[Live] Half Moon Run et Aidan Knight au Chabada

Quatre ans après sa première venue au Chabada, le désormais quatuor indie rock canadien Half Moon Run était de retour en terre angevine pour présenter son second album, « Sun Leads Me On », cette fois-ci en tête d’affiche dans la grande salle, le 7 mars 2016.
Les Montréalais y ont fait un concert fidèle à leur réputation : efficace, appliqué, mais certainement un peu trop calculé.

Half Moon Run © Fred Lombard
Half Moon Run

Pour ouvrir la soirée, la parole et l’attention du public seront accordées au brillant songwriter mais discret chanteur Aidan Knight, accompagné sur scène par trois de ses compatriotes de Victoria, en Colombie-Britannique. Aucun ne parlant un mot de français, le leader canadien demandera, avec une préoccupation touchante, comment se prononce Angers afin de saluer dans un premier temps le public du Chabada, et créer un premier échange simple et sincère avant de présenter en retour quelques titres de son troisième et sublime album, « Each Other », paru en janvier dernier. Jouant proches du public, mais relativement serrés (comme le veut souvent la tradition des premières parties, où l’installation de la tête d’affiche occupe souvent le restant de la scène), les quatre musiciens vont dévoiler avec précaution des titres d’abord suspendus, mais à la beauté gagnante, avant de prendre de plus en plus leurs aises et se laisser porter par l’énergie et la passion de leurs compositions.

Aidan Knight est un projet séduisant sur scène, distillant de belles mélodies partagées entre les claviers, les cuivres et les guitares, à l’émotion partagée avec le chant doux mais pas intimidé du jeune interprète et guitariste, complété de ceux de ses attentifs complices, que les spectateurs du Chabada auront d’abord eu la chance de découvrir ce lundi soir en ouvrant sa vitrine à la nouvelle scène indie-pop canadienne. Planant à souhait (« What Light (Never Goes Dim) ») jusqu’à devenir plus intense (sur des morceaux magiques comme « Funeral Singers » ou le lumineux « All Clear »), notre seul regret aura été de ne pas pouvoir profiter de quelques morceaux de plus, tant la prestation nous aura semblé écourtée à regret.

Après un entracte excessivement long laissant place à une impatience grondante dans les rangs du public, qui aurait pu permettre sans nul doute à Aidan Knight et sa bande de nous offrir encore une voire deux pépites musicales, les Montréalais d’Half Moon Run débarquent sur scène. On s’inquiète dès lors, de par l’espacement entre les musiciens positionnés aux quatre coins de la scène, des possibles interactions entre eux. Il n’en sera fort heureusement rien !
Le début de concert, sous des lumières très éblouissantes comme un soleil à son zénith (un défi, voire une défiance faite aux photographes), est dominé par une quiétude pop-folk sur « Warmest Regards » (qui ouvre également « Sun Leads Me On »), « Narrow Margins » ou l’inédit « Unofferable », entrecoupé des belles envolées rock de l’excellent et très entraînant « Turn Your Love ». C’est ensuite, seulement, que le set gagne véritablement en poids et en tension sur « It Works Itself Out ». Le combo percussif s’impose, le chant s’empresse. Tout s’accélère, s’amplifie et s’imbrique, quand la voix de Devon Portielje prend de la hauteur jusqu’à tenter quelques aigus sidérants (et réussis) à travers une véritable escalade sonore. On s’apprête alors à vivre un réel concert partagé entre le calme et la tempête.
Reflet en tous points du nouvel album, la set-list choisie laisse énormément de places aux belles et paisibles ballades, comme « Hands In The Garden », douce et sereine, réconfortante et précieuse, et « I Can’t Figure Out What’s Going On ». Le chant de Devon entre dessus en résonnance avec ceux de ses trois partenaires, Conner Molander (guitare et clavier), Dylan Phillips (batterie et clavier) et Isaac Symonds (percussions, clavier et guitare), qui parviennent à composer uniment de très justes et exquis chœurs.

Après avoir exclusivement bâti son récit sur les compositions du second album, Half Moon Run décide de nous ramener aux meilleurs souvenirs de « Dark Eyes ». Ce sera d’abord le cas sur l’inoubliable « Call Me in the Afternoon », dompté par un jeu de tom et de percussions qui emporteront vigoureusement le public, suivi à folle allure par le fascinant « Drug You » ; un moment authentique, intense et vibrant, suivi par le blues langoureux de « Need It ». On sentira, malgré tout, une certaine réserve du groupe à défendre ses plus anciens titres, joués avec un peu moins de conviction, sinon moins d’intention. On trouvera en effet plus de spontanéité dans le duo formé par Devon et Conner, réunis devant la scène auprès d’un seul microphone sur le magnifique « Devil May Care », aux guitares acoustiques et à l’harmonica. Et le bonheur continuera son bout de chemin sur le majestueux et harmonieux « Everybody Wants », avant de revenir un temps au premier album sur l’habité « She Wants to Know », puis s’orientant avec assurance vers une ascension post-rock pour finir le set principal sur le très puissant et fougueux « Consider Yourself », qui gagne décemment en intérêt sur scène ; alors que, sur « Sun Leads Me On », ce dernier tranchait radicalement avec le reste des compositions.
Sans vrai temps mort, sinon le temps de quitter la scène pour revenir tout aussi vite, ce sera sur le très électronique « Trust » que le rappel sera lancé. Un titre accrocheur et dansant, bien plus adapté à l’envergure d’une scène qu’à l’album qu’il clôturait de manière surprenante ; cette même scène où les lumières flashy et les barres lumineuses jouent synchrones avec les rythmiques métronomiques des percussions. Un exotisme club survolté et vigoureux qui sera suivi du premier single et one-hit wonder du groupe montréalais : l’incontournable et indémodable « Full Circle », à l’effet attendu et à l’efficacité toujours aussi avérée. Ce sera la fin d’un concert parfaitement rodé, et le groupe repartira aussi vite qu’il est apparu, le temps d’adresser un timide et pressant signe de la main avant de s’engouffrer en loges pour ne plus réapparaître.


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