Et de quatre ! Kowalski ne chôme pas et nous délivre en ce mois d’épiphanie sa nouvelle galette qui fait la part belle à de savoureuses et longues balades, quelque part dans un désert américain.
Mais ne vous y trompez pas. Malgré un nom à consonance polonaise, ce sont bien des Bretons qui tiennent les rênes de cette carriole traînant derrière elle, à perte de vue, un long nuage de poussière orgasmique. Avec ses neuf titres, l’inspiration des grands espaces a une nouvelle fois enfanté un album d’une autre espèce, de ceux que l’on pose amoureusement et sans hésitation sur le tiroir de sa platine disque, avec l’excitation et la frénésie des jours de grands départs.

« Driftwood Houses » (littéralement Les cabanes en bois flotté) est un peu comme une carabine à double détente. Il faut d’abord respirer un grand coup et s’armer de concentration – lors d’une première écoute – avant que l’album ne fasse mouche. Car c’est un véritable florilège de sensations, de dépaysement et de voyages que nous procurent les quarante minutes de ce nouveau-né de 2015 qui a d’ores et déjà gagné sa place de premier de la classe. Le genre d’opus auquel on doit le plus grand respect en le découvrant et l’écoutant dans les conditions spirituelles et créatives telles que désirées par les quatre Rennais. C’est-à-dire téléphone coupé et sans autre forme de parasitage intempestif, tranquillement installé dans un rocking-chair ou un canapé au cuir vieilli, l’ampli pas trop fort avec les deux enceintes bien orientées sur soi, l’écoute pouvant être à la rigueur brièvement interrompue par le bruit du décapsulage d’une bière blonde frappée et rafraîchissante.
« Untamed » ouvre le bal avec une piste à faire pleurer dans les chaumières. On est d’emblée envahi par ce bien-être cotonneux que procure l’album. Une envie de danser langoureusement avec son ou sa partenaire, lumière tamisée et flammes de bougies qui vacillent. Yeux fermés, joues chaudes, cœur qui palpite, gorge qui se noue… La magie agit instantanément en mettant en exergue notre fragilité. Car nous comprenons rapidement que nous ne sommes finalement pas grand-chose face à la musique de Drifwood Houses.
« Tempo of the Horse » nous remet en selle et nous fait donner des coups de talon pour avancer sur une autre piste plus accidentée bien qu’extrêmement bien balisée. Le genre de morceau que l’on a le sentiment d’avoir toujours eu dans l’oreille mais qui provoque le même effet de ravissement et la même surprise écoute après écoute.

« Flicker » continue d’emmener l’album encore plus loin au refrain d’un « Raise The Bar » entêtant (et qui place la barre encore plus haut), telle une Buckley qui aurait suffi à griser un Jeff décontracté dans un hamac au tissé indien. Et ce ne sont pas les attaques des guitares qui perturberont l’écoute attentive et nonchalante de ce morceau destiné à devenir un classique.
« The Badge » nous invite dans une ritournelle apaisée, rythmée par un ukulélé comme tenu par Gotye qui, pourtant, n’y est pas. La voix appuyée mais presque chuchotante de Mathieu Éveillard nous réchauffe au coin du feu autour duquel nous prenons de plus en plus nos aises, en proie à passer la nuit à écouter les étoiles de cet album comète.
« Horses » est un compagnon de route qui, tout en guitares, gratte dans le sens du poil. Un morceau que l’on joue à fond, chevaux au vent, sur un destrier lancé à toute vitesse au milieu des routes sinueuses et solitaires d’un reg du Mojave.
« The Breach » sonne comme une pause confessionnelle sur un tas de pierre perdu au fin fond du Texas. Comme un cri dans l’immensité d’un désert californien au cagnard insoutenable qui fait vaciller même le plus endurci des autochtones.
« Ghostland » n’a rien d’un fantôme et pose sa voix et ses guitares sur le tapis laissé poussiéreux d’un cubain débranché. Les riffs électriques qui viennent aiguiser les lignes acoustiques chaloupent au rythme de la pédale de la grosse caisse qui se lâche en fin de morceau avant de nous laisser en paix.
« Goodspeed You Baby Moon », sur quelques accords triviaux mais langoureux, nous fait religieusement cligner les yeux d’émotion, comme en proie à une adhésion compassionnelle. On ne peut cependant feindre de se noyer dans ce titre minimaliste, presque feignant, qui nous souhaite bon vent.
« Dead End » clôt magnifiquement cet album sous l’apparence d’un shoegaze country qui n’est en rien une impasse et que l’on se repasse plusieurs fois avant de se décider à quitter sur la pointe du diamant les terres de Kowalski que l’on a pris tant de plaisir à (dé)fouler et dérouler.

« Driftwood Houses » place ainsi la barre très haut pour les futurs autres albums de 2015 et s’impose comme étant certainement l’étendard de Kowalski, groupe breton qui s’immisce peu-à-peu et avec légitimité dans le rooster des sons de la grande Amérique.
« Driftwood Houses » de Kowalski, sortie le 25 février 2015.
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