[EP] La Pietà – Chapitres 3 et 4

Retour aux affaires pour la corrosive La Pietà qui, avec ces deux nouveaux chapitres, continue à gratter les plaies ouvertes de la bienséance et de la bêtise humaine, sans jamais se positionner comme supérieure ou plus maligne. Ou comment reconnaître ses faiblesses et celles des autres pour dicter une conduite musicale entre saturation et explosion.

Il est des injustices qu’on ne s’explique pas mais qui, pourtant, retiennent toute notre attention – et notre colère, par la même occasion. Ainsi, La Pietà s’est vue censurée sur Youtube il y a quelques mois pour des motifs à la fois faciles et obscurs ; tandis que, en parallèle, aucune législation n’était proposée afin d’interdire la libre circulation, sur Internet, de vidéos jihadistes ou incitant à la violence et à la haine. Au final, le grand maître de la visibilité gratuite sur le Web a dû aller se rhabiller ; et, heureusement, aucun mal n’a été fait. Au contraire : les « Chapitres 3 et 4 » de La Pietà n’en prennent que plus de valeur et d’importance, car pointant du doigt ce en quoi beaucoup espèrent croire, même s’il ne s’agit que du vent et de l’apparat. À aucun moment, la chanteuse ne sous-entend le moindre geste de contestation facile ; elle préfère prendre sur elle-même, quitte à devenir la martyre d’une cause que l’on aime suivre au fur et à mesure de son évolution. Pour le meilleur.

Elle le reconnaît pourtant dans son introduction, qui portera sur l’ensemble de l’opus : « J’aime pas les gens / Je leur ressemble quand même vachement ». Dans des boucles électroniques et rock râpeuses et vives, La Pietà débite aussi bien son dégoût que le constat amer et évident d’appartenir à une civilisation qui ne lui ressemble pas, mais avec laquelle il faut bien cohabiter ; ce qu’elle aura le mérite de constater, une nouvelle fois, sur le séducteur et mécanique « Hell-elujah ». D’où une irrépressible envie de faire voler en éclats les allures faussement naïves et à la mode : « Nous sommes las » invite les cordes à trancher dans le vif d’un abandon social programmé, avant que « Versés en boule » ne se montre aussi défaitiste qu’imprégné d’une espérance qui, on ose le promettre, finira par s’éveiller. Plus loin, « Perdue point comme » use et abuse d’effets synthétiques afin de nous faire accepter l’isolement dans les réseaux virtuels, l’artiste se mettant en scène et prenant les coups à notre place ; jusqu’à ce que nous nous décidions à agir. L’extase et l’exultation viendront de « Vivant », manière de confesser qu’il est inestimable d’avoir son mot à dire, ou sa gueule à ouvrir. Pour partager, ou mordre.

Le chemin de croix continue donc pour La Pietà, toujours debout face à l’adversité et à la dénonciation habile et peu scrupuleuse de ses effets. Et on aime se lever et se tenir à ses côtés, tant la fougue et la force de ses mots et de ses mélodies n’en finissent pas de nous obséder et de nous hanter. À la folie.

« Chapitres 3 et 4 » de La Pietà est disponible depuis le 24 novembre 2017 chez Le petit chat noir records.


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Raphaël Duprez

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