[Interview] Kate Clover au Black Flag

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Subtile fusion entre l’énergie d’Iggy Pop et le charisme de Debbie Harry, Kate Clover incarne avec brio le futur du punk rock féminin. Talons aiguilles et cheveux décolorés relevés en queue de cheval, la chanteuse et son groupe ont retourné la scène landaise l’été dernier avec leur punk énergique et rétro. Les musiciens de L.A. ont fait danser le public français dans la petite salle du Black Flag, à Seignosse, durant l’été 2023. Pour sa première interview française, la musicienne s’est livrée sur sa vie à Los Angeles, son voyage initiatique au Mexique et la sortie imminente de son deuxième album studio.

crédit : Allan Wan
  • Salut Kate ! Bienvenue à Seignosse, la ville du surf et de la culture skate.

Merci ! J’ai moi-même grandi dans une communauté surf, en Californie. Je me sens comme à la maison dans les Landes. Mais comme tout le monde parle français ici, c’est une version un peu plus exotique de chez moi (rires). D’ailleurs, c’est notre quatrième date en France et l’ambiance est toujours hyper rock’n’roll et fun. Les Français ne sont pas timides durant les concerts, c’est un plaisir de jouer face à vous.

  • Raconte-nous un peu comment c’est de grandir à Los Angeles ?

J’ai adoré grandir à Santa Monica durant les années 90. Mais parfois, j’aimerais voir ma ville avec des yeux de touristes pour la découvrir à nouveau et l’apprécier toujours autant. Néanmoins, c’est un endroit qui est en perpétuelle évolution. Depuis que je suis jeune, j’ai été exposée à beaucoup de cultures et de scènes musicales différentes.

  • Quels endroits fréquentais-tu à l’époque en tant qu’adolescente ?

J’allais principalement à The Smell, dans le Downtown Los Angeles. Il y avait beaucoup de concerts punk, de shows expérimentaux et DIY en tout genre. Quand je m’y rendais, j’étais encore mineure donc je devais prendre une fausse pièce d’identité pour pouvoir rentrer. Lorsque j’y repense, c’était génial. Je suis nostalgique de ce temps où tout était plus innocent et rock’n’roll.

  • D’ailleurs, t’avais un poster de quelle rockstar au-dessus de ton lit quand t’étais ado ?

À ce moment-là, ma chambre était surtout décorée avec Courtney Love, les Sex Pistols et The Clash. J’ai découvert la musique punk très jeune et je m’y suis immédiatement identifiée. Ça a toujours été ma culture. Dès que je voyais une femme chanteuse dans un groupe de rock, j’étais directement fascinée.

  • La musique a donc toujours fait partie de ta vie ?

Oui, grâce à ma famille ! J’ai baigné dans la musique rock depuis que je suis toute petite et la plupart de mes goûts musicaux viennent d’eux. Mon père jouait de la musique, il y avait toujours de la guitare à la maison. Au début, j’ai commencé par prendre des cours de piano puis j’ai joué de la basse et enfin, j’ai monté mon propre groupe de musique avec des potes du lycée.

  • À partir de quel moment la musique est devenue une activité sérieuse pour toi ?

Je ne savais pas vraiment ce que je voulais faire plus tard. L’idée de monter un groupe et d’en vivre était très abstraite pour moi. Il n’y a jamais eu un jour où j’ai décidé que, d’un coup, ça allait devenir sérieux. Tout s’est fait naturellement. Je ne me suis jamais mis la pression par rapport à ça. Aujourd’hui, j’ai une super formation (David Field à la batterie, Williams Evans à la basse, et Giuliano Scarfo à la guitare principale) et je suis très contente d’être là où j’en suis. Lorsqu’il n’est pas en tournée avec son autre groupe Crocodiles, mon mari Brandon Welchez m’accompagne parfois à la guitare.

  • Peux-tu nous raconter l’histoire derrière l’enregistrement de ton premier album « Bleed Your Heart Out » sorti en 2022 ?

À un moment de ma vie, j’avais vraiment besoin de nouveauté et de changer d’air. Je voulais repousser mes limites et trouver cette nouvelle version de moi-même, plus libre. Mais, à Los Angeles, je ne sortais pas de ma zone de confort. J’ai donc décidé de tout plaquer pour partir vivre au Mexique pendant quelque temps. En arrivant là-bas, je me suis sentie tellement libre que j’ai décidé de rester et d’enregistrer un album. L’expérience a été extrêmement enrichissante et positive !

  • En tant que femme leader d’un groupe de punk rock, ressens-tu une certaine pression sur les messages que tu transmets dans tes chansons ?

De manière générale, je suis très inspirée par toutes les femmes qui jouent de la musique et font du rock. Mais lorsque j’écris une chanson, je souhaite que les gens me voient pour qui je suis vraiment et non juste pour mon genre. Pour moi, le nouveau combat engagé des femmes musiciennes aujourd’hui c’est ça : faire passer des messages forts qui ne sont pas qu’en lien avec le féminisme.

Les musiciennes d’avant ont tellement fait pour nous. Elles nous ont apporté un vrai espace de liberté et de changement. Aujourd’hui, c’est important de ne pas tout faire tourner autour du genre. L’étape suivante et de repousser les limites et les idées au sein de la scène musicale. Les gens sous-estiment à quel point les femmes peuvent être fortes sur scène et dans la musique. Maintenant, c’est cool qu’il y ait autant de groupes de meufs qui font du rock et du punk. J’adore mon époque !

  • D’ailleurs, en dehors de la musique punk, est-ce que ça t’arrive de t’échapper un peu de cet univers et d’explorer d’autres genres ?

Oh oui, tout le temps ! Même si écouter du punk fait sens, avec mon mari, on aime aussi beaucoup le reggae. En fait, c’est notre genre de musique favori !

  • Si tu pouvais collaborer avec n’importe quel artiste pour ton prochain album, vivant ou mort, qui ce serait ?

Sans hésitation, Joe Strummer, des Clash ! Il est l’une de mes plus grandes inspirations, il est talentueux et c’est un super musicien sur scène. J’ai l’impression que ça aurait été tellement cool de partager une bière avec lui. Parmi les musiciens d’aujourd’hui, j’aimerais également beaucoup collaborer avec Nick Cave. Je pense qu’il y a quelque chose d’intéressant à créer ensemble.

  • Fin 2023, tu as sorti ton nouveau single « No More Romance ». Une ode à l’amour, à l’énergie très garage et punk. Peux-tu nous raconter l’histoire derrière cette chanson ?

Je voulais écrire une chanson sur ce sentiment d’insécurité que l’on ressent parfois dans le couple. Ce moment où tu baisses ta garde et tu t’autorises enfin à être vulnérable face à ton partenaire. C’est plus facile d’agir comme si rien ne nous touchait, mais être authentique c’est fort aussi.

  • Le clip de “No More Romance” dégage une atmosphère très vintage et pop. Quelle a été l’idée originale qui a inspiré la réalisation de cette vidéo par Ambar Navarro ?

Chaque chanson a son propre univers et un clip est la meilleure façon de le rendre vivant. Cette vidéo a été tournée sur une pellicule 8 mm. C’est un hommage direct aux bals de promo des années 50, mais avec un twist final. L’inspiration provient directement de John Waters et un peu de John Hughes.

  • Cette chanson « No More Romance » est une mise en bouche pour ton deuxième album qui sortira au printemps prochain. Peux-tu nous en parler un peu plus en détail ?

Mon nouvel album sort officiellement le 5 avril prochain. Sa base reste punk mais il explore également quelques sonorités différentes. Il y a des influences garage sur une des chansons, de la power pop et du rock’n’roll fifties sur une autre. J’ai envie de continuer à créer des chansons qui mélangent toutes mes influences. L’album a été enregistré à Los Angeles et produit par Jonah Falco, membre du groupe Fucked Up.

  • Et la suite pour le reste de l’année, c’est quoi ?

Travailler sur d’autres clips vidéo, puis partir pour une tournée complète des États-Unis et de l’Europe. Je veux faire le plus de concerts possible devant le plus de gens possible !


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ENGLISH

A subtle fusion of Iggy Pop’s energy and Debbie Harry’s charisma, Kate Clover brilliantly embodies the future of female punk rock. With her stilettos and bleached hair pulled back into a ponytail, the singer and her band took the Landes scene by storm last summer with their energetic and retro punk. The musicians from L.A. got French audiences up and dancing in the small venue of Black Flag, in Seignosse, during the summer of 2023. For her first French interview, the musician talked about her life in Los Angeles, her journey to Mexico and the imminent release of her second studio album.

  • Hi Kate! Welcome to Seignosse, the french city with a big skateboarding and surfing culture.

Thank you so much. I myself grew up in a surfing community in California, so I kinda feel at home in the Landes. But as everyone speaks French here, it’s a slightly more exotic version of home *laughs*. This is our fourth date in France and the atmosphere is still super rock’n’roll and fun. The French aren’t shy at concerts and it’s a pleasure to play in front of you.

  • What was it like growing up in Los Angeles?

I loved growing up in Santa Monica during the 90s. But sometimes I wish I could see more of my city through the eyes of a tourist so I could discover it all over again and still enjoy it as much as ever. Nevertheless, it’s a place that’s constantly evolving. Since I was young, I’ve been exposed to a lot of different cultures and music scenes.

  • Where did you hang around as a teenager?

I mainly went to The Smell, in Downtown Los Angeles. There were a lot of punk concerts, experimental and DIY shows of all kinds. When I went there, I was still underage so I had to take a fake ID to get in. When I think back, it was really great. I’m nostalgic for those days when everything was more innocent and rock’n’roll.

  • By the way, which rockstar poster did you have above your bed when you were a teenager?

At the time, my bedroom was mainly decorated with Courtney Love, the Sex Pistols and The Clash. I discovered punk music at a very young age and immediately identified with it. It has always been my culture. As soon as I saw a female singer in a rock band, I was immediately fascinated by her.

  • So music has always been a part of your life?

Yes, thanks to my family! I’ve been immersed in rock music since I was a little girl and most of my musical tastes come from them. My father played music and there was always a guitar in the house. At first, I took piano lessons, then I played bass and finally I set up my own band with some mates from secondary school.

  • When did music become a serious activity for you?

I didn’t really know what I wanted to do when I was a kid. The idea of setting up a band and making a living out of it was very abstract to me. There was never a day when I decided that, all of a sudden, it was going to become serious. Everything happened naturally. I never put any pressure on myself. Today, I’ve got a great line-up (David Field on drums, Williams Evans on bass and Giuliano Scarfo on lead guitar) and I’m very happy to be where I am. When he’s not on tour with his other band ‘Crocodiles’, my husband Brandon Welchez sometimes accompanies me on guitar.

  • Can you tell us the story behind the recording of your first album, « Bleed Your Heart Out », released in 2022?

At a certain point in my life, I really needed something new. I wanted to push my boundaries and find this freer version of myself. But in Los Angeles I couldn’t get out of my comfort zone. So I decided to leave everything behind and move to Mexico for a while. When I got there, I felt so free that I decided to stay and record an album. It was an extremely enriching and positive experience to stay in this country.

  • As the female frontwoman of a punk rock band, do you feel any pressure on the messages you convey in your songs?

Generally speaking, I’m very inspired by all the women who play music and rock. But when I write a song, I want people to see me for who I really am and not just for my gender. For me, that’s the new battle being fought by women musicians today: getting across strong messages that aren’t just about feminism.

Women musicians in the past have done so much for us. They gave us a real space for freedom and change. Today, it’s important not to make everything about gender. The next step is to push the boundaries and ideas within the music scene. People underestimate how strong women can be on stage and in music. Now it’s cool that there are so many female bands doing rock and punk. I love my time!

  • Aside from punk music, do you ever get away from that and explore other genres?

Oh yes, all the time! Even if listening to punk makes sense, my husband and I also really like reggae. In fact, it’s our favorite kind of music.

  • If you could collaborate with any artist on your next album, living or dead, who would it be?

Without any doubts I would say Joe Strummer from the Clash. He’s one of my biggest inspirations, he’s talented and he’s a great live musician. I feel like it would have been so cool to share a beer with him. Among today’s musicians, I’d also love to collaborate with Nick Cave. I think there’s something interesting we could create together.

  • At the end of 2023, you released your new single « No More Romance ». It’s an ode to love, with a very garage and punk energy. Can you tell us the story behind the song?

I wanted to write a song about insecurity in a relationship. The time when you let your guard down and allow your partner to see sides of yourself that make you feel vulnerable. It’s easy to pretend you’re not flawed but being real is better.

  • The video for « No More Romance » has a very vintage, pop feel to it. What was the original idea that inspired Ambar Navarro to make this video?

Every song is its own world. A music video is the best way to bring that world to life. The video was shot on 8 mm film and was an homage to a 1950s prom but with a twist. Inspired by John Waters and a bit of John Hughes.

  • This song « No More Romance » is a teaser for your second album, due out next spring. Can you tell us a bit more about it?

My new album is out April 5th! The foundation of the album is rooted in punk but there are some new sonic territories. There’s a bit more of a garage influence on some songs, power pop and 50s rock’ n’ roll but juxtaposed to sound new. I always want to keep progressing my sound with the influences I have. It was recorded in Los Angeles and produced by Jonah Falco of Fucked Up.

  • What are your projects for the rest of the year?

Working on a few new music videos then heading out on a full US and European tour. I want to play as many shows as I can, to as many people as possible!


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Charlène Dosio

Charlène Dosio

Journaliste, photographe et fan de musiques qui font du bruit.