[Interview] Henrik Schwarz

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Graphiste de formation, Henrik Schwarz est un producteur de deep house électronique très influencé par le groove et le jazz. Au fil des années, le compositeur allemand a su évoluer vers un style de musique propre à son identité, mêlant subtilement le monde de la musique électronique à celui du classique. Rencontre avec Henrik pour parler du nouvel album « CCMYK » en collaboration avec le quatuor à cordes Alma Quartet.

crédit : Katja Ruge
  • Bonjour Henrik, merci de nous recevoir pour cette interview. Vous avez souvent travaillé avec des orchestres et des musiciens venus du jazz auparavant. Cette fois, vous revenez avec Alma Quartet, un quatuor à cordes d’Amsterdam. Comment cette collaboration a-t-elle débuté ?

J’ai rencontré Marc Daniel van Biemen du Quartet après un spectacle auquel j’ai participé avec l’Orchestre royal du Concertgebouw à Amsterdam (Ndr : le principal orchestre symphonique néerlandais). Il est premier violon à la RCO et a écouté ce que j’avais écrit pour l’orchestre. Étant l’un des plus remarquables joueurs de cordes, il a très vite réalisé les difficultés et le potentiel de la combinaison entre les instruments électroniques et classiques. Nous avons longuement échangé et nous nous sommes revus à Berlin avec le quartet pour essayer quelques combinaisons. Les deux premiers jours ensemble ont été vraiment intenses et productifs et tout semblait super musical, léger, naturel, complexe, facile, difficile et vraiment très bon. À partir de ces premières sessions, nous avons décidé d’aller plus loin et de produire un véritable album.

  • La production de votre nouvel album, « CCMYK », est très intéressante. Vous avez travaillé avec des jam-sessions improvisées, reflétant votre volonté d’élargir votre point de vue sur la musique électronique. Ces sessions enregistrées ont ensuite été éditées sur ordinateur, puis retravaillées avec les musiciens. Pourriez-vous nous en dire plus sur cette nouvelle approche par rapport à votre processus habituel ?

Chaque fois que je travaille avec de vrais instruments, j’enregistre tout ce que je peux. J’écoute attentivement les enregistrements et tente de saisir des moments très spéciaux. En les ajoutant à des boucles et en les transformant avec mes outils électroniques, j’obtiens parfois de belles lignes qui ne seraient habituellement pas jouées par un musicien ; avec cette méthode, l’ordinateur et les algorithmes deviennent une partie intégrante de la musique. Je rejoue ensuite ce résultat aux musiciens qui répondent à ce qu’ils entendent à nouveau. Je n’ai placé qu’un microphone au milieu du quatuor, donc si les musiciens souhaitaient ajouter quelque chose, ils devaient saisir le micro et le déplacer vers leur instrument. Cela montrait aux autres de ne pas jouer en même temps. Ainsi, nous construisions couche après couche un résultat de plus en plus complexe.
Dans un deuxième temps, je nettoie habituellement les séances, sépare le bon grain de l’ivraie et fais un arrangement approximatif. Ensuite, les musiciens reviennent, nous retravaillons les résultats jusqu’à ce que nous sentions tous que la pièce est finie. Ensuite, nous l’écrivons sous forme de partition.

  • Certaines pistes de l’album comme « CCMYK8 » et « CCMYK3 » sonnent plus techno, avec des rythmes entraînants et des effets déformés, et d’autres, comme « CCMYK10 » et « CCMYK18 », sont beaucoup plus symphoniques. Est-ce que ce sera un défi pour vous quand vous les jouez en live ?

Pour moi, ce travail est le mélange parfait entre instruments classiques et électroniques pour la première fois depuis que j’ai essayé de fondre ces deux mondes. Ainsi, même lorsque cela sonne parfois techno et ensuite symphonique, la combinaison a toujours un sens pour moi. Il s’agit de communication sur un niveau abstrait. Et oui, nos deux mondes sont très éloignés l’un de l’autre, mais nous aimons trouver un moyen de nous rapprocher ; c’est une question d’équilibre. Les gens peuvent nous voir se rassembler sur scène et essayer de garder cet équilibre. Je pense que c’est un défi oui – mais c’est intéressant, fragile, nouveau …

  • En parlant de ces pistes spécifiques, les numéros dans le nom représentent-ils quelque chose ?

Oui, ce sont les chiffres des sessions que nous avons faites. Je crois que nous avons composé 23 morceaux au total. Tous ne se sont pas sur l’album.

  • L’écoute de l’album est riche en émotions et est très complexe. Cela va des pistes exploratoires et tendues à des crescendos de pure radiance et bonheur. Je pense que cela reflète en quelque sorte les différentes voies que nous explorons dans la vie. Est-ce quelque chose auquel vous avez pensé lors de la composition de l’album ?

C’est vrai, mais ce n’était pas quelque chose que nous avions prévu avant de commencer l’enregistrement. Nous commençons généralement à jouer à partir de rien et ne parlons pas pendant environ 45 minutes. C’est lorsqu’un thème se présente et que 4 + 1 musiciens s’y plongent, que vous pouvez créer ces atmosphères. Donc, d’une certaine manière, la pièce vous emmène quelque part et lorsque tout le monde arrive à suivre, vous pouvez créer une expression très forte. Je veux dire que ces gars-là sont des musiciens d’orchestre super professionnels. Ils savent tellement de choses. Ils commencent à jouer et j’ai l’impression d’être au Pays de Cocagne.

  • Le rapprochement entre votre musique et le monde du design avec la référence au mode colorimétrique « CMJN » est particulièrement amusant. Il semble que vos racines de graphiste reviennent à la surface. Le choix de ce thème, le print, est-il lié à une volonté de revenir à votre autre passion pour l’image ?

J’ai étudié le graphisme et le print, et les couleurs ont été très importantes pour moi pendant longtemps. J’ai toujours aimé l’idée des couleurs Cyan, Magenta, Jaune et Noir (CMJN) pour pouvoir imprimer (mélanger) n’importe quelle couleur. Pour moi, c’est pareil pour un quatuor à cordes. Ces quatre couleurs peuvent créer la musique de leur choix. Vous n’avez pas toujours besoin de tout l’orchestre pour brosser un tableau complet, et c’est également là que l’électronique entre en jeu. Je pense qu’en ajoutant un ordinateur, nous modifions la gamme de couleurs : de CMYK à CCMYK. C’est un nouveau spectre où de nouvelles couleurs et de nouvelles combinaisons sont possibles. C’est seulement cinq canaux de couleurs et c’est quelque chose que le cerveau humain peut comprendre et traiter même si les résultats sont également très complexes. Donc, quand il y quatre musiciens et moi, il est plus facile pour moi, avec mon ordinateur portable, de me greffer au groupe. Pour l’auditeur, il est également plus facile à décoder que lorsque vous avez 65 instruments dans l’orchestre et un ordinateur portable.

  • L’évolution que vous suivez et les limites que vous repoussez nous permettent de penser que vous produirez encore plus de beaux projets dans le futur. Seriez-vous intéressé à créer un jour des bandes-son de films ou de jeux vidéo ?

Oh oui, absolument ! Mais beaucoup de gens se battent pour entrer dans ce domaine. Il y a beaucoup de concurrence. J’espère donc qu’il y aura bientôt une opportunité…

  • Et dernière question, pouvons-nous espérer avoir un autre projet similaire avec Alma Quartet dans le futur ?

Oui, nous avons déjà enregistré un deuxième album intitulé « Plunderphonia ». Il contient des extraits des quatuors à cordes les plus intéressants des 350 dernières années. Ce n’est pas encore tout à fait fini, car c’est beaucoup de travail, mais ça sonne déjà bien cool…

  • Merci pour vos idées et votre travail ! (en allemand)

Merci infiniment !


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ENGLISH

Former graphic designer, Henrik Schwarz is an electronic deep house producer highly influenced by groove and jazz. Throughout the years, the expanded to a unique style of music and strengthened his identity, subtly mixing the world of electronic music with the classical one. Meeting with Henrik to talk about the new album « CCMYK » in collaboration with Alma Quartet.

  • Hi Henrik, thank you for having us for this interview. You previously worked many times with orchestras and jazz music players. This time you are coming back with Alma Quartet, a string quartet from Amsterdam. How did this collaboration started?

I met Marc Daniel from the Quartet after a show I played with the orchestra at the Royal Concertgebouw in Amsterdam. He is playing first violin at RCO there and had listened to what I had written for the orchestra. As he is one of the most exquisite string players, he realised the difficulties and also the potential there were with the combination of electronic and classical instruments. We had a great conversation and soon met in Berlin with the Quartet to try a few things out. These first two days together had been really intense and productive and everything felt super musical and light and natural and complex and easy and difficult and really really good. So from these first sessions we decided to take it further and produce a proper album.

  • The production of your new album « CCMYK » is very interesting. You worked with improvised jam sessions, reflecting your will to expand your point of view on electronic music. These recorded sessions were then edited on computer and reworked with the musicians later on. Could you tell us more about this new approach, compared to how you usually work?

Whenever I work with real instruments, I record everything they play. I listened close and tried to catch very special moments. By looping and transforming them with my electronic tools you sometimes get beautiful new lines that you usually wouldn’t play as a musician. With this method the computer and algorithms become an integral part of the music. Then I would play this result back to the musicians and they would respond to what they hear again. I would only have one microphone in the center of the quartet, so they wanted to add something, they would have to grab the mic and move it towards the instrument. That shows the other players not to play at the same time. By this, we added layer after layer and get a more and more complex result.
In a second step, I usually clean up the sessions and separate the wheat from the chaff and make a rough arrangement. Then the players come back and more until we all feel the piece is finished. Then we write it down as sheet music.

  • Some tracks of the album like « CCMYK8 » and « CCMYK3 » sound more techno, with upbeat rhythms and distorted effects, and some others like « CCMYK10 » and « CCMYK18 » sound much more symphonic. Will this be a challenge for you when playing them live?

For me this work is the perfect blend between classical instruments and electronic for the first time since I tried to melt these two worlds together. So even when it sometimes sounds techno and then it sounds symphonic the combination always makes sense for me. It is about communication on an abstract level. And yes our two worlds are far away from each other but we enjoy finding a way towards each other. I mean it is about balance. People can see us funambulate on stage and trying to keep the balance. I think it is a challenge yes – but it is interesting, fragile, new…

  • Talking about those specific tracks, do the numbers in the name represent anything? 

Yes, these are the numbers of the sessions we made. I believe we made 23 tracks. Not all of them made it to the album.

crédit : Arenda de Hoop
  • The journey whilst listening to the album is full of emotions and very complex. It goes from explorative and crescendo tensioned tracks to pure radiance and happiness. It somehow reflects different paths we are exploring in life, with a lighter and more reflective end to it. Is that something you have been thinking of, while composing the album?

Yes, I agree. But this is not something we had planned before we started recording. We usually just start playing from zero and then don’t talk for around 45 minutes. When a theme comes up and 4+1 musicians jump into it then you can create these atmospheres. So somehow the piece is taking you somewhere and when you manage to follow and all the others as well you can create a very strong expression. I mean these guys are super professional orchestra musicians. They know so much. They start playing and I feel like I am in musical land of milk and honey.

  • The rapprochement between your music and the world or design following the CMYK color model, is very funny. It seems like you graphic designer roots are coming back to surface. Is the choice of this theme (print) linked with a will to connect with a more material path?

I studied graphic design and printing and colours have been very important for me for a long time. I always loved the idea of the colours Cyan, Magenta, Yellow and Key (aka black) (CMYK) to be able to print (mix) any colour. For me a string quartet is the same. Four colours that can create any music they want. You don’t really always need the full orchestra to paint the full picture. And that is also where electronic comes in. I think by adding a computer we shift the colour range. From « CMYK » to « CCMYK ». It is a new spectrum where new colours and new combinations are possible. It’s only 5 channels/colours. This is something the human brain can understand and process even if the results are very complex too. So when it is 4+1 it is easier for me with the laptop to join the group. And easier for the listener to decode than when you have 65+1 in an orchestra with a laptop.

  • The evolution you are taking and the boundaries you are pushing further let us think that you’ll produce even more beautiful projects in the future. Would you be interested in creating someday movie or video game soundtracks? It would definitely make a perfect fit!

Oh yes absolutely! But many people are fighting to get into this field. There is a lot of competition. So I hope there will be an opportunity soon …

  • And very last question, can we hope to have another similar project with Alma Quartet in the future? 

Yes, we already recorded a second album called « Plunderphonia ». It features parts of the most interesting string quartets of the last 350 years. It is not fully finished yet because it is a lot of work but it sounds pretty cool already…

  • Danke für Ihre Zeit und gute Fortsetzung !

Thank you very much.


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