[LP] Jessica Lea Mayfield – Sorry Is Gone

Poétesse maudite d’une génération désabusée et en quête de son identité, Jessica Lea Mayfield approfondit sa connaissance de la psyché humaine à travers ce « Sorry Is Gone » au titre évocateur, entre les excuses qu’on ne formule plus et le respect qui s’efface de nos mémoires. En n’hésitant pas à se mettre en avant, elle finit par atteindre le piédestal d’une déesse qui, grâce à ses hymnes aussi sombres que réfléchis et inspirés, démonte un à un les a priori d’individus passifs et sans ambitions, porte-parole émouvante et sincère de nos refoulements les plus oppressants.

En avouant elle-même vouloir reprendre, grâce à « Sorry Is Gone », sa propre existence en mains, l’Américaine Jessica Lea Mayfield affirme haut et fort que ses faiblesses, sa patience et, certainement, son innocence bafouée sont devenues de l’histoire ancienne. Et, à l’écoute de ce disque plongé autant dans les ténèbres que dans des sources purificatrices, il faut bien avouer que l’exemple qu’elle nous montre se fait profondément attirant, voire thérapeutique ; comme si la compositrice, sans pour autant cracher au visage de ses détracteurs ou d’individus ayant profité de sa crédulité, lançait sa croisade intérieure pour révéler son être, ses sentiments, ses envies et ambitions. La production du disque, d’une sécheresse à la fois délicieuse et pénétrante, s’en ressent dans ses moindres détails. Mais c’est avant tout l’intensité vocale de notre nouvelle figure de proue qui témoigne de ce changement radical d’attitude. Elle n’a jamais été aussi belle et sûre d’elle. Et devient, de ce fait, encore plus admirable.

Les humeurs, les coups de gueule et les pauses se mélangent dans une représentation intériorisée, puis exprimée sur partitions et carnets, par la songwriter ; aucun artifice ni maquillage intempestif. Du plaisir, de la colère, de l’exultation. « Wish You Could See Me Now » se fait confident de la métamorphose, comme un majeur tendu aux obstacles de l’existence ; tandis que, plus loin, « Bum Me Out » explose afin de ne plus commettre les mêmes erreurs. Changements de fréquentations et d’expression sonore : la légèreté ironique de « Sorry Is Gone » s’unit à la perfection aux délicates mélodies désabusées de « Safe 2 Connect 2 », bouteille à la mer emplie d’une mélancolie prégnante et suscitant autant l’espérance que le doute. Une histoire évolutive, collection de chapitres entre rédemption et résurrection aux propos on ne peut plus explicites (« WTF »), sans pour autant fermer la porte à quelques surprises douces et inattendues (« Maybe Whatever », « Too Much Terrible », tragédies ténébreuses d’une beauté foudroyante).

Regard profond et bras croisés, Jessica Lea Mayfield nous contemple sur la pochette du disque, autant dans l’attente de ce que nous pourrions lui donner que sur la défensive. Elle ne sera plus la même et, de ce fait, nous non plus ; mais « Sorry Is Gone » est d’une telle franchise et sensibilité que l’on ne peut qu’abonder dans son sens, s’émerveiller devant ce cri du cœur et de l’âme, cette exploration des faiblesses et cette affirmation des forces et de l’intelligence émotionnelle. Un opus exemplaire et fascinant, que l’on écoute en boucle en se sentant, à notre tour, en constante mutation.

« Sorry Is Gone » de Jessica Lea Mayfield est disponible depuis le 29 septembre 2017 chez ATO Records / [PIAS].


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Raphaël Duprez

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