[Interview] Jessy Benjamin

Il était venu conquérir la France et la Belgique avec sa fraîcheur de vivre et son groove sensuel, en français dans le texte. On était mi-mars, le soleil montrait ses plus beaux rayons, mais vous connaissez malheureusent la suite… Le pétillant et espiègle Montréalais Jessy Benjamin, coup de cœur du Festival International de la Chanson de Granby a tout de même réussi à marquer nos esprits à l’occasion d’un passage express à Nantes. Son premier album, l’addictif « Tapioca, calme-toi ! », a fait le reste ! Rencontre avec un chanteur au spleen délicieusement optimiste.

crédit : Jean-Fred Bedard
  • Salut Jessy, comment vas-tu ? Comment se sont passés ton retour et ton début de quarantaine au Québec depuis ton retour de France ?

Je vais bien. On s’est bien rendu chez nous. J’ai dormi 18 heures à mon arrivée. J’étais épuisé. Comme tout le monde, je trouve ça flippant ce qui se passe. Perso, j’ai eu une grosse baisse d’énergie en arrivant, et ça m’a pris du temps à me sortir de mon marasme, mais là ça va mieux et j’accepte de plus en plus sereinement la situation.

  • Tu me parlais de profiter de ce temps pour composer de nouveaux morceaux. À quoi ressemblent tes journées ces temps-ci ?

Je pensais vraiment en profiter, mais on dirait qu’avec le stress et l’incertitude, c’est plutôt difficile de me mettre dans l’état d’esprit nécessaire pour écrire des chansons. Ça viendra avec le temps, j’imagine. Pour l’instant, je me lève, je me fais du café, j’écris un peu sur tout et sur rien, puis j’écoute des films et les nouvelles aussi, mais pas trop…

  • Pour expliquer à nos lecteurs la raison de notre rencontre, tu as débarqué à Nantes samedi dernier, le 14 mars, dans le cadre de la tournée Granby-Europe. Granby, c’est une ville à 50 kilomètres à l’est de Montréal. Et c’est aussi ce festival renommé pour révéler les futurs noms de la chanson francophone qui a fêté cette année ses 52 ans ! Et chaque année, un lauréat, toi en l’occurrence en 2020, réalise une tournée franco-belge (entre autres) pour y faire connaitre son répertoire. Le Festival International de la Chanson de Granby, c’est un rendez-vous important pour les Canadiens francophones ? Comment y as-tu concouru ?

J’étais de passage en 2018. Je n’ai pas remporté, mais j’ai eu la chance d’être choisi pour la tournée Granby-Europe, en plus de remporter plusieurs autres prix. C’était une expérience hyper stressante, mais formatrice, qui m’a permis de forger mon caractère de scène ; à apprendre à me connaître davantage en situation de stress.

  • Cet événement a révélé des Canadiens aussi talentueux que Pierre Lapointe, Émile Bilodeau, Lisa LeBlanc ou encore Karim Ouellet pour ne citer qu’eux. Ça représente quoi aujourd’hui, même dans ces circonstances très particulières, d’être lauréat d’un tel prix ? D’ailleurs, as-tu pu partager la scène ou des temps de résidence avec certains d’entre eux ?

C’est une belle vitrine. Les gens de l’industrie suivent toujours ce qui se passe à Granby, et donc mon nom a commencé à circuler dans le milieu. C’est ça le plus gros avantage.

  • Je te trouve des similitudes de style avec Mathieu Chédid quand j’écoute tes titres « Pot de fleurs », « San Miguel » ou bien « Si j’étais millionnaire ». Sûrement parce que t’as un chant sacrément groovy et un univers plein de gourmandise, de fraîcheur et d’espièglerie. C’est une comparaison qui te parle ici ?

Oui, absolument. J’aime beaucoup la liberté de -M-. Je pense qu’il ne se limite pas dans ce qu’il fait, et c’est ce à quoi j’aspire. C’est clairement une inspiration pour moi, et nos énergies cosmiques se ressemblent assurément.

  • Peux-tu me parler des disques, des artistes qui t’ont convaincu qu’une carrière dans la musique, c’était ça ton life goal ?

Il y a beaucoup d’artistes qui m’ont inspiré, et ce serait trop long de les énumérer, mais je me souviens d’avoir eu un moment d’épiphanie la première fois que j’ai écouté l’album « Legend » de Bob Marley. Je devais avoir 16 ans, et j’ai vraiment senti quelque chose de puissant. Aussi, je suis un grand fan de Jim Carrey, et je pense que je cherche beaucoup cette liberté d’expression qu’il a si bien canalisé durant toute sa carrière. J’ai choisi un médium différent, mais ça revient au même au final.

crédit : Jean-Fred Bedard
  • J’ai aussi envie d’en savoir un peu plus sur ton parcours : Jessy Benjamin, c’est ton premier projet ou tu as eu d’autres expériences en groupe ou en solo avant ça ?

C’est mon premier projet à moi. J’ai changé de nom deux ou trois fois, mais c’était toujours le même projet si on veut.

  • On va causer un peu de ton premier album. Déjà, « Tapioca, calme-toi ! », c’est venu comment, c’est quoi l’histoire de ce nom d’album ?

Haha. Pour dire vrai, je ne savais pas vraiment pourquoi, mais je trouvais que ça sonnait bien. Ensuite, je me suis un peu rendu compte que c’était mon subconscient qui me parlait et qui me disait à moi (alter-ego tapioca) de me calmer.

  • « Solo romance », c’est une chanson sur l’acceptation de soi, qui invite à se faire plus confiance ? Tu m’en dis plus sur le message de ce titre ?

Oui en effet, je pense que ça dit de foncer ; d’arrêter de douter de soi. Ça parle aussi d’une expérience qu’on a tous vécue un jour ou l’autre, où l’on est pris dans une sorte d’analyse trop poussée d’une situation qui aurait tellement pu être plus simple.

  • Aussi, tu peux me parler des souvenirs de tournage du clip consacré à ce morceau ? Ça avait l’air d’être une sacrée organisation et beaucoup de fun !

Tout ça s’est fait en une seule journée. Ce fut très éprouvant, mais très satisfaisant en même temps. Le résultat est très proche de ce que nous imaginions. On voulait sentir le plaisir et aussi le cabotinage. Tout le monde a embarqué, et je suis très reconnaissant d’avoir été si bien servi par des artistes formidables.

  • Plus récemment, tu as sorti le clip de « San Miguel », réalisé en animation par Pow Pow Papillon. Des villes de San Miguel, à l’instar de Saint-Michel en France, il y en a dans toute l’Amérique centrale et du sud notamment. C’est un voyage en particulier qui t’a inspiré cette chanson ?

Non, ce n’est pas un voyage. Pour moi, c’était vraiment une grosse métaphore. Après, je n’en dis pas plus, parce que je veux que les gens se l’approprient comme ils le souhaitent. Mais disons que c’était juste une idée qui m’est venue comme ça, dans mon imaginaire.

  • À l’occasion de ton passage en France, tu as enregistré une session avec les amis de Naoway Sessions. Un titre inédit qui s’appelle « Florida Room ». Tu nous présentes ce titre ?

C’est un ami à moi, qui vient de la Beauce, qui un jour m’a invité dans sa « Florida Room ». Je n’avais aucune idée c’était quoi, et il m’a expliqué que c’était une expression qui voulait dire véranda. Et voilà, j’ai tout de suite voulu en faire une chanson.

  • Dans quelques semaines, quelques mois peut-être, la crise qu’on vit actuellement sera passée. Tu comptes immédiatement reprendre la route des concerts ? Tu as déjà prévu certaines escales ?

C’est tellement incertain que tout est sur pause. L’été au Québec, c’est le temps des festivals et des concerts. On espère vraiment que la crise sera passée et qu’on pourra bien en profiter. En ce moment, il y a toujours une date au Festival d’été de Québec de prévue le 16 juillet. Pour le reste, tout est « Stand by ».

  • Par ailleurs, tu travailles sur de nouveaux titres à l’instar de l’excellent « Florida Room » ? Chez indiemusic, on adore découvrir de nouveaux artistes et on sait qu’à Montréal, on n’en manque pas. Tu nous parlerais pas un peu de tes potes musiciens qu’il faut absolument écouter ?

Je travaille sur de nouveaux trucs en effet. Ça risque de prendre un petit peu de temps avant que ça se concrétise en album, mais ça travaille fort dans mon esprit. Ces temps-ci, j’écoute Valence, OBG, Ariane Roy, Laura Lefebvre, Petite Papa. Je vous en dis pas plus. Ça vous amènera sur un bon filon ! (rire)

  • Merci Jessy, on espère avoir le plaisir de te revoir bientôt en France ! À bientôt !

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