[LP] Juniore – Ouh là là

Sous la houlette du producteur Samy Osta (La Femme, Feu! Chatterton), les trois Parisiennes de Juniore sortent un premier album cinématographique. Très influencé par la chanson française des sixties, le projet de ces garçonnes incarne une personnalité à part entière. « Ouh là là » est le récit d’un univers bien ficelé.

Anxiogène, mystérieuse, épique et rétro, l’intro de l’album a le mérite de nous faire entrer tout de suite dans le vif du sujet. Cette ambiance angoissante, voire stressante, est même le fil conducteur de l’album. Le jouissif et bien nommé « Panique » et l’obsédant « Difficile » sont les tubes prenant les rênes de l’aventureuse épopée qu’est « Ouh là là ». La production est immédiatement reconnaissable pour toute personne qui a déjà écouté La Femme ou encore Feu! Chatterton. C’est en effet avec Samy Osta qu’Anna Jean, leader de Juniore, a cofondé le label Le Phonographe, sur lequel sort cet album.

La voix monocorde, sombre mais délicieuse d’Anna donne l’humeur à chaque morceau par-dessus une partition instrumentale déjà pleine de personnalité et de tempérament. Les chœurs de la claviériste Agnès Imbault et de la batteuse Swanny Elzingre apportent la touche de légèreté idéale pour agrémenter les morceaux. Mention spéciale pour « En retard », envoûtante bribe de vie sur un mal qui touche beaucoup d’entre nous. Rétro à souhait, la tonalité du morceau semble venir tout droit d’un film de Bresson. Un véritable décalage temporel par rapport à une époque que les membres de Juniore n’ont jamais pu connaître.

Côté paroles, amour et hésitation sont deux sujets omniprésents à travers l’album. Les influences yéyés et surf pop sont absolument évidentes et font penser à un autre groupe dans le même giron, Granville. Les ballades « Un twist » et « Cannibale » ont, quant à elles, des petits airs de Françoise Hardy ou encore de France Gall et sont présentées avec une nonchalance élégante.

Juniore propose, dans « Ouh là là », un voyage temporel récurrent avec un son rappelant sans cesse les années soixante. La réverbération fait partie de l’identité même du groupe et se trouve renforcée par un écho des percussions entêtant. Difficile de ne pas remuer sur le rock aux influences anglo-saxonnes de « L’Accident », « Extra Lucide », « Tu vas tu viens » et « Tout sinon rien ». Entre noirceur et chaleur humaine, Juniore s’avère être un groupe désespérément optimiste. Une belle métaphore de l’époque actuelle.

crédit : Sandra Matamoros

« Ouh là là » de Juniore, sortie le 3 mars 2017 chez Le Phonographe.


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