[Humeur #4] Hurt

Les tourments, les démons intérieurs, le doute, la violence, le deuil, le désespoir, les addictions, le manque, l’alcool et la drogue sont assurément au cœur des plus intenses chansons que les rockeurs aient enfantées. Si certaines sont terribles par ce qu’elles suggèrent, disent et englobent, elles tendent vers une beauté poignante et saisissante, à l’image de cette sélection nuancée plongeant aussi bien dans le passé que dans l’actualité présente.

Johnny Cash – Hurt

En 2002, déjà très malade et fortement diminué, l’immense Johnny Cash enregistre sous la houlette de Rick Rubin, le quatrième volume de sa fameuse série, « American », composé en grande partie de reprises dans des versions minimalistes portées sur l’acoustique, et pour certaines accompagnées de la présence de Nick Cave et Fiona Apple. Au milieu des covers de Depeche Mode, de Simon & Garfunkel et des Beatles, il reprend les paroles terribles, masochistes et rédemptrices de « Hurt », morceau originel de Nine Inch Nails, écrit par le non moins tourmenté Trent Treznor. Il signe une version qui symbolise avec un réalisme confondant une expression crépusculaire à couper le souffle, en forme de chant du cygne à la fois lumineux et terrible. Et même si l’industrie musicale aura transformé cet instant de grâce en parfait support marketing sans aucun état d’âme, rien ne peut entacher la puissance émotionnelle phénoménale de son interprétation.


Animal Triste – Tell Me How Bad I Am

Ce morceau annonçait il y a quelques semaines la sortie du deuxième album d’Animal Triste « Night Of The Living Dead ». Au moment de son enregistrement, les Normands avaient d’ailleurs l’heureuse surprise que la bouteille à la mer envoyée de l’autre côté de l’Atlantique à Peter Hayes de Black Rebel Motorcycle Club, aboutisse à sa présence à la guitare sur deux morceaux dont « Tell Me How Bad I Am ». Sur cette sombre prière, Yannick Marais, la voix si captivante du groupe se confesse pour mieux dépasser cette part d’ombre qui obsède, captive, anime, possède, surgit, brûle….

« And that’s why I am attracted to the light, and that’s why, I’m addicted to the dark light. » 


Reptiles – Now

Reptiles est la nouvelle incarnation de Sylvain Arnaux, artiste rock’n’roll jusqu’au plus profond de sa chair, chanteur écorché et guitariste électrisant, déjà à l’œuvre au sein d’Hummingbird et de Clan Edison. Baptiste Homo qui forme avec lui Reptiles, est le maître d’ouvrage de l’univers musical évanescent et puissant, immersif et moite qui colle si bien aux émotions tourmentées de ce frontman habité et touchant, pour qui la métaphore de l’errement et de la fuite de « Now », aussi bien dans les paroles que dans ce clip évocateur, symbolise la transposition implacable de l’urgence viscérale du rock’n’roll par excellence.

« I don’t know where I go, but I must go… Now ! »


TV Priest – One Easy Thing

Avec l’insolence de The Fall et la classe des Bad Seeds, la bande de Londoniens qui sévit derrière le patronyme de TV Priest a balancé dans la mare un cinglant pavé post-punk avec son premier album en 2021, collection vicieuse de morceaux épidermiques et hallucinés, apportant du souffle et de la fougue dans un style commençant à s’installer comme la représentation du nec plus ultra. À peine le temps de se remettre de cette gifle pleine de folie et de défiance, que déboule un nouveau single aussi frappant que « One Easy Thing », sublimé par le chant théâtral et inquiétant du chevaleresque Charlie Drinkwater.


Mark Lanegan – Ugly Sunday

Il y a quelques jours, il a rejoint Chris Cornell, Andrew Wood, Kurt Cobain, ces grands destins brisés de la musique rock américaine, emporté à son tour par la grande malédiction du grunge.  Il avait une telle manière de sublimer les supplices, les affres, les souffrances de la vie, par sa voix de velours, sa manière de poser les mots sur le tempo, sa façon de s’emparer de la mélodie, comme sur le déchirant « Ugly Sunday », extrait de son premier album solo, sorti en 1990. Rest In Peace, Mark Lanegan.