Mélange parfait d’americana et de blues folk sensible et sombre, le premier album de Jemma Nicole nous emmène dans la psyché mélancolique et tourmentée de sa créatrice. Une expérience marquante, dont la beauté n’a d’égale que la plus noire intimité.

Au premier abord, le disque de l’Australienne Jemma Nicole semble inoffensif ; une conjugaison précise et émotionnelle des styles les plus viscéraux et personnels de la musique, là où l’acoustique se marie au langage sonore d’une voix envoûtante et délicate. Pourtant, « My Darkest Hour » est beaucoup moins innocent qu’il n’y paraît ; car, non sans être en tous points aussi immédiatement identifiable que facile d’accès, il recèle en son sein des trésors de désespoir et d’expériences humaines soumises à la plus douloureuse introspection. Ainsi, le LP apparaît comme un témoignage du périple que sa génitrice a certainement dû traverser pour l’enfanter, avec humanité et une force quasi religieuse, dans une soumission totale aux perturbations intérieures et extérieures de sa propre vie. Et ce testament devient rapidement marquant et indispensable, tant par sa puissance verbale que par sa redoutable concision harmonique. L’essentiel est dans l’épreuve.
Dès les premiers accords de « To Late To Save My Soul », le décor est planté : il sera question de rédemption, mais aussi d’abandon, à travers un folk où le blues et l’americana se confondent, se cherchent, se transfigurent. Au milieu d’une salle enfumée et aux lumières tamisées, la musique de Jemma Nicole fend les cieux obscurs qui nous surplombent, image salvatrice et presque virginale d’un pardon qui ne veut pas être donné. « Guilty And Free » amène un peu de fraîcheur en accélérant le tempo au centre du tumulte, tandis que « Dance With The Devil », le bien nommé, est à se damner grâce à son atmosphère hypnotique. « Whiskey Shivers » déborde d’énergie contenue, comme le plus savoureux mais traître des breuvages ; quand l’ivresse peut devenir une obsession, un mal que l’on suppose être un bien. « If I Had A Gun », ultime appel à l’aide, crée une dernière ambiance délétère et profonde, nous laissant imaginer l’issue fatale d’un art que tout semble devoir freiner mais qui, à travers ces chansons du malaise et de la pureté, laissent entrevoir un semblant de lumière bienvenue, un espoir qu’on n’attendait plus.
L’heure la plus sombre, donc… Et, dans le timbre de l’interprète, une innocence perdue qui devient, en quelques secondes, addictive et confidentielle, tant elle habite des paroles au final moins blessantes que leur ton général le suggère. Et fédère, que l’on aime ces compositions et leur portée musicale ou non. Car la force de « My Darkest Hour » réside justement dans cette inoubliable expression de la plus difficile des confessions, celle à laquelle on n’ose jamais aller par peur du jugement. Ici, sans fard, Jemma Nicole nous montre la voie, le chemin qu’il nous faut emprunter pour s’accepter, avec ses forces et ses faiblesses. Et surmonte les obstacles en les posant sur le papier, sans pudeur, avec intelligence et sobriété. Un exemple à suivre, une âme à s’accaparer pour mieux se connaître soi-même.

« My Darkest Hour » de Jemma Nicole est disponible depuis le 24 juin 2016.
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