Neuf titres électro-pop cherchant à repousser les limites du genre tout en confortant la position du groupe dans cette mouvance en constante évolution ; « Camp Echo » aurait pu être un chef-d’œuvre, mais se retrouve ballotté entre plusieurs ambitions et se perd en cours de route. Dommage.

Détenteur du record de longévité dans le classement des meilleures ventes des charts norvégiens, Highasakite aurait pu s’arrêter là, profiter de son succès et se reposer sur ses lauriers. Il n’en est rien car, deux ans seulement après l’excellent « Silent Treatment », le quintet nous offre « Camp Echo », collection de neuf chansons aux multiples aspects, cherchant par tous les moyens à dépasser les limites de l’électro-pop tout en gardant sa verve populaire. Ce qui fonctionne plutôt bien mais, parfois, démontre que certaines frontières, même avec la meilleure volonté du monde, ne peuvent pas être franchies sans prendre un minimum de risques.
Et c’est bien le regret que nous avons en découvrant cet opus pourtant foisonnant, sur lequel les idées de composition et d’arrangements se succèdent sans coup férir. Du reggae saugrenu et imprévisible berçant les accords de « Someone Who’ll Get It » à la ballade naturaliste « God Don’t Leave Me » et ses chœurs magnifiques, le groupe cherche à aller toujours plus loin en confectionnant intelligemment ses pistes, mesurant les effets pour mieux les mettre en avant. De même, « I Am My Own Disease » et ses rythmiques tribales envoûtent l’auditeur, le faisant voyager dans des contrées inconnues et auxquelles nous n’étions pas habitués de la part du projet. « Deep Sea Diver » et sa fougue remportent immédiatement l’adhésion, cavalcade électro effrénée et pulsionnelle que rien ne peut arrêter. De belles surprises et la preuve d’un sens aigu de la création.
Où est le problème, alors ? Justement, dans ce que l’on pourrait reprocher à Highasakite lors de l’écoute du disque : un côté beaucoup trop lisse et se complaisant continuellement dans ses acquis. Car, malgré toutes ces tentatives d’expérimentation pour le meilleur (cité plus haut) et pour le pire (« Golden Ticket » et son esprit 80’s reste la chanson la plus faible de l’ensemble), tout ici se laisse écouter mais peut immédiatement donner l’impression qu’il manque une touche plus épicée, plus prenante. Tant et si bien que l’on a la constante sensation d’un inachèvement, d’une tentative avortée de triturer un peu plus une série de mélodies définitivement trop fades. Avec une meilleure mise en avant de leurs talents de composition (que nos musiciens ont, comme ils l’ont démontré auparavant), « Camp Echo » aurait pu être un grand disque. Malheureusement, il n’est ici qu’un disque, parmi tant d’autres serions-nous tentés de dire, et s’égare en cours de route dans ses propres excès de confiance.

Gageons que Highasakite saura tirer les leçons de ce petit moment de faiblesse. En attendant, « Camp Echo » se savoure comme une sucrerie agréable mais qui, une fois qu’elle a fondu dans la bouche, laisse un goût amer.
« Camp Echo » de Highasakite est disponible depuis le 20 mai 2016 chez Propeller Recordings.
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