma musique en faisant totalement confiance. Ça a été une très bonne expérience et je suis fière du travail qu’on a fait ensemble. Corentin est tellement créatif, c’est quelqu’un de très talentueux !

  • Comment as-tu travaillé l’aspect scénique de tes nouvelles compositions sur scène ? As-tu pour cela développé un univers visuel sinon lumineux autour pour embarquer encore davantage l’auditeur, et ici le spectateur dans ton monde ?

J’avoue que tout s’est un peu enchaîné entre l’enregistrement du disque, sa sortie (fin mai), la promo qui a été conséquente et la préparation du live en trio pour le concert aux Vieilles Charrues. J’avais jusque-là joué mes titres français en solo (lors de la tournée avec Miossec, juste avec ma guitare et mes loopers) donc il m’a fallu penser le live différemment tout en préservant l’univers, les anciens morceaux et les arrangements du nouvel EP. J’ai cette nouvelle formule groupe que j’aime beaucoup, avec batterie et claviers, qui me permet de me libérer techniquement et de me concentrer sur l’interprétation. Il est encore tôt pour pouvoir tourner uniquement en groupe, mais je suis impatiente de pouvoir le faire davantage. À la rentrée, je repars en solo pour les premières parties de Miossec et je voudrais proposer un live différent des précédents. Ça commencera en octobre. D’ici là, j’écris de nouveaux morceaux en me projetant sur la suite…


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