[Entourage #129] La Maison Tellier

18 ans d’existence ! Voilà donc 18 ans que cette bande qui se présente comme une grande famille derrière le nom littéraire, mais devenu tellement familier de La Maison Tellier a commencé une véritable aventure héroïque et utopique, dans le sillage de ses idoles et obsessions musicales, menant vers une discographie exemplaire, consolidant morceau après morceau, album après album, reprises après reprises les fondations d’un groupe, qui n’en finissent plus de se dresser toujours plus haut tel un gratte-ciel américain. Ce qui est d’ailleurs encore plus troublant après toutes ces années, c’est la capacité des membres du groupe à toujours se renouveler tout en conservant cette empreinte stylistique reconnaissable entre mille, en dépit des évolutions stylistiques. Sorti en ce début d’année, l’album « Atlas » en est la preuve concrète. Lui qui se sublime dans une inspiration décuplée aussi bien musicalement que textuellement, tout en formulant aussi un retour aux sources, vers la musique folk des débuts. En dépit de l’attention généreuse que portent les membres du groupe à leur public, perdure encore pourtant un délicieux mystère autour de cette matière créative stimulante qui joue comme peu d’autres avec des principes aussi puissants que le surréalisme, la poésie et l’implicite. Alors forcément quand se présente l’opportunité de pouvoir rentrer un peu plus dans le monde de La Maison Tellier à travers un numéro d’Entourage, la curiosité et la passion sont en action, et le rédacteur redevient très vite aussi le fan qui se délecte de ces anecdotes aussi simples que vibrantes.

crédit : Yann Orhan

Arman Méliès

Nous partageons un certain nombre de choses avec Arman, dont une passion dévorante pour Neil Young et l’americana, les guitares hurlantes et les textes référencés. On s’est croisé à de nombreuses reprises, sur scène, sur disques, et même en soirée washi washa. Ça a toujours été un grand plaisir, parce qu’en plus d’être un fin musicien et un brillant compositeur, c’est aussi un garçon charmant et affable. Son dernier album, « Laurel Canyon », ode à la Californie et à la musique west coast, est un chef d’œuvre. Un titre en particulier nous rapproche (il y a fort longtemps, nous devions l’enregistrer ensemble), le magnifique « La soif » et son banjo entêtant. Foncez découvrir cet album, si ce n’est pas déjà fait.


H-Burns

Notre première rencontre avec H-Burns, c’était lors de notre première tournée. Nous partagions un concert à Chambéry. Nous avions immédiatement été séduits par son folk rock racé et généreux, quelque part entre Bruce Springsteen, Pavement et Townes Van Zandt, et sa grande connaissance des vins, aussi ! On s’est retrouvé en de nombreuses occasions depuis, notamment pour l’enregistrement d’un EP de reprises, sur lequel il chante « The Suburbs » (Arcade Fire) avec nous. Son dernier album, vous l’avez sûrement entendu, est un hommage à Leonard Cohen, accompagné d’un spectacle très beau, et qu’il est encore possible de voir sur scène (foncez-y !), mais si on ne devait choisir qu’un seul disque, ce serait « Off the Map » (NDR sorti en 2013 sur le label Vietnam), enregistré chez Steve Albini et regorgeant de morceaux tout à la fois boisés, élégants et furieux.


Dominique A

Dominique A, tout comme Christophe Miossec, fait partie de ceux qui nous ont montré la voie, qui nous ont permis de réaliser qu’il était possible de penser une autre forme de chanson française, hors de la variété, hors de la scène alterno, du post punk et du reggae festif à la française. Une chanson tout à la fois influencée par Gérard Manset et John Parish, le folk minimaliste et la coldwave. Quand on a sorti notre premier album, Dominique s’était fendu d’une petite chronique gentille et respectueuse sur le site « Comment certains vivent », citant, notamment, Palace Brothers. On s’était senti adoubé. Merci Dominique.


Emily Loizeau

Dès son premier album, Emily nous avait touchés en plein cœur. L’imagerie folk, un concert furieux dans une chapelle rouennaise transformée en salle de concert, la voix puissante et fragile à la fois, l’alternance français/anglais : tout nous séduisait. Les thématiques graves abordées sans gêne également. Puis la démesure de « Pays Sauvage » avec les copains de Moriarty, l’ambitieux « Mothers and Tygers », tout continuait d’être inspirant dans l’œuvre d’Emily. Elle avait accepté au milieu des années 2010 de venir chanter avec nous une reprise du Velvet Underground, « I’m Sticking with You », faisant écho à son « Run Run Run », mis en scène par Julie-Anne Roth, avec qui nous avons travaillé pour la mise en scène du spectacle 1.8.8.1. Boucle bouclée. Tout est lié.



Lonny

Lonny vient de sortir son premier album, « Ex-Voto ». Il est merveilleux, un petit bijou de folk précieux et mélodique, aux arpèges de guitares aériens et aux cordes légères. Quelque part entre Nick Drake et Barbara Carlotti (pour le timbre de voix, chaud et plein). Nous avons croisé Lonny l’été dernier, à l’occasion d’une scène commune (une de plus… la tournée, cette grande application de rencontres entre artistes…), alors qu’elle jouait encore dans le Stranger Quartet, une belle association de quatre malfaitrices, au passage. Nous avions vite sympathisé, tant c’est une chouette personne. Depuis, on guette la prochaine occasion de discuter à nouveau de vive voix et, qui sait, d’échanger quelques notes.


Derrière ces cinq artistes se dessinent les contours d’une scène française exigeante et créative, qui s’est construite comme une alternative réelle à la toute puissante variété, et dont La Maison Tellier est aujourd’hui un des plus emblématiques représentants. Et si les personnalités présentées dans ces confessions relationnelles ont accédé à des degrés divers à une vraie reconnaissance et une certaine notoriété, elles se sont toutes façonnées dans la durée, à travers des disques ambitieux, des tournées et des concerts mémorables, des quêtes artistiques et musicales intègres, sensibles et entières, autant de marqueurs du parcours de La Maison Tellier. Non sans hasard, certains musiciens et musiciennes de ce numéro d’Entourage, se retrouveront d’ailleurs sur la scène du 104 à Paris, le 31 mai prochain pour un concert événement entre ami(e)s, « La Maison Tellier & friends », pour reprendre le mythique album de Neil Young, « Harvest », près de 50 ans après sa sortie. La Maison Tellier a aussi à cœur d’offrir sur scène à son public les versions live des sublimes morceaux d’« Atlas » ( NDR du côté d’indiemusic, on attend particulièrement le moment où résonneront les premières notes de guitare de la mélancolie habitée et poétique de « Trois degrés de séparation » !). De quoi raviver avec émoi, les souvenirs passionnés des concerts vibrants de La Maison Tellier, où l’on danse, on pleure, on rêve, on voyage, on s’aime, on sourit, on oublie, on s’évade… Vivement le prochain !

« Atlas » de La Maison Tellier est disponible depuis le 4 mars 2022 chez Verycords.

La Maison Tellier est actuellement en tournée : le 14 mai à Saint-Flour (15), le 21 mai à Veauche, le 22 juin à Miramas, le 25 juin à Sète, le 15 juillet aux Francofolies, le 1er août  à Pornic, le 27 août à Rouen ainsi que le 22 et le 23 septembre à Paris à la Maroquinerie.


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