[Live] Hellfest 2015, jour 2

Encore sous le choc des déflagrations de la veille, on décide d’entamer cette deuxième journée au Hellfest avec une friandise. Les Italiens de Giuda accueillent les festivaliers encore ensommeillés avec un glam rock auquel il ne manque rien. On a l’impression d’avoir déjà entendu ces riffs mille fois, mais on se laisse avoir à nouveau. Le rock est bien vivant, il bande encore !

Merauder © Solène Patron

Le public sera vite surpris par l’arrivée de Haken. L’ambiance est loin d’être furieuse et la présence de guitares huit cordes, d’une basse six cordes et d’un synthé au premier plan présagent de constructions alambiquées au détriment de compositions catchy et remuantes. Passé cet a priori, on est quand même agréablement surpris par les savants entrelacs du chanteur et des musiciens qui feraient passer Dream Theater pour de vulgaires tâcherons.
Le groupe prend même un certain plaisir à surprendre, avec notamment un long solo de clavier au cours duquel on se croirait téléporté au festival de jazz de Juan-les-Pins. Bref, c’est audacieux, c’est généreux… et ça ne provoque aucun remous chez les spectateurs !

Ce sera l’affaire des Butcher Babies, dont la renommée s’est faite sur des prestations révoltées et la plastique des deux poupées, l’une aux hurlements, l’autre aux growls (il faut être précis !). Le son est puissant, les riffs assassins et, bien que l’on doute de la spontanéité des deux donzelles, on se prend au jeu. À l’issue du set, on est bien échauffé pour poursuivre nos pérégrinations metal.

Prostitute Disfigurement pousse le curseur encore plus loin avec son death imparable.

On nous annonçait des surprises pour le concert de Crusher ; le retour de ce groupe ayant défendu les couleurs du death il y a deux décennies en était déjà une. Les gars sont en très grande forme et le pit prend très vite des allures de champ de bataille. Des performeuses, tatouages et latex en avant, rejoignent la scène et manipulent à l’aide de cordes Crass, chanteur et pantin désarticulé, qui se perce les joues d’une longue tige effilée. Le spectacle est total, Steeve de Zuul FX fait une apparition et les retrouvailles sont, malgré le chaos, réjouissantes. On a hâte d’entendre les nouveaux titres que sortira le combo strasbourgeois à l’issue d’un passage imminent en studio.

Sous un soleil assommant, Merauder assène son hardcore mêlé de thrash avec conviction. C’est certainement sur la Warzone, à l’écart des autres scènes, que l’on sera témoin des plus grands débordements. Notamment quelques heures plus tard lors d’une prestation déjà mythique…

Le concert de Backyard Babies sera idéal en attendant Airbourne. Les Suédois, dont on apprend des accointances avec les géniaux Hellacopters, délivrent une excellente prestation à la croisée du hard rock et du punk. Le show qui va suivre sera unique… mais pas pour les raisons qu’on croit. Les gars d’Airbourne sont précédés d’une réputation d’incroyables entertainers et nous le prouveront quand les enceintes cesseront tout net de fonctionner. Joel O’Keefe ne se laissera pas démonter et haranguera la foule pendant de longues minutes d’attente avant le retour des watts, sans oublier de jeter quelques bières (qu’il aura délicatement fracassé avec son crâne) dans le public. La prestation est animale et répond à notre besoin primaire de rock’n’roll !

Cette deuxième journée au Hellfest aura été marquée par des retrouvailles. Après Crusher et avant Faith No More, on savoure le retour des riot grrrls de L7. Il ne s’agit pas là de nostalgie, car leurs brûlots noise ont encore le don de nous frotter les tympans et de nous faire bondir. Pour sûr, on remettra « Pretend We’re Dead » dans la platine à notre retour du festival !

Ce qui s’est passé ensuite est déjà entré dans la légende. L’affluence pour la prestation de Body Count est telle que l’accès à la Warzone est tout simplement impossible pour plusieurs milliers de personnes ! L’atmosphère est brûlante et l’arrivée du gang de Ice « Motherfuckin’ T Bitch ! » provoque un mosh-pit démentiel dont on ne pense pas sortir vivant (au passage, merci et bravo aux gars de la sécurité qui ont extirpé les vaillants crowdsurfers avec un comportement irréprochable). « Bodycount’s in the house », « KKK Bitch » et le désormais classique « Talk Shit Get Shot » électrisent un public certain de vivre un moment unique. Ice-T, toujours aussi flegmatique, nous présente son fiston qui le seconde sur scène, s’adresse à une gamine de 14 ans au premier rang (« Tu ne devrais pas être à un concert de Justin Bieber ?! ») et discute avec les dizaines de curieux amassés au bord de la scène (dont les L7). La furie est totale et il faudra plusieurs minutes après le départ de la clique pour mesurer l’ampleur du show dont on a été témoin… à moins qu’on en ait été la victime ?

Après ce show dantesque, on n’en aura pourtant pas encore fini avec nos émotions. La Main Stage est magnifique pour l’arrivée de Faith No More. Entièrement drapée de blanc, des fleurs de part en part, on la croirait prête à accueillir un télévangéliste. Inclassable, le groupe est devenu culte et le revoir sur scène était devenu un rêve. On en tenait pour principal responsable l’iconoclaste Mike Patton, toujours fourré dans d’innombrables et excellents projets (Mr. Bungle, Fantomas, Tomahawk… ). La ferveur est énorme dans le public qui acclame ces prêcheurs pas vus ensemble depuis plus d’une décennie. Le concert est à la hauteur de l’attente fébrile. Voire au-delà. Les anciens titres sont sublimés (« Epic », « Midlife Crisis », « The Gentle Art of Making Enemies ») et le dernier album (« Sol Invictus », sorti au printemps) est ardemment défendu. Aucun temps mort durant l’heure et quart de la cérémonie. Les gars plaisantent entre les titres (« Fuck the Hellfest ! ») et les ambiances varient entre fulgurances saturées et mélodies apaisées. Pour preuve, cette splendide (et incongrue en ces lieux) reprise de Burt Bacharach (« This Guy’s In Love With You ») qui voit Mike Patton nous donner le frisson dans un final digne d’un film de la Metro Goldwyn Mayer.

Assister ensuite au concert de Triggerfinger apportera également son lot d’émotions. Le groupe retourne la Valley en deux accords. Armés de titres puisant dans un blues tâché de stoner, les trois lords en costumes font preuve d’une virtuosité qui nous laisse pantois… avant qu’on se mette à bondir dans tous les sens ! Le public est hystérique à cette heure avancée de la nuit et fait un triomphe au trio, qui jette dans un chaudron brûlant des titres d’une puissance ahurissante. Mario nous sert le meilleur solo de batterie entendu du week-end. Ruben joue de la guitare porté par la foule. Paul balance des slides de basse. Certain d’avoir atteint le sublime, on sort de ce concert gonflé à bloc. Gardons-en un peu, on attaque dès demain matin avec Iron Reagan !


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Olivier Roussel

Olivier Roussel

Accro à toutes les musiques. Son credo : s’autoriser toutes les contradictions en la matière.