S’immergeant dans un rock instrumental savamment écrit et arrangé, LAC s’inspire aussi bien du post-rock que du math rock pour mieux y injecter des sonorités expérimentales inédites, faisant monter d’un cran la qualité de ce disque excitant et précis.

On a toujours très peur dès qu’il s’agit d’appellations usées jusqu’à la corde comme « post-rock » ou « math rock ». Admettons : ces deux genres nous ont réservé d’excellentes surprises ces dernières années mais, globalement, ils sont devenus des catalogues fourre-tout dans lesquels il est facile de caser n’importe qui, n’importe comment. Fébrilement, on lance donc « Yolanda », second EP des Lyonnais de LAC, sans trop savoir à quoi s’attendre. La surprise puis l’attachement qui se produisent n’en sont que plus grands : sur des schémas géométriques tout en saccades, cassures rythmiques et déploiements sonores, le trio se permet d’emprunter des déviations bienvenues et que l’on parcourt sans hésiter en leur compagnie. Un réconfort qui ne cesse de s’amplifier au fur et à mesure des écoutes.
« Arkachon » se fonde sur des bases souvent éprouvées, mais s’étend rapidement à travers d’autres territoires : ici, les distorsions intenses des guitares ne ressemblent à rien de connu dans le domaine, mâtinant les formes lisses du rock d’aspérités acérées. De même, « Dokutā Ierō » s’apaise soudain, gagnant autant en amplitude qu’en frissons quand, plus loin, « Mehamara » incorpore un mode mineur dont les émotions nous possèdent littéralement. Au milieu de ces nombreuses alternances harmoniques, LAC demeure à l’aise, maître de ses effets et de ses intentions : la mécanique imparable de « David Hass » monte en sauvagerie et témérité, tandis que « Mirador » observe les événements qui viennent de se dérouler puis les expose aux vents violents d’une atmosphère nocturne, chassant les brumes du doute et de l’indifférence.
LAC a parfaitement compris que, pour intéresser un public en recherche constante de sensations nouvelles, il fallait comprendre ses ambitions et ses désirs mais, en même temps, ne pas le ménager. « Yolanda » unit la frénésie et la sagesse, la rage et la sensibilité. Un opus d’une rare intégrité.

« Yolanda » de LAC, disponible depuis le 5 mars 2020 chez Araki Records / Atypeek Music.