[Live] Jessica93 au Saint des Seins

Le samedi 13 février dernier, une marée noire s’est abattue au Saint des Seins de Toulouse sous l’instance du post-punk sombre de Jessica93. Si vous aviez des doutes quant à la possibilité de retranscrire sur scène l’atmosphère décharnée à l’immense palette émotionnelle qu’on adorait dans ses albums, soyez rassurés : le trio français sait s’y prendre.

Jessica93 © Léa Verlaguet
Jessica93 © Léa Verlaguet

La soirée démarre fort avec la musique noire et pesante de Wild Women and the Savages, dont le post-punk lancinant et abrasif est à l’image des costumes et masques en cuir. Dès les premières notes, la foule est attirée dans une étreinte obsédante, à mi-chemin entre une danse macabre et une transe onirique.

Après une heure de concert, c’est au tour de Loveless, un trio shoegaze venu de Bordeaux, de monter sur scène. Et il semble que la mission du groupe est de tirer le public de sa torpeur exaltante, ce qu’il s’évertue à faire à coup de riffs de guitare puissants auxquels répondent violemment la batterie percutante et les lignes de basse franches. En permanence sous tension entre un shoegaze mélodique et la force d’un post-grunge, les trois musiciens donnent tout ce qu’ils ont au court de la petite demi-heure qui leur a été impartie, afin de laisser leur marque ardente sur le front de cette soirée.

Réveillé et prêt à en découdre, le public acclame le groupe phare de la soirée, Jessica93. L’effervescence prend une toute autre ampleur alors que les boîtes à rythmes endiablées sonnent le début de « Asylum » et que le nuage sombre de la musique de Geoffroy Laporte enveloppe la salle : aux riffs répétitifs et entêtants des deux guitares répond le son métallique et ravageur de la basse, afin de poser la base sur laquelle la voix sombre et mélodieuse peut se développer. Le groupe enchaîne avec la brutale « Uranus », chanson finale de son dernier album, et l’hypnotisante « Karmic Debt » ; on est porté encore davantage dans l’univers torturé du groupe, où les mélodies paraissent devenir des tourmentes incessantes, et on n’ose détourner les yeux de peur de voir le charme s’effacer.

L’intimité de la salle, qui n’est pas la cave dans laquelle on s’imaginerait écouter ce genre de musique, mais qui développe une ambiance tout aussi sinueuse, incite les musiciens à tenter trois nouvelles chansons qui portent les promesses d’un nouvel album tout aussi obscur et cafardeux. Le concert se poursuit et finit, dans une brume verte aux allures de cérémonie funéraire, par « Surmatants » et « Inertia », que le groupe n’hésite pas à faire durer plus d’une dizaine de minutes, gravant la cadence lourde et les boucles hypnotiques au plus profond de notre esprit.

Le temps froid et pluvieux dont on cherchait à s’éloigner en allant au concert nous paraît nettement moins sombre et mélancolique lorsqu’on sort de la salle ; preuve de l’accomplissement d’une soirée dédiée à une musique aussi apocalyptiquement fascinante. Et on attend avec hâte de pouvoir retourner dans cette salle le 29 mars prochain pour voir A Place To Bury Strangers.


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