[Live] La Route du Rock 2016, jour 3

L’équipe de la Route du Rock nous a bel et bien réservé le meilleur de sa programmation pour la fin. Le dimanche 14 août 2016, à travers un crescendo rock très intense, les sets mémorables n’ont pas manqué à l’appel : Fidlar était bouillant, Fat White Family génialement foutraque, Savages impérial, Sleaford Mods punk à souhait, Morgan Delt et Julia Holter délicieux et Lush a réalisé un très joli retour gagnant
Définitivement, un sacré tour de force de la part du festival malouin !

Fat White Family © Chris Rod
Fat White Family – crédit : Chris Rod

Article écrit par Chris Rod et Sébastien Michaud

Excellente découverte que la formation de Morgan Delt : un son rock californien parfait, une bouffée d’air frais, excellente introduction à cette troisième journée très rock ! Les compos sont pleines de relief, sorte de B.O. parfaite d’un Summer Of Love du meilleur goût, sur lit de voix éthérées, claviers taquins et guitare incisive. Une fin d’après-midi délicieuse.

Volte-face en direction de la grande scène sur laquelle prend place un petit bout de femme mise très simplement. Julia Holter se met au clavier, commence à chanter, et là, le charme opère instantanément. C’est une sensibilité toute délicate et élégante, jamais dans l’outrance, toujours juste, qui se met à nous parler, et elle nous touche au cœur.  Clavecin, contrebasse et violon s’allient à la voix claire et franche pour voleter au-dessus de nos têtes, s’élever dans le ciel et atteindre le Beau.

Après My Bloody Valentine en 2009, Slowdive en 2014 et Ride l’an dernier, la Route du Rock poursuivait ce dimanche sa mission de réhabilitation des grands artistes shoegaze des années 90. Retour sur scène réussi pour le gang londonien Lush, dépositaire d’un son certes un peu daté aux goûts de certains, mais chargé de mélodies pop n’ayant pas pris, elles, une seule ride. Le quatrième morceau, dédié à Robin Guthrie (guitariste des Cocteau Twins), sonne le glas d’un début de set un peu mou, mais le sourire communicatif de la chanteuse Emma Anderson finit par avoir raison des plus réticents. Les nostalgiques des 90’s les plus érudits, eux, essuient une petite larme d’émotion en réalisant que le nouveau batteur du groupe n’est autre que Justin Welch, ex-Elastica ! Le coup de grâce arrivant sans doute pour eux sur « Ladykillers » (sublime tube du groupe sorti en 1996), exécuté pied au plancher.

Comment rater un concert quand se nomme Fidlar ? Difficile de répondre à cette question tant l’énergie déployée durant trois quarts d’heure par le gang californien pourrait masquer toutes les fausses notes et pains de batterie de la terre… Le set débute sur de faux accents à la Rage Against The Machine et se poursuit dans la plus pure tradition skate punk. Pogo général au premier rang, amplis dans le rouge et minimum syndical « à la Ramones » du côté des accords. Du bon boulot, sans surprises avant de réaliser à quel point certaines intros de guitares sonnaient comme du Nirvana…

Certes, Fidlar fait du punk. Mais dans l’esprit, la déglingue, Fat White Family n’avait ce soir, sur la scène du Fort, aucun concurrent à sa hauteur. Combien de groupes aussi génialement déjantés l’Angleterre a-t-elle enfantés depuis ses mythiques Sex Pistols ? Arrêtez de compter et concentrez-vous désormais sur le gang de Brixton, dont les deux albums toujours en vente libre ont pour titre « Champagne Holocaust » et « Songs For Our Mothers ». Tout est dit, non ? En guise d’intro de concert, le groupe offre au public français un chant coranique propre à faire frissonner Marine Le Pen et tous les polémistes glauques post-13 novembre. La suite ? De l’inclassable joué avec une intensité et une sincérité incroyable. On pense à The Fall pour le côté volontairement bordélique de leur musique, aux Cramps… Mais aussi à Iggy Pop aux grandes heures des Stooges pour la prestation de Lias Saoudi, torse nu, la main coincée dans le pantalon et le larynx soumis à rude épreuve. Crade, vrai, sans calcul. Une immense claque.

En parlant de claque, celle administrée par le post-punk de Savages l’an dernier au festival a fait craquer les programmateurs. Deuxième apparition en deux ans pour le groupe emmené par Jehnny Beth, et ce, sur la même scène ! Mais qui s’en plaindrait ? S’il existe encore dans ce monde des abrutis pour soutenir que le rock est avant tout un « sport » masculin, traînez-le par le col à un concert de Savages. Un éclairage sobre, une précision de snipers dans les breaks, un son monumental et une chanteuse au charisme ravageur : le rock tendu à l’extrême de ces quatre donzelles ne fait pas dans l’économie ni dans la mise en scène. Un rock rongé jusqu’à l’os, sublimé par la voix très Siouxsie d’une chanteuse dont les bains de foule ne tiennent en rien d’un acte démagogique. Ultime note de classe, la reprise gorgée d’émotion de « Dream Baby Dream », du défunt et ex-Suicide, Alan Vega. Respect total.

Tout ne paraît-il pas fade après Savages ? Eh bien, les punks de Sleaford Mods relèvent le défi avec brio ! Punks, ils le sont tout d’abord dans l’attitude : dans ce duo, l’un est un grand échalas planté là, redneck buveur de bières dont la prestation scénique consiste à appuyer à chaque début de titre sur le bouton play de son ordinateur. Tout bonnement improbable. Il est autant spectateur que nous de la performance de son tout aussi incroyable acolyte : imaginez un Tom Jones en jogging mou retroussé, qui se pointerait sur la scène comme dans le pub du coin. La formule « musicale » est tout aussi punk dans l’approche : minimale, brute, agressive. Un beat simplissime et catchy, une voix démente, tour à tour rappée ou soul, une puissance et un débit impressionnants, un charisme frontal indéniable, des titres courts et haletants. Autant vous dire que le public était en délire. Ajoutez à cela une dimension sociale, un accent à couper au couteau, un regard désabusé, un cynisme âcre… et vous obtenez une véritable bombe.


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