[Interview] Hugo Barriol

Partons à la découverte d’Hugo Barriol, talent montant du folk made in France que nous avons rencontré à l’occasion des 10 ans du Festival Acoustic, en Vendée. Il a partagé avec nous son parcours, né lors d’un périple à la « Into the Wild », en passant par le métro parisien pour l’emmener dans une église au nord de Londres afin d’accoucher d’un premier album, « Yellow », aux influences très anglo-saxonnes. Hugo s’ouvre avec nous sans détour, lors d’une discussion riche en expérience, en revenant entre autres sur son éclosion en tant qu’auteur, pour son bien être personnel, mais aussi sur sa peur du temps qui passe. Mais laissons ce barbu au grand cœur nous raconter cela avec ses propres mots.

crédit : Fred Lombard
  • Tu as été découvert dans le métro parisien comme Benjamin Clémentine ou Keziah Jones, également à l’affiche ce jour. Combien de temps t’es-tu produit là-bas avant d’être repéré par ta maison de disque ?

J’y ai joué un an et demi, avant de croiser Marie Audigier qui est directrice du label Naïve. Ça fait maintenant deux ans que j’ai signé avec eux.

  • Tu as décliné une proposition pour participer au télé-crochet The Voice. Avais-tu déjà à ce moment-là une idée de comment tu allais gérer ta carrière ?

Ouais, le but pour moi, c’était de partager ma musique et de faire découvrir mes chansons. Déjà, à l’époque du métro, je ne faisais pas de reprises. N’ayant pas l’habitude de jouer les titres des autres, je me suis dit que je n’allais vraiment pas être bon dans ce genre d’émission. Je ne le sentais pas. Je pense que c’est important de s’écouter, alors j’ai préféré refuser tout en sachant que ça allait prendre plus de temps, mais au moins j’avais l’impression que ça me permettrait de construire doucement, mais sûrement quelque chose plutôt que de faire une apparition et d’être accolé à une image de télé-réalité.

  • Tu jouais dans le métro avec l’envie de sortir un disque ou c’est la vie qui t’y a amené ?

Je joue de la musique depuis tout petit déjà. Mon père avait un groupe. Il répétait dans la cave de mes grands-parents. Il y avait une batterie qui restait toujours là, donc moi j’ai commencé par cet instrument et puis j’ai joué de la musique tout seul dans mon coin pendant très longtemps. Ce n’est qu’après, à 18 ans, que j’ai eu mon premier groupe et comme tu peux t’en douter, j’étais batteur. On a fait des concerts, j’ai découvert la scène et c’est seulement après ça j’ai eu envie d’écrire mes propres chansons. Ce n’est que 5 ans après que je me suis retrouvé dans le métro. Je le faisais tranquillement au début et puis j’ai appris à un moment qu’il fallait bosser…

  • Comment passe-t-on du métro à une église au nord de Londres où l’on sert encore la messe le dimanche. Pourquoi ce lieu et a-t-il influencé la sonorité de ton album ?

Comment on passe du métro à Londres ? Bah, il faut de la rigueur dans le métro. J’y allais cinq heures par jour, cinq jours par semaine. Je me disais qu’il fallait que je sois là si quelqu’un passe. Et le jour où Marie est passée, si je n’étais pas venu, peut-être que je ne serais pas là où je suis aujourd’hui. Ensuite, il faut continuer à écrire des chansons. Quand on a contacté Ian Grimble (le producteur de Mumford & Sons) qui est le réal, son studio, lui, il est dans cette église. Il y a cette église, mais il y a aussi plein de studios autour. Moi, à la base, je n’ai pas choisi ce studio pour mon album. Son studio était là-bas et comme j’ai décidé de travailler avec lui, ça s’est passé ainsi. Évidemment après, ce n’est pas le fait d’avoir été dans une église, mais bien d’avoir choisi ce gars-là qui a forcément guidé le son de l’album. C’est pour ça que je suis allé le chercher. Je voulais avoir un truc qui sonne avec sa patte et ça l’a fait !

  • Il a apporté une nouvelle manière de travailler, de composer ?

Ouais, il m’a poussé aussi à écrire davantage, pour avoir de meilleurs morceaux pour l’album. Avoir quelque chose dont je sois fier. J’ai beaucoup appris en étant dans ce studio, en voyant comment il bossait, en jouant avec des musiciens que j’admire depuis très longtemps. C’était quelque chose d’assez dingue pour moi d’être là-bas. Même maintenant, d’y repenser, c’est assez ouf d’avoir eu la chance de faire ça ici !

crédit : Fred Lombard
  • Ta musique a un caractère très anglo-saxon, d’où cela te vient-il ?

De mon père déjà, il ne chantait pas, mais il écrivait en anglais. Lui quand il était jeune, il écoutait des groupes de rock anglais ou américain. Ce qu’on écoutait comme musique à la maison m’a influencé. Et puis les artistes qui me touchent le plus sont anglais, américains ou canadiens. Du coup, je me suis dirigé assez naturellement vers ce courant. C’est la musique que j’aime et j’avais envie de m’exprimer dans ce style-là. Et aujourd’hui, les artistes avec qui j’ai enregistré l’album ont nourri ma musique, ils ont un talent dingue. Le piano qui est présent dessus et la façon dont il est joué, ça a apporté de nouvelles couleurs à ma musique. Sans ces rencontres, mon album ne sonnerait pas ainsi.

  • Tu es arrivé à Londres avec une idée de ton album et tu en es reparti avec quelque chose de différent, mais qui te satisfont entièrement ?

Oui je suis satisfait. Je suis extrêmement fier de cet album. Les morceaux, ils existaient, ils fonctionnaient en guitare – voix. Les morceaux et la structure étaient à 95% bouclés. Avec les musiciens, on s’est accordé trois jours de préproduction pour chercher un peu comment on allait faire sonner les batteries, quelle rythmique on allait apporter aux morceaux. Moi, j’avais aussi des idées de cuivre, parce que c’était ce que j’avais envie d’entendre. Et puis les musiciens ont amené aussi avec eux des idées sur ce qu’ils pouvaient apporter. Oui, vraiment très content du résultat.

  • Le premier single de ton premier EP s’appelle « On the Road ». Tu as beaucoup voyagé, tu es passé entre autres par Los Angeles et l’Australie. Quelle influence a le voyage a-t-il sur ton travail ?

En fait, quand j’ai vu le film « Into the Wild », j’avais 18 ans. Ce film, avec la musique d’Eddie Vedder, m’a donné envie de prendre mon sac à dos et de partir pour essayer de me trouver, de trouver un sens à ma vie. Mais quand je suis parti, je n’ai pas écrit beaucoup de musique. J’ai passé l’année à me laisser aller. Il y a eu un moment, pendant mon road trip avec mon pote, durant lequel j’ai écrit « On the Road ». On avait un van et, tous les soirs, on bougeait. On se retrouvait dans des spots magnifiques. Un soir, j’ai été inspiré pour écrire ce morceau. Le voyage, bien sûr, ça nourrit l’écriture.

  • Pour compléter ma question. Thylacine nous confiait récemment qu’il n’avait jamais été aussi créatif qu’en voyage. Est-ce aussi ton cas ?

Non (rire). Clairement pas. En fait, quand j’ai voulu écrire « On the Road », je l’ai fait tranquillement, sans me mettre de pression. Après, j’ai compris qu’écrire et faire des chansons, ça me procurait du bien. Raconter ce qui pouvait être un peu difficile dans la vie de tous les jours, à la base, c’était plus pour me faire du bien. À 20 ans, quand j’ai commencé à écrire, je n’avais pas encore le courage de m’ouvrir en écrivant des choses personnelles. À partir du moment où je me suis ouvert, quand je me suis décidé à écrire sans avoir honte de ce que je pouvais ressentir, ça m’a apporté un vrai bien-être, je suis vraiment heureux d’avoir franchi ce pas.

crédit : Fred Lombard
  • L’un des titres de ton album s’intitule « Young ». Tu traites beaucoup de tes expériences de jeunesse dans tes chansons, quel est ton rapport à ces années ?

Oui, j’ai un problème avec le temps qui passe. Je n’ai vraiment pas envie qu’il passe. Je n’ai vraiment pas envie de vieillir et surtout pas de mourir. Du coup, quand j’ai écrit cette chanson, c’était après les 30 ans de mon cousin. Même si 30 ans, ça ne parait pas trop vieux. On a grandi ensemble. On a que 2 ans d’écart. On est une famille très soudée. Ce soir-là, je me suis dit « Putain il a 30 ans ! Qu’est-ce qui s’est passé, depuis qu’on jouait dans le jardin des grands-parents et qu’on était petit ? ». Voilà, j’ai écrit ça, car pour moi le sujet est important.

  • Il y a un côté très solennel dans ta musique et qu’on retrouve aussi sur la pochette de ton album. Tu vas sûrement rire, mais dans la vie quotidienne es-tu discret, voire même dans la déprime, ou plutôt quelqu’un de jovial ?

Sûrement pas dépressif, non (rire). Parce que justement, je mets cette mélancolie dans mes chansons. Dans la vie de tous les jours, je ne suis pas en train de bader. Je suis même plutôt bon vivant. Ça dépend dans quelle situation, mais je peux être très timide. Comme là si je croise Keziah Jones dans les loges, je ne saurais pas quoi dire sinon « Salut… ». Mais avec mes proches et ma famille, je suis bien dans mes baskets. C’est dans la musique que ça ne va pas. Dans la vie, tout roule. (rire)

  • As-tu eu des retours par des Anglo-saxons sur tes textes ?

Oui un petit peu. Ian, avec qui j’ai enregistré, est anglais. Que dire… il a été touché par des chansons. C’est important aussi pour lui le texte. C’est ce qu’il m’a dit quand on s’est rencontré. De toutes les chansons que j’ai écrites, il n’y a eu qu’un mot, je crois, où il m’a dit « je ne suis pas sûr » et m’a demandé d’y réfléchir. Mais il ne m’a pas demandé de changer d’autres paroles. C’est plutôt bon signe.

crédit : Fred Lombard
  • Ton premier album est sorti déjà depuis un mois. Dans quel état d’esprit es-tu maintenant ? Es-tu dans le relâchement, le soulagement ou en plein boum dans ta tête voir même directement vers la suite de ton projet ?

Moi j’aime bien me projeter, mais pas trop non plus. L’album est sorti le 22 février et j’avais vraiment hâte qu’il sorte. Quand l’EP est sorti en 2017, ça faisait deux ans que j’étais rentré en studio pour l’enregistrer. J’avais écrit 5 chansons, mais j’avais continué depuis 2015. Les gens connaissaient seulement cinq titres de ma composition. J’avais hâte d’enregistrer le reste et j’avais hâte de pouvoir partager ma musique. En 2017, les gens avaient pu écouter des chansons écrites en 2015, soit une ancienne version de moi. Là, sur « Yellow », c’est un peu plus moi avec ce que je suis aujourd’hui.

  • Juste une dernière question, je t’entendais beaucoup parler d’influence de « folk moderne » juste avant l’interview. Pourrais-tu nous donner un nom d’artiste que tu aimerais nous faire découvrir ?

Alors là, j’ai un pote irlandais qui s’appelle David James Murphy. Il écrit des chansons magnifiques et a une voix remarquable. Il a d’ailleurs fait ma première partie à Paris lors de mon concert à La Maroquinerie. Dès que je peux lui donner des coups de pouce ou quoi que ce soit pour faire découvrir sa musique, je le fais, parce que moi, il me fait dresser les poils. Il faut que les gens l’entendent !


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