[Entourage #49] Jean-Pierre Bonnetier (Lafayette Regency)

Il est question d’un drôle oiseau de la scène indé française, Jean-Pierre Bonnetier, qui depuis quelques années, au travers de nombreux groupes et projets a trouvé des espaces pour laisser libre cours à ses envies artistiques et à son énergie dévorante. Leader des excellents Lafayette Regency, dont nous avons salué il y a quelques semaines un premier album de pop raffinée et expressive, il est aussi la tête pensante de God Save Clermont, un vrai festival DIY de musiques indépendantes au cœur de la capitale auvergnate. Petit tour d’horizon de ses rencontres les plus saisissantes de ces dernières années, avec pour fil conducteur évident la cause « indie ».

crédit : Florenza Bariani

Penelope Isles

J’ai découvert Penelope Isles en les programmant sur la première édition du festival God Save Clermont! en mars 2017. Je ne les avais pas vraiment choisis à la base, car c’est une tourneuse anglaise qui m’avait suggéré de les accueillir pour accompagner un autre groupe. Ils ont donc ouvert la première soirée du festival, et je ne m’en suis jamais remis depuis. Comme un électrochoc, l’expérience musicale la plus incroyable de ma vie. Du coup, je les ai reprogrammés le lendemain, car ils étaient toujours sur Clermont, je crois que je les aurais programmés tous les soirs s’ils étaient restés jusqu’à la fin. Comme je passe beaucoup de temps avec les groupes que j’accueille, nous avons eu l’occasion d’échanger : nous avons tissé des liens extrêmement forts. Je les ai fait jouer à plusieurs reprises à Clermont et à Paris en 2017 et 2018. Ils nous ont également accueillis plusieurs fois chez eux à Brighton, pour jouer ensemble. C’est Jack (le leader du groupe) qui s’est d’ailleurs occupé de la création du visuel de notre album « Story of Helen (the Rise & Fall of an Impossible Love) », photographiant sa compagne Laura sur la plage de Brighton et réécrivant toutes les paroles de l’album à la main pour l’élaboration du livret. Il y a quelque chose de très intime dans tout ça. Ils ont logiquement signé chez Bella Union il y a quelques mois et préparent la sortie de leur premier album qui sera accompagné d’une tournée qui s’annonce absolument dingue. Notre histoire me rappelle un peu le documentaire DIG où l’on voit les Brian Jonestown Massacre galérer alors que les Dandy Warhols deviennent des super stars.

I’ve discovered Penelope Isles in March 2017, booking them on the very first edition of my festival God Save Clermont!  I hadn’t really chosen them at first because it was an English booking agent who’d suggested I welcome them to accompany another band. So they played for the first night of the festival, and I’ve never recovered from it since. Just like an electroshock, the most powerful musical experience of my life. I then decided to book them again the day after since they were still in Clermont. I think I would have booked them every night of the festival if they had stayed until the end of the week. Since I spend a lot of time with the bands I welcome, we have exchanged words and really got close together. I’ve had them come back several other times in Clermont and Paris in 2017 and 2018 and they also welcomed us twice in Brighton to play together. Jack (the leader of the band) even made the visual of our album  »Story of Helen (the Rise & Fall of an Impossible Love) », shooting his lover Laura on Brighton’s beach and handwriting all the lyrics to make the booklet. This is something I find very intimate. They’ve logically signed with Bella Union a couple of months ago and they’re preparing for the release of their first album that will come with an absolutely amazing tour. I told Jack our story reminds me of the rockumentary DIG in which we can see Brian Jonestown Massacre struggling whilst the Dandy Warhols are becoming famous.


Titanic Bombe Gas

Ça peut paraître étrange, mais j’avais monté une tournée en Suisse dans le cadre d’un projet d’échange de concerts avec une structure basée dans les Landes (LMA) où un super pote à moi travaillait, Antoine, un grand passionné lui aussi. En gros, je programmais un groupe de leur catalogue sur nos premières parties en Suisse et en retour ils organisaient des concerts dans le Sud-Ouest. Le groupe qu’ils m’ont proposé s’appelait alors Titanic, je l’ai validé sans trop me pencher dessus, j’étais loin de m’imaginer ce qui allait en découler : un coup de foudre absolu. On s’est rencontré le premier jour de la tournée et ça a matché instantanément (excepté avec Romain, le batteur, que nous n’avons rencontré que le soir, car il a passé la journée à cuver sa cuite de la veille en PLS sur la banquette arrière du tour bus). On a passé trois jours absolument inoubliables ensemble, la tournée c’est intime, c’est une expérience qui noue des liens à vie. Leur musique est tout simplement géniale, leur son en live est excellemment travaillé. Sous leurs apparences de branleurs se cachent trois mecs qui sont de vraies brutes en terme de son, du très haut niveau. On les a revus en novembre dernier lors de notre concert à Bayonne au Magnéto (c’est d’ailleurs grâce à eux si nous avons pu y jouer) et c’est toujours comme retrouver des frères.

It might sound weird but I had booked a tour in Switzerland for a gig swap project in association with a venue based in the south west of France (where a top friend of mine, Antoine, was working). To sum it up, I had to book a band from their roster to support us and they’d return us the favour booking gigs in the south west of France. The band they proposed me was called Titanic then, I gave the green light without really listening to what they were doing, and I was really far from knowing what was going to happen : love at first sight ! We met the first day of the tour and we instantly got along (except for Romain, the drummer, that we only met in the evening for he’d spent the whole day hangover sleeping in the back of the bus). We spent three unforgettable days together, touring is something intimate, it’s an experience that brings people together forever. Their music is just outstanding and the sound they do live is excellently well-made. They may look like shirkers but those three guys are pure highly skilled genius. The last time we met was in Bayonne last autumn, seeing them is always like seeing brothers.

 


Budapest

Une fois de plus, j’ai rencontré Budapest dans le cadre d’un échange de concerts, cette fois-ci avec la salle Le Club (à Rodez). Je me souviens de la première fois où je les ai vus sortir du camion sur le parking du Fotomat’ à Clermont, je les ai trouvés particulièrement charismatiques et adorables en plus de ça. Ils sont dispersés un peu partout dans le sud-ouest entre Rodez, Toulouse et Bordeaux (pas Budapest bizarrement). C’est un groupe qui a pas mal de bouteille, ils ont commencé en 2012 et ont beaucoup tourné, eux aussi en Angleterre d’ailleurs. Leur concert, ce soir-là à Clermont, fut une tuerie, je sautais partout, faisant des allers-retours entre la salle et le bar pour aller voir tout le monde et écouter le retour des gens, ils ont clairement convaincu toute la salle. Je les ai fait revenir ensuite pour le festival du Court-Métrage à Clermont, où j’avais une carte blanche avec mon asso Volcano. Ils ont joué façon plus acoustique cette fois-ci et ont à nouveau retourné le public. Je conseille très fortement d’aller écouter ce qu’ils font.

Once again I’ve met Budapest in the context of a gig swap project, this time in association with the venue Le Club (in Rodez). I remember the first time I saw them getting out of the bus on the Fotomat’s parking lot in Clermont, I found them particularly charismatic and, in addition to that, they were so lovely people. They live in different regions of the south of France in Toulouse, Bordeaux and Rodez, but oddly not in Budapest. The band has much experience, they started in 2012 and they’ve been touring a lot, notably in England too. Their gig in Clermont on that night was the bomb, I was jumping everywhere, coming and going from the bar to the venue, listening to the audience’s feedback, and the band clearly smashed it ! I also welcomed them on the International Short Film Festival where I could book several bands with my association Volcano, they played a more acoustic set and, once more, played a sublime set. I’d really advise people to go have a listen to their music.


Soft Girls & Boys Club

Des petits jeunes, ces Soft Girls & Boys Club, presque des enfants, mais quel son ! Première rencontre avec eux : Nottingham, avril 2017. Je leur avais proposé via Facebook de jouer avec nous au Chameleon Arts Café pour pas un rond, sans même leur parler de venir jouer en France en retour, et quand j’ai vu la motivation des mecs et l’énergie qu’ils déployaient pour essayer de rameuter du monde au concert (ils tractaient dans la rue au lieu d’aller bouffer, ils avaient invité tous leurs potes à venir) je me suis dit que c’était des gars vraiment classes et sérieux. Puis vint leur concert : la calotte de l’espace dans ce squat au système son non réglementé par la loi je pense (un mur d’enceintes de malade, bricolé de partout, en plus les mecs jouaient pieds nus sur scène, on était certains qu’ils allaient finir électrocutés). Le truc génial au Royaume-Uni, c’est que dans n’importe quel lieu qui organise des concerts, même la dernière des caves pourries, tu vas trouver un système son de fou, en tous cas c’est ce que nous avons constaté à chaque fois lors de nos deux tournées là-bas. Bref, pour en revenir aux Soft Girls, je leur ai sauté dessus à la fin du set pour leur dire qu’ils avaient décroché un ticket pour jouer en France. L’année d’après, ils ont retourné Le Chapelier Toqué lors de leur passage sur God Save Clermont! Nous avons rejoué avec eux à Nottingham l’automne dernier sur la scène de Rough Trade, une soirée absolument dingue où nous avons découvert leurs collègues de Do Nothing, encore une perle de découverte que je me suis empressé de programmer sur God Save Clermont 2019, c’est une boucle sans fin !

Soft Girls and Boys Club are so young, but they are SO GOOD ! The first time we met was in Nottingham in April 2017. I had proposed them via Facebook to play with us at The Chameleon Arts Café for free and not even mentioning a gig in France as a returning favour, and when I saw how motivated these guys were, and all the energy they were spending trying to attract as many people as possible (they were handing flyers in the street, they had invited all their friends to come to the show), I thought to myself those guys were really gentlemen and highly trustworthy. And then came their gig : pure mint coming out of that pirated PA (a wall of insane knocked up speakers. Moreover the lads were playing barefoot and we were sure they were about to be electrocuted). What is awesome in the UK is that every venue organising gigs, even the dirtiest cave, is equipped with a boss sound system, that’s what we’ve noticed with Lafayette Regency every time we’ve played there anyway. So, let’s get back to our Soft Girls, I rushed to them at the end of their set to tell them they’d won a ticket to come play in France. The year after, they smashed Le Chapelier Toqué playing for God Save Clermont! We then played again together in Nottingham (last autumn) at Rough Trade, that was such a cool night and it allowed me to discover live their mates Do Nothing, such an exceptional band who’ll logically play God Save Clermont 2019, the end has no end!


West of the Sun

J’ai programmé West of the Sun comme tête d’affiche de la toute première édition de God Save Clermont (ainsi qu’au Pop In, à Paris la veille), c’était leur première expérience de tournée en France. Je les ai ensuite conviés à jouer avec nous sur une série de dates en Angleterre (Manchester, Liverpool et Londres). Autant dire que pour une première rencontre, cela s’est fait dans des conditions particulièrement excitantes pour chacun d’entre nous. Je pense que cela nous a tous marqués à jamais. J’avais repéré West of the Sun en chinant les groupes mis en avant par le promoteur anglais This Feeling : leur son et leurs mélodies m’ont tout de suite accroché, une espèce de The Doors des temps modernes, nous avons beaucoup d’influences communes (Interpol, BRMC, etc.). Lafayette Regency les a également beaucoup touchés en live, ils étaient bien un peu sur le cul, je crois. Enfin, un vrai coup de cœur réciproque, les mecs sont de véritables amours, c’est une vraie famille à laquelle j’ai l’impression d’appartenir un peu maintenant, comme un cousin français éloigné ! C’était il y a deux ans, mais lors de notre dernière tournée anglaise à l’automne dernier, ils sont revenus nous voir (à Nottingham pour certains, à Londres pour d’autres). Ils sont malheureusement séparés maintenant (du a des changements de vie personnels) mais ils continuent avec de nouveaux projets qui s’annoncent excellents (Howsie et Idle Youth notamment).

I booked West of the Sun to headline the first edition of God Save Clermont (and at Le Pop In, in Paris the night before), it was their first touring experience in France. I then asked them to join us to play a couple of gigs together in England (Manchester, Liverpool and London), so the context in which we met was way much exciting and I think it has marked us all forever. I had spotted West of the Sun browsing the band’s promoter This Feeling was pushing forward at that time, I got instantly caught by their sound and their melodies, it reminded me of a modern The Doors, we’ve got plenty of common influences (Interpol, BRMC, etc.). They also got moved by Lafayette Regency’s set, I think we’ve convinced them that French could rock too! In short, a genuine mutual crush, they are absolute lovely people and a true family to which I feel I belong a little now, like a French distant cousin! That was two years ago but during our last UK tour (last autumn) they came to see us (some in Nottingham, some in London). Unfortunately, they’ve split but they keep rocking with new bands that sound really cool (Howsie and Idle Youth)


Vous l’aurez compris, notre homme est une personne entière, qui ne fait jamais les choses à moitié, et n’arrête jamais de se projeter de nouveaux défis, comme la reformation prochaine de son groupe d’ado, Le Chemin des Chèvres. La musique indépendante se confond chez lui avec un véritable art de vivre, symbole de rencontres et de surprises permanentes. Cet état d’esprit, cette sensibilité se retrouve évidemment dans les élans romantiques de son groupe, surtout lorsqu’il s’empare du micro pour ne plus le lâcher. Il n’est pas si étonnant de voir que certaines scènes du film « Eternal Sunshine of the Spotless Minds » aient été détournées pour donner corps à ce clip bricolé et malin de « Two Legs », dernière sortie en date, et titre totalement inédit, tant Jean-Pierre peut faire penser par moments à l’immense Jim Carrey. Le festival God Save Clermont 2019 aura lieu au début du mois d’avril à Clermont-Ferrand, programmation à retrouver sur la page.

« Story of Helen (The Rise and Fall of an Impossible Love) » de Lafayette Regency est disponible depuis le 21 septembre 2018.


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