[EP] Heymoonshaker – Shakerism

Cette chronique n’est pas le fruit du hasard. Mais peut-être, peut-on parler d’un élément qui a forcé le destin. Ne suivez pas mon regard, il se reconnaîtra. Déjà depuis plusieurs jours, cette envie de parler de ce son, d’en revenir aux premières sources. Après ma rencontre avec le génialissime Yuri Lane et ma folle soirée passée au Blues Rules Crissier Festival, encore ce besoin de sentir le sang palpiter au son du blues. Donc plusieurs jours que j’y songe, que l’album tourne en boucle. Et puis hier, c’est la corde qui m’a été passée au cou. En découle une chronique tremblante de pressionet de pulsions rock’n’roll. Are you ready ?

Heymoonshaker – Shakerism

Après s’être rencontré autour d’une partie de pêche, infructueuse. Après avoir parcouru les rues de toutes les capitales du monde. Les deux hommes d’Heymoonshaker nous ont livré, en mars dernier, leur premier album « Shakerism ». Entre temps, l’effet boule de neige s’est mis en marche et leurs vidéos de rues ont passionné les foules d’internautes. Indiemusic revient sur ce missile de blues et de beatbox passé du pavé au studio.

« Shakerism » se veut être un EP, mais donne déjà 8 titres à entendre. Les garçons surprennent et ne cachent plus leur ambition. Foutre un bon coup de pied dans la fourmilière musicale. La musique n’est pas une impasse, ou alors ces deux enfants terribles sont là pour casser les murs.

« Ten Letter Word » ouvre donc l’album. Terrible entrée en la matière. Une guitare et deux bouches. Il suffisait de ça pour ébouriffer le blues et le rock. Dave Crowe s’attelle à la tâche de faire vibrer son beatbox, telle une caisse claire émotive. Vibration instrumentale. Pari réussi. Andy Balcon, de son côté nous livre une voix qui détonne et raisonne. Graveleuse. Descente en cascade des pierres dans un ruisseau. Il y a là cette pureté empruntée à la nature et à l’instinct. Poids du temps, des kilomètres parcourus. Il y a aussi le chant d’une jeunesse ivre de rêves et d’idéaux face à un mur. Rageur. Sa guitare est convulsive et sanguine. Jeu à fleurs de peau. Notes qui sonnent sous l’effet du Bottleneck.

« Wallet Switcher » enchaîne. Le temps de poser un beatbox plus lent. Moins organique. Battant la mesure telle une percussion. La boucle se fait. Et c’est là aussi que le génie se laisse apprivoiser. L’auditeur se laisse enfermer dans ce son. Tellement groovy. Tellement groovy lorsque la voix s’empare de l’émotion. Joue de la cadence et des sensations. S’arrête et repart. Se calme et se dresse. Enrage. L’état ne semble vouloir se calmer. Et c’est tant mieux. Andy Balcon enchaîne les titres, avec toujours cette urgence de déverser ces mots, sûrement nourris par une plume qui s’est aiguisée au rythme des cicatrices de la route.

Sa voix se calme et rencontre le beatbox charmant et enjoué de son complice. « Devil in Mind ». Le repos après la fièvre. Des mots faussement apaisés. Les mots d’un corps allongé. Puis le cri ne peut se taire. Et Andy Balcon nous offre cette retenue, entre pesanteur et apesanteur. Murmure et épuisement.
« Bip Bop Boom », dernier morceau studio de l’album. La voix nasillarde joue sur le beatbox et les notes aiguës. Parfaite réponse de l’homme face à la musique. À moins que ça soit l’inverse. Andy Balcon se fait sulfureux lorsqu’il nargue et laisse durer ses mots. Lorsque le grognement rencontre le plaisir. La colère, les gémissements.
L’album se clôture sur une prise de son, de ce qui les a amenés là. Clin d’œil à la rue. Clin d’œil à la passion. Même si là, on est sur qu’elle fait toujours partie de leur bagage. Harmonica cosmique. Culture Hip-Hop à deux pas.

crédit : Boris Allin
crédit : Boris Allin

Leur musique fracasse codes et barrières.
Leur musique est une affamée : elle semble tellement mordre à plein temps les mélodies et les maux.

« Shakerism » de Heymoonshaker, disponible depuis le 18 mars 2013.

facebook.com/heymoonshaker

Partager cet article avec un ami