[LP] Katel – Élégie

Rarement, un album de chanson française aura semblé aussi proche de la perfection mélodique que de l’expérimentation musicale la plus radicale. Katel marie les deux avec un talent et un sens de la création immense, offrant ainsi un disque totalement surréaliste et précieux.

Katel - Élégie

Lorsque l’on découvre « Élégie », la première impression qui nous vient à l’esprit est : mais d’où peuvent bien venir toutes ces harmonies extraterrestres, toutes ces constructions ne respectant aucune règle mais engendrant, paradoxalement, une indubitable homogénéité ? Dès lors, ce nouvel opus de Katel devient essentiel, dans tous les sens du terme : aussi bien incontournable que revenant aux racines d’une musique en apparence improvisée, sur le fil, mais pourtant soignée jusqu’à l’obsession. Et il faut admettre que le résultat dépasse toutes les attentes, offrant à la musicienne tous les honneurs qu’elle mérite.

Parvenir à définir l’art sonore de Katel semble assez difficile, voire impossible. Ce que nous laisse comprendre « Voûtes », piste aussi introductive qu’introspective et qui délimite les phrasés emportés d’une créatrice en quête constante de perfection vocale et musicale. Patchwork animé et habité, le disque traverse aussi bien des territoires pop tendres et charnels (« Cyclones », « Hors-foule ») que des paysages devenant autant d’expériences radicales et inédites, car progressives et faisant fi du format couplet / refrain (« Au large », « Ralentis »). De ce fait, l’ensemble gagne en cohérence au fur et à mesure des écoutes, cousant les fils soyeux d’un canevas qui ne révélera ses motifs que lentement et patiemment. Les textes se bousculent, les chœurs s’embrument et nous bercent pour mieux nous guider (« Saisons ») au milieu de ce tumulte contrôlé et obsessionnel. Sans jamais laisser l’auditeur indifférent, mais plutôt fasciné par la jouissance que provoquent ces chansons emplies de cœur et de pureté.

Jamais la poésie n’aura été aussi pénétrante et radicale, dans les structures et les mots. Car Katel façonne ses contes avec un soin presque maniaque, troublant et admirable. Les instruments viennent enserrer un timbre fragile, subtil et affirmé, délayant des histoires de l’intime avec une suave concision. Parfois proche de la rupture, en équilibre sur une corde mouvante au-dessus du vide, il redevient immédiatement enjôleur et duveteux. On n’écoute pas « Élégie » ; on l’apprivoise, en sachant que chaque seconde compte et contient sa charge émotionnelle la plus précieuse et attachante. Rien n’est laissé au hasard, et l’ensemble se métamorphose de manière continue, sans temps mort, sans fioriture inutile ni égarée. « Élégie » est un tableau dont les détails se métamorphosent selon le point de vue duquel le spectateur se place, révélant ses mystères et ses couleurs alors qu’il se meut et évolue, infiniment, passionnément.

crédit : Frank Loriou
crédit : Frank Loriou

On comprend alors mieux ce titre étrange et inédit, en explorant les brisures rythmiques et les plaisirs fantasmagoriques d’un album destiné à évoluer hors du temps, loin du commun des mortels. Sublime.

« Élégie » de Katel est disponible depuis le 8 avril 2016 chez at(h)ome.


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