[Interview] Holy Two

En l’espace de quelques disques, Holy Two est devenu une référence incontournable de la musique hexagonale. Depuis la sortie de leur nouvel EP, « A Lover’s Complaint », Élodie et Hadrien, les deux créateurs de ce projet si original et hors norme, ne cessent de tourner et de vivre pleinement chaque concert. Entre deux dates, ils reviennent ici, pour nous, sur l’évolution de leurs créations, leur processus de composition, les concerts et, bien sûr la progression naturelle et infinie de leurs possibilités artistiques. Une entrevue sincère et humble, qui nous fait les aimer toujours plus.

Holy Two

  • Bonjour à tous les deux ! Tout d’abord, pour ceux qui ne vous connaîtraient pas encore, pouvez-vous vous présenter ? Quel est votre parcours et quand avez-vous commencé l’aventure Holy Two ?

Élodie : On a un parcours assez similaire à la base, avec Hadrien. On a tous les deux fréquenté des écoles de musique avec des instruments assez improbables : Hadrien a commencé par le cor d’harmonie, tandis j’ai fait du violoncelle pendant toute mon enfance, et plus encore. Je n’avais jamais pensé jouer autre chose que les morceaux des autres, et c’était quelque chose qui m’allait très bien jusqu’à assez tard, étant de nature réservée et n’aimant pas particulièrement exposer mes idées en public. Puis j’ai rencontré Hadrien qui, lui, avait déjà un groupe de musique. C’était totalement fou pour moi qui n’avais jamais fréquenté ce milieu-là, j’étais super impressionnée. J’ai eu une confiance assez immédiate en lui, ce qui était très nouveau pour moi. Un jour, j’ai eu le courage de chanter devant lui, chose que je n’avais jamais faite devant qui que ce soit avant, et très vite on a commencé à échanger plein d’idées, ce qui a donné naissance à nos premières compos. C’est comme ça que tout a commencé.

Hadrien : Nous nous sommes connus à l’école d’architecture de Lyon, il y a trois ans, et on a appris à mieux se connaître grâce à la musique… Quelques mois plus tard, on écrivait nos premières compositions, tout naturellement, pour ensuite sortir notre premier EP autoproduit et enregistré chez notre ingé son (qui nous suit encore aujourd’hui sur nos dates) en décembre 2013. Après pas mal de concerts en région lyonnaise, on a décidé de s’exporter un peu en France et on a eu la chance de rencontrer des professionnels dans la musique et la vidéo et un public qui a cru en nous, qui nous a aidés et soutenus. Encore plus tard, on a sorti un EP intitulé « Eclipse » (Cascade Records), en collaboration avec notre ami producteur Zerolex. On a sorti notre troisième EP, « A Lover’s Complaint », il y a quelques semaines, sur le label lyonnais Cold Fame Records. On finalise en ce moment notre tournée d’automne qui s’est déroulée dans toute la France, pendant laquelle notre pote Rémi Ferbus nous a accompagnés à la batterie et aux machines.

  • Justement, votre dernier EP en date, « A Lover’s Complaint », marque un tournant assez considérable par rapport à vos créations précédentes. Comment avez‐vous abordé la composition de ce dernier ?

Élodie : Très différemment, surtout dans la manière de composer. Contrairement aux précédents EPs, qu’on avait vraiment composés intégralement ensemble (physiquement ensemble), on a dû composer celui‐ci dans une situation très différente, puisqu’on ne se voyait que rarement. On a beaucoup échangé avec Hadrien, on a passé énormément de temps à travailler les morceaux chacun dans notre coin. Peut-être que ce dernier EP est un peu plus personnel, en tout cas pour nous en tant qu’individus et non en tant que groupe. Je pense notamment à « Orchid » quand j’écris ceci. C’est un morceau qui a émergé dans un moment de ma vie bien particulier et qui marquait un tournant important, et ce morceau signifie énormément pour moi puisqu’il marque définitivement la fin d’un temps et le début d’un autre.

Hadrien : Nous avions envie d’expérimenter encore plus de sonorités et pousser la production vers quelque chose de plus pêchu et moins « planant » que le premier EP.
Avant et pendant le processus de composition, on a écouté tout un tas de choses, mais surtout des albums électro, hip-hop et des standards pop que l’on avait jamais eu l’occasion d’apprécier. On a pris un plaisir fou à les décrypter pour en dégager ce qui nous semblait être le meilleur.
On a essayé de proposer un EP éclectique et, plutôt que de s’éparpiller de perdre l’auditeur avec beaucoup de titres, on s’est restreint à quatre titres très contrastés.

  • Il y a un travail incroyable au niveau des chœurs, dans cet EP. Comment vous y prenez‐vous pour les composer et les arranger ?

Élodie : Les composer représente quelque chose d’assez naturel, on le fait depuis nos débuts. Peut-être que, sur cet EP, ils sont plus travaillés ; en tout cas, c’est une touche que l’on revendique depuis le premier morceau. Quant aux arrangements, il en faut parfois le minimum pour faire quelque chose de beau !

Hadrien : Dès nos début, on a eu cette volonté d’apporter une grande importance aux harmonies vocales. Ce que l’on aime dans la musique électronique, c’est lorsqu’elle est confrontée à l’Humain, au vivant.

  • Les structures de vos titres sont aussi immédiates que vraiment travaillées. Quels sont vos rôles respectifs dans le processus de création ? Comment construisez-­vous les différentes pistes ?

Élodie : Il n’y a pas vraiment de rôle prédéfini dans Holy Two, c’est peut être aussi ce qui fait la force du projet. On essaie de ne pas s’enfermer chacun dans un rôle justement pour avoir le maximum de recul sur ce que l’on fait et sur ce que fait l’autre.

Hadrien : Le travail de composition se fait entre Élodie et moi, c’est une règle que l’on s’est fixée parce qu’on aime se retrouver tous les deux et créer. Ça se fait naturellement. Pour cet EP, Élodie a apporté les principales bases des morceaux, que j’ai ensuite retournés dans tous les sens : les structures, les sons de synthés et de guitares, les beats, etc. L’autre partie du travail s’est faite en studio avec Rémi et Victor Malé, qui est aussi notre directeur artistique et a enregistré et mixé l’EP. Ils ont eu une oreille fraîche et extérieure et nous ont aidés pour les arrangements et la production.

  • Comment se passe la tournée ? Quels retours recevez-vous du public ?

Élodie : On a globalement de très bons retours du public. Les gens sont généralement assez surpris de la tournure que prennent les morceaux en concert, avec une énergie très différente de celle des EPs, notamment due à la présence de notre batteur live, Rémi Ferbus. C’est un atout, je pense, que de proposer quelque chose de différent à l’écoute et en live. C’est un véritable parti pris, en tout cas. On aime vraiment le côté énergique que peut apporter un concert, et on a envie que les spectateurs ressentent autant de plaisir que celui qu’on éprouve sur scène, même s’il est d’une nature différente.

Hadrien : C’est la première grande tournée que l’on vit et c’est vraiment top ! On est surpris, à chaque date, par l’accueil que nous réserve le public dans des villes que l’on ne connaissait pas auparavant. Les organisateurs, les salles et les équipes sont toujours accueillants, c’est un réel plaisir de faire des rencontres comme celles-là. C’est intense, mais pas encore assez ; on en demande plus !

crédit : My Happy Culture
crédit : My Happy Culture
  • Je n’ai pas – encore – eu la chance de vous voir sur scène, mais ce qui se dégage des vidéos de ces moments, c’est une énergie débordante et foisonnante. Que représente, pour vous, le fait de monter sur scène ? Que voulez‐vous montrer et donner à ceux qui viennent vous voir ?

Élodie : On a eu la chance de jouer avec de nombreux groupes, souvent d’envergure supérieure à la notre. J’aime analyser les comportements des gens, particulièrement de ceux que j’admire, et je me rends compte que, bien souvent, ces personnes n’éprouvent aucune forme de peur ou d’appréhension avant de monter sur scène. Pour moi, chaque concert se présente comme une épreuve, un véritable combat pour lequel je me sens souvent mal préparée. Je pense que cela est relativement notable pour les gens qui me connaissent, car on m’en a fait souvent fait la remarque : « Tu avais l’air stressée sur le premier morceau ! ». Mais, pour autant, je n’envie pour rien au monde ces gens qui ont atteint le stade où le fait de monter sur scène est devenu un acte banal, mesurable, comparable. J’appréhende chaque concert comme s’il était le premier, et c’est une sensation de fierté assez unique que de voir, à la fin du premier morceau, que le public est réceptif et que des sourires se dessinent sur des visages. Tout le stress s’envole à peu près à ce moment-là du concert, qui devient alors un condensé de jouissance pure et intense, et malheureusement extrêmement court. Et alors, seulement, je comprends que je dois vivre ce concert comme s’il était le dernier.

Hadrien : Ce qu’on on aime, c’est proposer à la personne qui écoute l’EP une version différente des morceaux, pour ne pas qu’elle se lasse mais plutôt qu’elle soit satisfaite en écoutant les titres sensuellement dans un lit, que tranquillement en soirée et que nerveusement en concert. C’est notre philosophie.

  • Comment parvenez­‐vous à recréer, en concert, la complexité de vos titres ?

Élodie : Depuis que Rémi nous a rejoints pour les concerts, on a pu effectuer un vrai travail de live, ce qui était difficile lorsque nous travaillions avec des boîtes à rythmes. Tous les morceaux, du premier au dernier EP, ont été retravaillés de sorte à toujours s’éloigner un peu de la vraie version. Le but était d’en faire des morceaux variés et évolutifs d’un concert à l’autre, pour que les spectateurs soient sans cesse surpris. C’est aussi un moyen pour nous de ne pas nous ennuyer.

Hadrien : Encore une fois, il y a deux choses à discerner dans le projet Holy Two : le disque et le live. Le but, sur cette tournée, a vraiment été de surprendre le public avec un live énergique et plus mouvementé et tourmenté que l’EP, qui navigue sur des eaux plus calmes. C’est pour cela qu’on a retravaillé le set de manière à ce que les morceaux prennent une autre ampleur. L’arrivée de Rémi, notre batteur, a apporté beaucoup de choses dans cette évolution scénique, car il a su nous proposer les arrangements qu’il fallait.

  • Votre EP est rythmé et, du moins sur ses deux premiers titres, très dansant. De ce fait, quel mystère se cache derrière son nom, « A Lover’s Complaint », qui semble paradoxal par rapport au contenu ?

Élodie : Le titre n’est pas vraiment paradoxal par rapport à son contenu, car malgré des rythmiques parfois plus entraînantes se cache souvent un message un peu plus complexe. Dans l’ensemble, l’EP parle de désir, de frustration et de fuite. D’où le choix des morceaux entraînants qui sont pour nous synonymes de rage : au lieu de faire des morceaux d’énervés, on préfère faire ressortir les bonnes énergies de ces sentiments très proches que sont la rage et la joie.

Hadrien : « A Lover’s Complaint » est une pièce de Shakespeare, originellement. C’est une pièce que j’aime beaucoup, car elle est courte mais intense, et traite du sujet de la trahison, de la haine et de l’amour déchu, c’est ce qu’on a essayé de transmettre dans cet EP. Si l’on traduit littéralement, cela signifie « La plainte de l’amoureux », car cet EP est avant tout une histoire dans laquelle on expose nos émotions : nos rages (Undercover Girls), nos folies (Face It), nos besoins de fuite (Lust) et nos frustrations (Orchid). Le but étant de jouer des contrastes, de confronter des sonorités, des accords et des émotions qui, a priori, ne sont pas faits pour se marier.

  • Parlez‐nous de votre collaboration avec Cold Fame Records (Last Train).

Élodie : Ils sont certainement la plus belle chose qui nous soit arrivée. On les a rencontrés totalement par hasard il y a à peu près deux ans, alors qu’on allait faire notre premier concert. Il s’est passé quelque chose de, je pense, assez rare entre deux groupes de musique ou même deux entités quelconques, une sorte de coup de foudre totalement réciproque, autant pour les membres dans leur individualité que pour leur travail. Plus je les connais et plus j’ai de respect pour eux. Je suis toujours surprise de les voir évoluer avec autant de professionnalisme et de sagesse. Par miracle, notre projet (à l’époque pourtant pas du tout abouti) n’est pas passé inaperçu à leurs yeux, et quand ils nous ont proposé de travailler avec eux, ç’a été comme une évidence. Récemment, ils ont sorti leur EP, « The Holy Family ». Je n’ai jamais vraiment osé leur demander si c’était un clin d’œil ou non, mais je le prends comme le moyen de sceller un peu toute cette histoire.

Hadrien : C’est aussi un clin d’œil à Last Train si l’on a renommé notre EP comme cela, car ce projet, c’est avant tout une histoire d’amour entre des potes qui partagent une passion commune : la musique. On a rencontré Last Train lors de notre tout premier concert, on ouvrait pour eux dans une salle miteuse à Lyon et, depuis, on ne s’est pas quittés.
Ils avaient déjà pour projet de monter le label Cold Fame Records/Booking à l’époque, et espérait que l’on puisse travailler ensemble un jour… Quelques années plus tard, nous voilà signés chez eux. Ce qui nous plait dans cette collaboration, en plus de la bonne entente, c’est que l’on grandit tous ensemble, sans griller les étapes.

crédit : Sarah Fouassier
crédit : Sarah Fouassier
  • Après un tel EP et votre album paru au début de l’année, que nous réservez-­vous dans les mois à venir et pour 2016 ?

Élodie : Pour l’instant, on finit tranquillement notre tournée. Pour l’année prochaine, l’objectif est simple : tourner, tourner autant que possible, tourner dans autant d’endroits que possible. Et puis, on commence à réfléchir à notre premier album. Ces expériences uniques nous inspirent pas mal, on écrit beaucoup dans le van, donc on a déjà une bonne petite réserve de nouveaux morceaux à essayer de triturer pour voir ce qu’ils valent.

Hadrien : Beaucoup de belles dates et de belles rencontres, une tournée début 2016, des vidéos, des surprises comme des remix et des exclus !


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