[LP] Hilary Woods – Birthmarks

La beauté ténébreuse du nouvel album d’Hilary Woods se développe au fil de ses pistes veloutées et obscures. « Birthmarks », les marques de naissance qui nous suivent jusqu’au dernier jour, forment ici le schéma d’acceptation d’une identité ; celle d’une artiste rejetant toute idée de pure et simple performance pour se focaliser sur l’existentialisme de son œuvre.

La longue marche vers le Moi, vers cet étrange complice de nos jours et de nos nuits, pénètre les pores de « Birthmarks », opus sensible et charnel de la compositrice irlandaise Hilary Woods. Pourtant, la démarche n’était pas aisée : affronter sa propre identité, musicalement, afin de la révéler au grand jour paraissait risqué, voire dangereux, en considérant la fragilité profonde de la jeune femme. Mais il était possible, également, d’y entrevoir une recherche intérieure, puisant autant dans ses racines culturelles que personnelles. Les tonalités du disque parcourent les espaces qui ont forgé son caractère, avant d’épouser les formes d’une psyché absorbée par son but ultime. De ce fait, les taches cutanées prennent vie, parlent, racontent le souvenir et le devenir.

Les cordes portant le timbre d’Hilary Woods au fil de l’œuvre cachent une violence inhérente, une marche au calvaire durant laquelle les démons de l’âme flagellent celle qui ne baisse pourtant pas le regard. L’avancée charismatique et volontaire de « Tongues of Wild Boar » et « The Mouth », l’animalité trônant sur le piédestal du règne terrestre, sera certes mise à mal, mais vaincra, quoi qu’il en coûte, tant dans les murmures fantomatiques et anxiogènes de « Mud and Stones » que lors des invocations intenses et désespérées de « Cleansing Ritual », passage dans l’au-delà grâce à de simples bribes sonores et verbales. Se repliant sur elle-même, par nécessité plus que par égoïsme, Hilary Woods enflamme ses connaissances et essences, ses impressions et ses doutes : « Trough the Dark, Love » entrevoit le désir d’une communauté, d’un don entier de soi, lorsque le clavier supplie tout en conservant une inestimable pudeur, alors que « Lay Bare » brille de mille feux, peignant le paysage inattendu d’une issue, d’un monde parallèle plus vrai et accueillant, d’un parfait négatif. Le paradoxe de l’ensemble, cette oscillation entre acquis et inné, forme le noyau immuable de « Birthmarks », cœur battant où le temps ne défile plus selon la même régularité, où l’individu est enfin libre de soit resplendir, soit s’évader dans le mutisme, pour son salut.

Un univers dont les espèces en éternelle mutation nous apprennent continuellement sur nos propres destinées ; Hilary Woods regarde les cellules sanguines de nos organismes, leurs gènes à l’affût d’une possible libération, et manipule ses propres molécules pour dynamiser, par la colère contenue, leurs connexions. Éloge d’une lenteur assidûment focalisée sur un passionnant savoir alchimique.

crédit : Joshua Wright

« Birthmarks » d’Hilary Woods, disponible depuis le 13 mars 2020 chez Sacred Bones Records.


Retrouvez Hilary Woods sur :
FacebookTwitterInstagramBandcamp

Partager cet article avec un ami