Heymoonshaker écorche le Café de la Danse

Il y a des papiers qui mettent du temps à prendre vie. À accoucher. Les jours passent et toujours rien. Toujours rien de publié. Toujours rien à lire. Mais pourtant, trop de choses à écrire. Parfois, ce retard rédactionnel est à l’image de ce qui est à retranscrire. Comme si les émotions et les sensations étaient le fruit d’une maturation. Ce qui succède à cette brève mise en bouche ressemble à ça. Car lorsqu’on écoute les deux types d’Heymoonshaker en live, c’est ce temps, cette confiance que l’on ressent en plein cœur et en premier. C’était mercredi dernier au Café de la Danse.

crédit : Solène Patron
crédit : Solène Patron

They Call Me Rico est ce qu’on appelle du blues. Du blues dans les chantiers battus. Du blues à qui il manque cependant des batailles dans les cheveux. Du blues certes, mais peut-être encore trop classe. Qui ne sent pas encore assez la transpiration et le souffre. On a écouté, mais on a surtout attendu les deux mecs qui devaient suivre.

Le Café de la Danse a, une deuxième fois, baissé ses lumières. La scène dans l’obscurité. Un micro en son centre. Et puis rien. Comme ci cela suffisait. Comme si Heymoonshaker se suffisait à lui même. Et c’est sûrement vrai.

Quand les deux bonshommes commencent à jouer naît une tension. La même que lors d’un combat. Il y a des râles, de l’animosité, de la sueur. Une histoire de chairs et de liquides. Il y a aussi une certaine testostérone qui émane de la salle et dont le corps des filles s’imprègne. Tout est muscle. Tout est viscéral. Les deux êtres sont fascinants de charisme, comme si des gentlemans s’amusaient à jouer les mauvais garçons. Ou serait-ce bien l’inverse ? Le sacré mélange se propage dans la foule. Mais la foule n’est pas dupe. Alors le concert devient aussi une partie de plaisir.

Le mélange existe aussi dans l’équilibre qui s’articule entre les deux complices. Ils font corps. Terrible amitié. Ils se succèdent. Se taisent et se regardent. Comme si devant leurs yeux, dans le corps de l’autre c’était un peu leur âme qui se débattait. Il y a le chant et la guitare tourmentés. Ceux des poètes maudits et des romantiques qui portent leur croix. Pas tout à fait à l’aise. Évitant les discours et la confrontation. Mais crachant des mollards de poésie à leurs pieds. Là, la bataille se passe sous la peau, sous les côtes. Là où se rencontrent viscères et sentiments. La beauté  est sale. Le sale est sublime. De l’autre côté, le beatbox cogne et séduit. Imposant et aguicheur, il impose son rythme comme l’homme impose sa gouaille. Ça se sent, ces deux-là ont usé les bitumes avant de s’essayer aux planches des scènes. Les semelles ont connus les pavés du monde avant de s’arrêter à Paris.

C’est avec ces blessures et ces richesses qu’ils partent à la guerre. Ensemble et soudés. Le combat est animal. Bestial. Heymoonshaker malmène avec amour son public. Le bouscule. Le tente et l’achève. Plus de deux heures de concerts stoppées par les horaires parisiens. Nervosité et générosité. Le Café en devient un lieu malfamé. Moite. Où une brume émane comme une fumée s’envolerait des flancs d’étalons furieux.

facebook.com/heymoonshaker
heymoonshaker.co.uk

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