[LP] I Me Mine – I Me Mine

George Harrison a de quoi être fier ; car le titre d’une de ses chansons écrites pour les Beatles sert ici de nom à l’un des groupes les plus fous et précieux qu’il nous ait été donné d’entendre cette année. Un premier album destiné à devenir, on le souhaite, un véritable succès.

I Me Mine - I Me Mine

De mémoire de chroniqueur, on n’avait pas assisté à un tel chambardement phonique depuis des lustres. Et pour cause : avec leur premier album éponyme, les Toulousains de I Me Mine frappent fort. Très fort, même : car, au lieu de n’offrir qu’un rock psyché dénué de tout intérêt, ou une pâle copie d’influences pourtant revendiquées publiquement, le groupe diffuse rien de moins qu’un véritable tour de force éclectique et magnifique, bercé d’arrangements et de sons revigorants et inventifs. Une tentative qui se destine à de grandes heures. Rien ne sert de bouder son plaisir : le disque regorge de monuments sonores qui font du bien et laissent pantois.

L’énergie communicative du LP se fait ressentir dès les premières vibrations de « The Sun Behind The Cloud » ; comme si Syd Barrett avait décidé de lâcher les paradis artificiels pour errer dans une kermesse qui fleure bon le sucre et les pommes d’amour. Message inéluctable à la gloire des défuntes 60’s, le titre abat les cartes d’un effort qui sera aérien ou ne sera pas ; en plus de mettre en place, dans une structure en deux mouvements, une marque de fabrique ancrée dans le rock et l’Ether, qui ne nous lâchera pas durant l’écoute intégrale – et ininterrompue – de l’ensemble. On passe alors de moments frénétiques (Life Is Very Strange, My Precious) à des plages plus calmes et intériorisées (Interlude, Orchestra), avant de déchaîner une foule d’idées conceptuelles qui sont autant de moments passionnés et furieusement addictifs. Ainsi, « N°4 » et ses élans électroniques sont une invitation au plus fusionnels des trips, tandis que « Waiting For Summer » (notamment sa seconde partie, tribale en diable) et « The Sun (part II) » se laissent savourer entre encens et flammes ondulantes et imprévisibles. Un voyage intégral dans un espace somptueux et intimiste, qui laisse des marques au henné sur nos corps.

L’album est une succession de moments rares et intenses, de quêtes spirituelles qui ne demandent qu’à éclater au grand jour. Tant et si bien que l’on se demande de quels cerveaux sensibles et intelligents peut sortir un tel art ; tout semble naturel et magnifiquement bien interprété et arrangé, pour faire naître une extase sensorielle puissante et irréelle. On quitte la ville pour aller par-delà les nuages, pour survoler les frontières mélodiques de territoires en éveil et qui n’attendent que nous. I Me Mine nous guide dans ces contrées lointaines, dans ces paysages où le soleil dessine les plus beaux contours d’arabesques harmoniques superbes et en agitation perpétuelle. Du désir au plaisir, il n’y a qu’un pas que le projet franchit sans se soucier d’apparats superficiels ; le disque est une révolution sur lui-même, une divagation constante des émotions, un bonbon qui fait frétiller les papilles et offre un orgasme aussi bien musical que gustatif. Une friandise qu’on souhaite éternelle, elle qui est si bénéfique et nous rend totalement dépendants.

crédit : Nöt Pixbynot
crédit : Nöt Pixbynot

Un coup de génie qui se doit d’être admiré en concert ; avec une telle offrande, I Me Mine ne peut que remporter tous les suffrages. En tout cas, on sera là pour les aider à y parvenir !

« I Me Mine » de I Me Mine, sortie le 6 novembre 2015.


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