[LP] Heather Woods Broderick – Glider

Des années sans donner la moindre nouvelle. Heather Woods Broderick revient avec « Glider », un second album corsé, éthéré et diablement aérien. Ce n’est pas pour rien qu’elle le nomme « planeur ».

Heather Woods Broderick - Glider

La sève des pins a toujours coulé dans les musiques de la belle Américaine. Mais cette fois, c’est plutôt du côté de Twin Peaks que vient toute son aspiration. Une sève plus amère et corsée. Les histoires de forêt que contait le magnifique « From The Wood » avaient cette naïveté de la première fois, cette fraîcheur encore sensible, presque inaudible, que le folk du rêve américain nous amène parfois. Un mysticisme bien connu.
Dès lors, grande et belle, assumée et déchirée, Heather Woods Broderick entame sa second vie sur les rives étranges du sentiment et de ses fantasmes. « Glider » sait nous surprendre et aussi nous rendre amoureux du surnaturel.

Alors qu’on s’attendrait à voir un paysage subtil ou un art abstrait, la pochette de l’album nous montre une dame âgée en habits de fête, boa rose bonbon au cou, outrageusement maquillée sous un soleil couchant, sourire forcé au bord de tables qui se préparent à un festin. Une dame qui semble tout droit sorti du Silencio, étrange club inventé par David Lynch. Curieux contraste. La seule analogie possible serait la troublante évolution qu’opère Heather sur sa musique, cette transformation flagrante d’un folk léger à une dream pop douce et sournoise.
Au plus près du folk de ses débuts, « Up In The Pine » ouvre l’album avec des notes de guitares amplifiées et non acoustiques. Quant à elle, la mélancolie fait toujours son affaire sur l’étendu et sublime « Fall Hard », « The Sentiments » et « Desert ». L’insurrection (ou la transformation) attendue de Heather se trouve dans « Wyoming ». On pense alors aux filles d’Azure Ray, Memoryhouse ou même Youth Lagoon, tant la piste résonne dans les méandres prodigieux et progressifs de la pop des rêves.

Pour Heather, la musique est une histoire de sang. Ses parents étaient tous deux musiciens, ainsi que son grand frère, l’artiste multi-instrumentiste Peter Broderick, qui s’essaie depuis quelques temps à divers chemins expérimentaux, tantôt folk futuriste (« These Walls Of Mine ») tantôt classique moderne (« Float »). Puis d’école en école, de ville en ville, d’État en État, Heather puise la toile de fond et le contexte de ses chansons dans sa vie sur les routes. « Le temps que j’ai mis à écrire les chansons de « Glider » m’ont permis d’accorder de l’attention aux choses que j’avais mises de côté, et d’éclaircir certains événements. J’ai été mise hors tension. » C’est dans ce sens que les structures émotionnelles et complexes des nouvelles chansons sont un reflet direct de la maturité de Heather.

crédit : Dusdin Condren
crédit : Dusdin Condren

L’album est une suite logique, l’histoire de ses ressentiments et de ses visions. Dans la dernière piste, « All For A Love », elle chante : « Je peux voir que notre amour nous tire vers le bas ». Aussi sombre soit le sentiment, Heather semble toujours l’appuyer dans la lumière.

« Glider » de Heather Woods Broderick, est disponible depuis le 10 juillet 2015 chez Western Vinyl.


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Julien Catala

chroniqueur mélomane, amoureux des échanges créés autour de la musique indépendante