[LP] Kumisolo – Kabuki femme fatale

Qui se dissimule derrière l’apparente innocence de Kumisolo, artiste beaucoup plus complexe que son personnage ne le laisse entrevoir ? Quelques éléments de réponse se dévoilent au fur et à mesure des nombreuses écoutes dans lesquelles le séduisant et amusant « Kabuki femme fatale » nous entraîne, quelque part entre les voyages immobiles d’un rêve éveillé et la poésie simple et enfantine d’une artiste qui sait s’émerveiller et nous faire admirer la beauté de son univers, autant que du monde dans lequel nous vivons.

N’essayez pas de résister : il suffit d’un sourire de la part de Kumisolo pour immédiatement tomber sous son charme. À l’heure où la J-pop ne signifie pas grand-chose pour la majorité d’entre nous, sans doute par manque de véritables représentants du genre dans nos contrées, la musicienne a décidé de prendre les devants en appliquant une formule issue de son pays d’origine à des recettes plus occidentales, pour donner naissance à l’indescriptible mais pourtant fascinant « Kabuki femme fatale » ; une promenade sur des sentiers recouverts de pétales de fleurs et de pierres lisses et caressantes, où l’on évolue pieds nus pour mieux sentir le chemin que l’on suit en tenant la compositrice par la main. Mais, sous une fausse sobriété, le disque révèle des trésors mélodiques osés et inédits, que l’on n’a plus l’habitude d’entendre dans la pop française actuelle alors que celle-ci ne demande qu’à être aussi bien exprimée. Un risque mesuré, mais qui porte les fruits juteux d’une exceptionnelle révélation.

Les apparences sont souvent trompeuses chez Kumisolo ; en effet, sous prétexte de nous inviter à entendre des chansons courtes et allant droit à l’essentiel, elle soigne chaque détail, chaque arrangement pour, justement, inspirer ce sentiment constant de plénitude et de générosité. Du dialogue énergique et vigoureux des cuivres et percussions de « Jungle Lady » aux claviers tantôt nostalgiques, tantôt fantomatiques de « Automne joli », la créatrice s’entoure d’instruments analogiques et acoustiques non pas pour démoder son genre personnel et intime, mais surtout dans le but de compléter de la meilleure façon possible son chant fragile et sensible, l’électro réduite à son plus simple appareil devenant alors inégalable. Ainsi, la « Pop Girl » se fait femme, sûre d’elle-même et prête à ouvrir grands les yeux devant les mystères d’une planète qui n’a pas fini de nous montrer toutes les énergies positives qu’elle recèle et que les partitions font défiler devant nous, comme dans l’émouvant « Ping Pong Machine » ou l’intemporel « Kung-Fu Boy » et son rythme de flûte traversière excitant en diable, tandis que les chœurs illustrent à la perfection l’équilibre recherché par cette créature aussi séduisante et venimeuse qu’une sirène à laquelle personne ne peut s’opposer. Perfectionniste à l’extrême, elle étend ses talents dans les recoins de ses odes à la rêverie, s’envolant dans l’imaginaire amoureux grâce à « La tête ailleurs » ou faisant des habitudes du quotidien un poème subtil et intime où la famille n’est jamais loin, revêtant l’importance de sa présence aux heures les plus sombres (« Tous les jours »).

On ne peut rester indifférent à « Kabuki femme fatale », que l’on soit fan de musiques électroniques, de pop ou de tout autre style ayant un propos à offrir. Car l’intelligence et la sagesse qui se dégagent de cet opus sans faille et bienheureux est un événement qu’il convient de savourer à sa juste valeur. Chant et danse se déroulent sur la scène théâtrale que Kumisolo a constitué pour nous, narrant ses comptines avec un sens de la technique et de l’émotion brillants et indubitables. Sans doute l’un des albums les plus originaux et dépaysants de l’année, qui nous attache encore plus à cette musicienne si atypique et accueillante.

crédit : Linus Ricard

« Kabuki femme fatale » de Kumisolo est disponible depuis le 7 avril 2017 chez Alter K.


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