[LP] John and the Volta – Low Life

Disque ovniesque par excellence, « Low Life » de John and the Volta ne cesse de s’immerger corps et âme dans des expérimentations sonores ininterrompues et composées, puis interprétées afin de devenir aussi accessibles que passionnantes à explorer. Un album qui éveille nos sens et nos neurones, sans jamais oublier d’inclure une exceptionnelle dose d’émotions fortes dans des pistes sulfureuses et superbes.

crédit : David Drake

S’il y a bien une chose que l’on ne pourra pas reprocher au projet bordelais John and the Volta (derrière lequel se cache l’auteur/compositeur/interprète Jonathan Ducasse), c’est de choisir la facilité pour créer sa musique ; en effet, les neuf titres qui composent ce premier opus, « Low Life », sont tous sauf aisés et faciles, en termes de structure et d’intensité. Explosant les barrières stylistiques pour s’insinuer dans des genres variés et en apparence antinomiques, le créateur dompte instruments et machines afin de les faire saigner tant et plus, pleurer au-delà de la douleur et de la mélancolie. Comme si ramper dans la poussière nous ouvrait les portes du Paradis, tout en ressentant chaque aspérité d’un chemin sinueux où quelques oasis nous permettent de nous désaltérer avant de continuer notre périple. Organique et mécanique, cette collection de sonorités nostalgiques ou terriblement modernes fait chavirer les cœurs et trouble la vue et les sens ; ce qui est aussi agréable qu’inattendu.

Dosant chaque arrangement avec une méticulosité presque maniaque, John and the Volta explore les confins d’harmonies bouillonnantes et savoureuses, sans jamais s’interrompre un seul instant dans cette démarche risquée mais parfaitement maîtrisée. Là où le sensuel et pénétrant « Howling Waterfall » se fait étrange et rugueux, « Paralyzed » invite des synthés et rythmes électroniques à la fois dansants et motivants, souvenirs d’ères passées pendant lesquelles l’image de soi n’avait aucune importance puisque, seule, l’énergie atteinte à son paroxysme sur les planches et sous les projecteurs prouvaient la valeur physique de l’être humain. Et c’est bien là tout le propos de « Low Life » : se servir de ce que l’intime fait de mieux, mélodiquement, pour nous confronter aux regrets, mais également aux meilleurs moyens de quitter notre enveloppe charnelle trop étroite afin d’atteindre des sommets solitaires et contemplatifs. l’interlude « Low Light », paisible et éthéré, fait écho à la mécanique implacable de « 20 » », plongée en apnée dans des abysses noires et phosphorescentes, tandis que « Be There » se montre angélique, magnifié par des chœurs sublimes et sensitifs. Rarement, l’artifice aura autant été au service de l’intériorisation des sentiments, de leur expression la plus limpide et marquante.

Le chant, hanté et obsessionnel, est tantôt fragile, tantôt omniprésent, murmurant ses mantras et interjections pour mieux nous posséder et nous étreindre. Expérimental et onirique, « Low Life » revêt une puissance évocatrice incroyable et inépuisable, source de tous les bouleversements de notre imagination et de notre psyché. Personnel et universel, il apparaît comme un album à fleur de peau, alors qu’une lame froide et aiguisée nous frôle pendant que, dans le même temps, une main tendre nous caresse. Les multiples visages de John & The Volta, mouvants et dont les contours ne cessent de se troubler, conservent leur mystère et la fascination qu’ils inspirent, achevant de prouver que ce premier effort est d’ores et déjà destiné à devenir une référence dans le paysage musical hexagonal de 2017. Un LP aussi radical que précieux et inoubliable.

crédit : Thibaut Séris

« Low Life » de John and the Volta, sortie le 24 mars 2017 chez Rouge Neon Records / Alter K.


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