[EP] La Féline – Royaume

Suite inattendue du formidable « Triomphe »,  » Royaume » de La Féline frappe encore un grand coup, l’EP se révélant, au fil de l’écoute, beaucoup moins inoffensif qu’il n’en a l’air. Explorant la structure même de son écriture grâce à la collaboration de Lætitia Sadier et Mondkopf, l’artiste invite les expérimentations les plus troublantes à s’unir à la délicatesse sanguine et intense de ses mélodies. Une alliance entre rock et atmosphères d’une puissance rare, crevant les barrières de l’intime afin de les rendre audibles et hypnotiques.

La Féline n’aime pas se répéter. Elle avance, à contre-courant, laissant parler ses sentiments dans un maelström sonore parfaitement maîtrisé et en constant mouvement. « Triomphe » allait déjà plus loin, harmoniquement et lyriquement parlant, que la force dépouillée et charmeuse de « Adieu l’enfance ». Ici, à travers « Royaume », elle fréquente des lieux musicaux en apparence paradoxaux, mais amenant une lecture précise, concise et intense de ses envies et motivations. Deux rencontres nécessaires, voire inévitables, afin d’apporter à la compositrice une profondeur mystique et urbaine inscrivant ses paroles dans des décors différents, mais en restaurant un équilibre parfait entre l’expérimentation et la dévotion. Et, plus que tout, en prouvant que l’artifice peut aisément se mettre au service de la sensibilité, de même que d’une revendication inébranlable de la liberté créatrice.

Introduisant le partage de nos trois acteurs, « À la divinité (The Belief Song) » instaure un climat acoustique légèrement amplifié par une rythmique simple et discrète, laissant la place nécessaire aux voix d’Agnès Gayraud et de Lætitia Sadier afin de se parler, de se répondre,de se confondre. Entre le minimalisme dénudé d’une formule alchimique et ésotérique et la densité d’un discours à deux timbres, la chanson s’installe lentement, avant de devenir imparable et inoubliable lorsque chœurs et instruments dansent, au cœur d’une transe rapidement visuelle. Une dichotomie que la reprise lisse et douce de « Le Royaume », contact pris avec la langue anglaise dans une poignante quête de l’ultime parole, nous fait frémir et nous plonge dans un état second, où les murmures se font confortables et rassurants. Tant et si bien que la présence, même en tant que muse, de Gérard Manset sur les deux parties distinctes de « Comme Un Guerrier » est d’une intelligence admirable : en l’espace d’un petit quart d’heure, l’expérimental et ses dissonances épousent le corps verbal de La Féline, avant que la seconde partie n’instaure un climat de friche industrielle où, au sein du béton et des ruines, une lumière jaillit, technologique et savante. Les machines, au repos, s’inclinent devant une litanie habitée et déroutante, dressée sur le piédestal qu’il mérite grâce aux échantillons et arrangements synthétiques de Mondkopf, d’une beauté sombre et à couper le souffle. Tant et si bien que la dépendance à ce chef-d’œuvre est inévitable et s’immisce au plus profond de chacune de nos cellules, de chacun de nos neurones, laissant courir ses fils dans nos membres, créature subtile et vivante.

« Royaume » : où comment bâtir, sur des ruines en jachère, une architecture chargée de significations et d’espoir sous de fausses matières manufacturées. Plus qu’un complément de l’album précédent, il demeure une pièce maîtresse de la discographie de La Féline ; cette femme aux mille visages, rayonnante et sûre d’elle, conviant en son sein ceux d’entre nous qui se sentent perdus ou oubliés. Une ouverture d’esprit radicale et maligne que l’on ne peut que vénérer, tant sa saisissante sagesse se fait rapidement contagieuse. Une offrande immortelle et magique.

La Féline sera en concert demain soir à La Boule Noire ; une occasion à ne manquer sous aucun prétexte, en espérant vous y retrouver !

crédit : Amandine Hanse-Balssa

« Royaume » de La Féline est disponible depuis le 3 novembre 2017 chez Kwaidan Records.


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