[LP] La Féline – Triomphe

Avec un second véritable album allant à contre-courant de sa production habituelle, tout en conservant en son sein le langage musical et lyrique personnel de sa créatrice, La Féline nous offre un opus riche en orchestrations et émotions, au service d’un verbe vibrant et pénétrant. Une collection cohérente de chansons parfois émouvantes, souvent fortes et intenses, et allant continuellement vers une recherche sonore intransigeante de la musique française populaire, tout en la dépassant sans commune mesure.

En une poignée d’EPs tous plus originaux et complémentaires les uns que les autres et un premier album, « Adieu l’enfance », en forme de regard testamentaire sur une expérience musicale et personnelle toujours juste et concise, Agnès Gayraud, alias La Féline, n’a eu de cesse, au fil des ans, de chercher toujours plus profondément dans son for intérieur la matière nécessaire et vitale constituant son œuvre. Homogène et sincère, celle-ci prend un tournant radical avec « Triomphe », dont le titre lui-même ne trompe pas ; en effet, la compositrice nous offre rien de moins qu’un coup d’éclat à la fois intimiste et viscéral, à la production magique et précieuse, où les intrumentaux s’unissent à la perfection au timbre et au verbe de l’artiste. Une conjugaison des motivations et des révélations, dans un désir immuable de se mettre toujours plus à nu, aussi bien intimement que socialement.

Mariant avec justesse et conviction musique populaire et arrangements parfois tribaux (« Senga ») ou orientaux (« La femme du kiosque sur l’eau »), Agnès Gayraud a pris le temps de poser chaque instrument, chaque bribe de mélodie pour injecter dans ses chansons une multitude de détails pointus et immédiatement fascinants à l’écoute, tant et si bien que les partitions semblent se dérouler sous nos yeux, dans une union des sens et des sensibilités prodigieuse et d’une pureté sans faille. Que l’on traverse des paysages ethniques percutants et vibrants (« Le royaume », « Samsara ») ou des contrées mises à nu et dépouillées (la profondeur océanique de « Le plongeur » ou la crudité sensuselle de « Nu, jeune, léger »), « Triomphe » est une vision qui touche aussi bien à l’universel, dans ses aptitudes à transporter l’auditeur au-delà de toute frontière harmonique connue, qu’à l’intime, à travers des paroles nacrées, mesurées et sincères. Dérivant au fil des pérégrinations imaginaires de sa génitrice, l’opus n’est jamais à court d’idées et de surprises, et ce, même après plusieurs écoutes attentives et immersives.

Faisant fi des barrières de langues ou de propos et d’échanges impossibles au premier abord, La Féline laisse imploser son bien-être retrouvé après la phase adolescente de son effort précédent, ces adieux à l’enfance qui montrent aujourd’hui que l’âge adulte est bel et bien présent, au détour de chaque phrase, de chaque note. Le triomphe d’une personnalité à part, sûre d’elle et affirmée comme telle, ayant pour ambition première de laisser s’envoler ses titres au-dessus de nous pour mieux répandre leur légèreté et le bonheur qu’ils apportent. Un disque intemporel, où le doute n’a pas sa place et où l’humain prend toute sa pleine mesure ; gageure ô combien difficile, mais au succès immédiat et irrévocable. Indispensable.

crédit : Alexandre Guirkinger

« Triomphe » de La Féline est disponible depuis le 27 janvier 2017 chez Kwaidan Records.


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