[Focus] La Route du Rock – collection été 2015

C’est certainement le rendez-vous indé incontournable de l’été. Du jeudi 13 au dimanche 16 août se tiendra la 25e collection été de la Route du Rock, à Saint-Malo.
Installé dans le bastion historique et médiéval du Fort Saint-Père, le festival breton revient émoustiller nos sens et trémousser nos corps, fort d’une programmation éclectique et visionnaire.
Alors que l’année dernière, les têtes d’affiche se nommaient Portishead, Darkside, Moderat et Slowdive, le temple malouin de l’indie frappe à nouveau très fort en conviant sur quatre jours Foals, Sun Kil Moon, Ride, Thurston Moore et Ratatat.
Passage en revue de la programmation exceptionnelle de cette collection été anniversaire de la Route du Rock, qui, avant même d’avoir commencé, a déjà tout d’une grande célébration !

La Route du Rock 2015

Article écrit par Chris Rod et Fred Lombard


Jeudi 13 août

Pour sa soirée d’ouverture à la Nouvelle Vague, la salle de Musiques Actuelles de Saint-Malo, la Route du Rock convie deux projets ayant chacun à leur manière façonné l’indie actuel.
Il y aura d’abord le trio allemand The Notwist et ses ballades indietronica intemporelles et émotionnelles, de retour treize ans après sa première venue à la Route du Rock pour jouer à nouveau son premier opus « Neon Golden ». Avis donc aux nostalgiques et aux amoureux du projet.

Sun Kil Moon
Sun Kil Moon

Un an et demi à peine après son double album « Benji », le très prolifique Mark Kozelek, alias Sun Kil Moon sortait début juin son 7e album « Universal Themes ». Son folk rock habité de vers et dépouillé de notes, viendra à coup sûr et avec justesse travailler au corps les cœurs à l’écoute de ses sombres histoires sur la vie et la mort.


Vendredi 14 août

Baroques, les Ratatat ? Il faut dire qu’entre synthés régressifs, disco insouciante et grandiloquence exotique, l’électro proposée par ce duo new-yorkais, faussement enfantine, regorge d’inventivité. Seuls trois titres de leur nouvel album « Magnifique » nous sont connus, et ils nous perdent déjà…

Exigeant, Thurston Moore l’est depuis trente ans, construisant l’un des parcours les plus intéressants du rock indé, le rendant inclassable, que ce soit dans Sonic Youth ou dans son projet solo. Son son de guitare, à la fois brut et virtuose, a sans doute de quoi laisser bouche bée lorsqu’il viendra se mêler aux embruns.

Voix caverneuse, ballades mélancoliques, onirisme élégant, le trio canadien Timber Timbre envoûte depuis dix ans maintenant par son minimalisme, dans la grande tradition des songwriters nord-américains qui ne font rien miroiter d’autre que leur blues authentique.

Rone
Rone

La classe absolue des compositions électro du frenchie Rone n’est plus à démontrer. Minimales, éthérées, elles vont s’élever dans l’air de la nuit malouine pour s’y dissoudre, et nous plonger, d’emblée et pour toujours, dans une rêverie sans fin…

Ces deux dernières années marquent le sacre du jeune Californien Ty Segall : il sera sur la scène du Fort avec son projet Fuzz, dont l’album éponyme distille un son stoner rock psyché lourd, que la voix stridente fait s’envoler. Un gros potentiel scénique pour ce prodige.

Incroyable découverte que ce groupe originaire d’Atlanta, Algiers, qui cloue sur place dans un premier temps grâce au grand charisme de chanteur soul du leader. Mais on va aussi d’étonnement en étonnement sur un plan instrumental : complexe, hors des sentiers battus, jubilatoire, world, dub, indubitablement rock.

Algiers
Algiers

Le psych rock est décidément à l’honneur cette année avec Wand, jeune groupe proche de Ty Segall et de Mikal Cronin, avec qui ils partagent le même goût pour un son revival seventies, à la fois terrien, très masculin mais aussi envolé, proprement lyrique. Un deuxième album, « Golem », très inspiré, qu’il nous tarde de découvrir en live.

Une vraie bombe, minimaliste, rock, brute, punk : les Irlandais de Girl Band tapent fort et nous donnent la chair de poule. Une immense surprise. Un live attendu avec impatience.

Le Français Forever Pavot continue l’ascension qu’il mérite et s’apprête à convaincre une fois pour toutes de son talent à incarner le rétro pop psychédélisant à la française, plein de nuances délicates et précieuses.


Samedi 15 août

Suite à l’annulation de la venue de la mystique Björk, ovni expérimental symbolisant à elle seule la passion des Européens pour la musique islandaise, c’est finalement le génial band d’Oxford, Foals, déjà présent lors des éditions 2008 et 2010, qui viendra prendre le Fort de Saint-Père à l’aide de son math rock fédérateur et ravageur. Seule date française précédant la sortie de son quatrième album, « What Went Down », l’attente et l’excitation seront à leur comble de découvrir les nouvelles compositions prometteuses du quintet anglais ! On en trépigne d’avance !

crédit : Nabil
crédit : Nabil

L’incendie sous la glace, c’est le paysage que Luis Vasquez, peintre des émotions ravagées griffonne avec The Soft Moon. Projet cryptique, nerveux et autodestructeur, l’électricité contenue dedans risque bien de nous sauter au visage. Attention à l’électrochoc !

Pour vivre l’expérience d’une rave à ciel ouvert, espérons-le par beau temps, le résident du club londonien La Fabric, Daniel Avery, viendra déployer sa techno synergétique à nous faire perdre la tête au beau milieu de la nuit pour une dernière danse avec les astres entre drone et inspirations krautrock.

Cavalier d’une techno festive conviant le disco et l’ambient à une danse commune, le Norvégien Hans-Peter Lindstrøm poursuivra l’effort pour une fête où les synthés et les notes moléculaires seront rois. Préparez-vous à danser portés par le vent frais d’une nuit d’été au rythme des vagues bretonnes.

Kiasmos
Kiasmos

Réunion au sommet entre le compositeur islandais Ólafur Arnalds et le musicien féroïen Janus Rasmussen, Kiasmos nous entraîne sur un îlot de rêveries spectrales et imaginaire, où se marient sans tumultes l’ambient et la techno minimalist. Un concentré émotionnel et poétique qu’il nous tarde de découvrir matérialisé sur scène.

On ne peut qu’être heureux de savoir Only Real, le projet du jeune anglais Niall Galvin au programme de cette Route du Rock. Auteur de pop-songs entêtantes et ensoleillées, teintées de sonorités surf et d’un flow parfois proche du hip-hop, on se plaît à penser que le jeune homme pourrait bien prétendre s’il s’inscrit dans la durée à devenir le digne héritier d’un certain Damon Albarn.

Quoi qu’elles fassent, on craque toujours autant pour les girls band ! Et les quatre Madrilènes de Hinds ne manquent pas l’exception. Impossible de ne pas craquer pour leurs compositions lo-fi pop à la candeur évidente et à la chaleur ibérique. En acoustique ou amplifié, les jeunes protégées du Burger Records risquent bien de faire chavirer le cœur des célibataires malouins… et même ceux qui ne le sont pas !

Spectres - crédit : Stephanie Elizabeth
Spectres – crédit : Stephanie Elizabeth

Avec Spectres, quatuor de Bristol, le noise sera à l’honneur. Hanté, possessif et ténébreux, il ne fait nul doute que les frissons vont se partager collectivement pour vivre une expérience décapante. N’oubliez pas vos boules Quies, pour atténuer le choc frontal, ça peut quand même servir !

Projet rêveur, placé entre les astres et les profondeurs marines, Flavien Berger nous offre de longues minutes d’utopies à la poésie confidente et à l’émotion empirique. Qui n’a jamais rêvé d’un pique-nique sur la Lune ?


Dimanche 16 août

Célébration du nu-funk par une bande d’Anglais plein d’audace, Jungle est devenu en l’espace d’un an et de quelques clips tous plus fameux les uns que les autres, un phénomène mondial, réussissant à l’instar d’un Pharell Williams à faire danser la terre entière sur ses hits endiablés mêlant influences soul, hip-hop et funk.

15 ans qu’ils n’avaient plus joué ensemble. Et voilà qu’à la faveur du dernier Primavera Sound Festival l’antique groupe pop-shoegaze Ride se reforme. Et part en tournée. Qu’attendre aujourd’hui de ces harmonies vocales mêlées aux effets de pédales ? Une remontée dans le temps de l’histoire du rock, aux sources nineties du shoegaze actuel.

Ride
Ride

Revenu à une certaine nudité musicale avec son dernier album « I Love You, Honeybear », Father John Misty risque bien de nous désarmer par ses textes sans double fonds, sa voix tout en volutes acrobatiques, son blues country sucré et son lyrisme de love prayer.

Il fait du farfelu une ligne de conduite, le génial et complètement déjanté Dan Deacon. Avec son électro rafraîchissante et solaire, dans laquelle les voix chorales créent un lien avec le public dans de véritables performances interactives, son live devrait prendre des airs de ré-création au sens plein du mot.

Leur post-punk sombre et revendicatif oscille entre tension et déflagrations et si en quelques années les filles de Savages se sont taillé une sacrée réputation ce n’est pas sans lien avec les performances investies et fortes, la belle voix prophétique de leur leadeuse Jehnny Beth. Un live prometteur.

Viet Cong
Viet Cong

Véritable bombe à retardement dans la fourmilière rock, le quatuor post-punk Viet Cong ne laisse jamais rien après son passage. Ravageur, intensif, destructeur, le projet canadien explose au quart de tour pour nous laisser en débris, éparpillés. Vivement qu’on en prenne plein les yeux, plein les oreilles, plein les sens !

The Districts est certainement l’une des plus belles surprises de ces derniers mois. Ils distillent dans leurs compositions une pop passionnée qui sonne avant tout vraie. Jamais enflammée ni inflammée, toujours retenue et juste, on s’accroche à la sincérité du jeune quatuor pennsylvanien comme à une main rassurante, comme à une voix réconfortante. Ce sera assurément un beau moment à partager tous ensemble.

The Juan MacLean, ou la collaboration réussie (depuis déjà trois albums) entre la rafraîchissante Nancy Whang (de LCD Soundsystem) et le compositeur John MacLean, célèbre la dance et la new wave tout-en-un comme un revival plus que jamais intemporel. De cette union naissent des compositions électroniques pleines de charme et terriblement dansantes. Déployez la piste de danse, on arrive !

The Juan MacLean
The Juan MacLean

Quand il souffle à nos oreilles ses chansons à la nonchalance indolente, sans le moindre complexe, on comprend dès lors que Jimmy Whispers vient d’une autre planète. Lui qui bidouille ses chansons lo-fi pleines de doux sentiments et de fantaisie, à l’instar de Darwin Deez, nous offre les moyens de le rejoindre, lui et sa poésie lunaire, où bon il nous semblera possible d’aller.


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