[EP] La Zoy – EP

Brassage de genres axé sur l’évocation de trips hallucinogènes ou existentialistes, le premier EP de La Zoy sait parfaitement entremêler ses outils narratifs pour créer une œuvre à la fois forte et pensée, bien au-delà de la pure et simple exposition de capacités vocales et instrumentales. Les chroniques d’une débauche pourtant lucide, entre plaisir et sueurs froides.

Si vous cherchez La Zoy, vous trouverez le quatuor, selon sa description, « près de la tireuse ». Au fond un bar glauque, à peine éclairé, où les épaves côtoient des prostituées fatiguées et des chanteurs ivres, blottis dans un coin après une performance que beaucoup ont ignoré. Il y a, au fil de ce premier opus, des goûts d’alcools frelatés, des parfums de cigarettes froides et de cendriers pleins à ras bord, des effets secondaires violents et paralysant les muscles de ceux qui se sont injectés leurs drogues quotidiennes dans les veines ou les narines. Pourtant, ces histoires du silence, de ce qu’il faut taire au lieu de le raconter, La Zoy s’en empare avec charisme et intransigeance. Des chroniques de vies au bord de la destruction, de saccages mentaux et physiques dont il convient d’impérativement prendre conscience.

Les pistes s’enchaînent, narrent la solitude avec conscience et une énorme prise de risque. « La redescente » passe par toutes les phases, ascendantes et descendantes, du voyage chimique, invitant des rythmiques rock puis ska à illustrer les secondes paradoxales d’une seule et même expérience. Les textes sont abrupts mais étrangement poétiques, réalistes sans devenir inutilement crus. « Évidemment » observe sans être vu et augmente la pression, celle qui précède l’implosion, la fissure psychique. La tristesse de l’abandon, des vapeurs éthyliques rappelant de sombres souvenirs, sont terribles et émouvants (« Mr Lakav »), quelques secondes seulement avant la colère. Cette tension palpable parcourt les idéaux gâchés de La Zoy, les amertumes d’années perdues mais dont tout le monde peut être considéré, à juste titre, comme responsable, que ce soient les victimes ou leurs bourreaux (le conte cruel ultime « La princesse à robe noire »), même quand l’extase se fait plus légère et attirante (« Les zoulettes ecstatiques »). Un disque d’anges et de crapules, de visions lapidaires et illuminées, d’odeurs âcres et savoureuses. Les chairs meurtries d’un art du compromis dans la souffrance et la révélation.

crédit : Béaxgraphie

« La Zoy » de La Zoy, sortie le 6 mai 2020.


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