[Interview] GURL au festival Grandes Marées

Ils sont trois garçons et ils s’appellent GURL. On les a rencontrés au festival des Grandes Marées avant que le public, les pieds dans le sable, prenne leur vague garage surf rock et se rappelle avec nostalgie les années lycée. Alors que sous le chapiteau soufflera bientôt un vent de jeunesse et l’esprit rock & chill de leur EP « Garden Party », Alexis Krasowski, Gabriel Le Reverend et Alex Riey nous parlent de tout, sauf de leur victoire au tremplin Rock & Folk.

crédit : Jonas Wibaux
  • Cest votre première fois aux Grandes Marées ?

Gab : Oui et le site est vraiment bien. On est arrivés sous la pluie, mais ça faisait un moment qu’on avait hâte de jouer près de la mer. C’est important pour nous, ça doit faire deux ans qu’on attend que l’opportunité se présente donc contents de réaliser ce rêve-là.

  • Vous avez une relation particulière avec la mer ou l’océan ?

Alex : Bah déjà, Alexis et moi, on surfe. Mais ça se retrouve plus encore dans nos inspirations musicales à travers la musique surf ; un genre qu’on écoute beaucoup et surtout sur la route.

  • Il y a une chanson qui vous vient immédiatement quand j’évoque le mot « ocean » ?

Alex : J’adore « Ocean » de Pearl Jam.

Alexis : Moi, je pense à « On the Low » de Hope Sandoval que j’écoutais en camp de surf étant petit. On peut l’entendre dans le documentaire « Sprout » que le vidéaste californien Thomas Campbell a consacré au longboard et à la culture surf plus largement.

Quand on surfe, c’est soit sur la côte sauvage bretonne dans le Morbihan, soit dans les Landes, mais habitant à Paris, notre dose de surf c’est avec le skate qu’on la prend.

Gabriel : Et moi je ne surfe pas, mais j’adore nager, je me sens hyper à l’aise dans l’eau et je compte bien sûr sur les gars pour m’initier un jour au surf.

  • Avec un rapport aussi fort à cet élément, vous sentez-vous concernés par la protection des océans ? Vous menez des actions en ce sens ?

GURL : Bien sûr. On est sensibles aux micros-actions, dès qu’on voit un truc qui traîne par terre, on le ramasse et on aimerait bien que ça devienne une mode d’ailleurs. Les gens qui ne font pas attention en règle générale, cela nous choque. Comme cette fois où des parents laissaient leurs gamins piétiner les coquillages à marée basse à Deauville. Quand on voit ça, on se dit qu’il y a quand même un problème d’éducation à la base.

  • Vous êtes allés faire un tour sur les stands écoresponsables du festival ?

Gab : Pas encore, mais on a prévu d’y passer !

crédit : Jonas Wibaux
  • Donc si un jour vous deviez jouer gratuitement pour une cause, ce serait peut-être du coup pour la protection des océans ? Et est-ce que vous pensez que la musique doit être engagée ?

Gab : Carrément ! Je pense même que par défaut, le punk et le rock ce sont des genres musicaux qui sont engagés. Déjà, en soi, vouloir déranger et bousculer l’ordre établi, c’est un acte politique. Après il y a aussi la manière de se révolter contre une chose ou une autre. À ce jour, nos morceaux parlent de nos histoires personnelles, mais à l’avenir pourquoi ne pas s’engager un peu plus dans les paroles.

  • Parlez-nous un peu de votre processus créatif.

Gab : Au départ, les idées viennent souvent d’Alexis, car il arrive souvent avec des guitares/voix et, nous, dans un second temps on met ça en forme à trois.

Alexis : Oui, je crée dans ma chambre avec ma guitare et voilà. C’est d’abord la mélodie qui vient, puis je fais beaucoup de yaourt, et le yaourt se transforme en mots. Ensuite, je passe le tout aux gars et on valide ensemble si on travaille dessus ou pas.

  • Quelles sont vos inspirations ?

Gab : On trouve beaucoup de rock mais aussi du symphonique et un peu de jazz. Je suis hyper attentif quand j’écoute de la musique. J’essaie d’analyser ce que j’aime dans le morceau précisément, qu’est-ce que ça me fait ressentir, pourquoi ça me fait quelque chose pour tous les morceaux qui m’obsèdent. Ensuite j’essaie de créer un nouveau truc avec tout ce que j’ai collecté. Une de mes obsessions, c’est « Montana » de Youth Lagoon. Le piano hyper réverbéré et large qui se mêle avec la voix, je trouve ça hyper envoutant.

Alex : Pop, rock, de la grande country, honnêtement j’écoute un peu de tout, c’est assez varié. Ça va de Skegss à Dinosaur Jr, Black Lips ou même du punk avec Buzzcocks.

Alexis : Moi, j’écoute beaucoup de dub et de reggae, un peu de bossa nova et de jazz, un peu de rock, des trucs lo-fi. Une guitare acoustique et une voix, ça va beaucoup plus me toucher qu’un truc hyper produit.

  • Là je vois pas mal de guitares électriques, mais est-ce que ça veut dire qu’à un moment donné vous allez vous mettre à l’acoustique ?

GURL : On a déjà fait des shows en acoustique. Dans le même esprit, sur notre premier album (« Garden Party »), on a enregistré un titre acoustique « Tomorrow » et on pense que ça ne sera pas le dernier.

Alexis : Parfois, on a un morceau qui passe bien en acoustique, mais qui ne marche pas autrement donc plutôt que de le jeter à la poubelle, on décide de le garder sous sa sonorité acoustique et il y en aura dans le prochain album. Et c’est intéressant de voir aussi les questions que ça pose : comment intégrer ces chansons dans nos sets, est-ce qu’on n’en mettrait pas aussi dans des morceaux qui, à la base, sont un peu rentre-dedans ?

  • En parlant projets, est-ce que vous vous imaginez faire de la musique pour le cinéma ou une série ?

Gab : Moi, à fond ! J’aide pas mal de copains pour les musiques de leurs courts métrages. Après, pour le groupe, je pense que ce sera plutôt si la DA du film correspond à l’un de nos morceaux et qu’on nous demande si on peut l’utiliser et alors là, pourquoi pas !

  • Si on rêve un peu, vous aimeriez que votre musique trouve sa place dans la BO de quel film ?

Alexis : Un projet très esthétique, je pense, un film indé, sûrement pas un blockbuster. Ouais, même un nanar en vrai, on serait fiers. Ou des grands films générationnels.

Alex : Et Ghibli ?

Les autres : Ah oui, Ghibli !

crédit : Jonas Wibaux
  • Donnez-moi trois titres pour les gens qui ne vous connaissent pas ?

GURL : Tout d’abord, « My Dream Car », le dernier single qu’on a sorti et qui sera sur le prochain EP qui sort à la fin de l’année.

« Silly Dreams » et « Friends » parce que c’est notre premier single et qu’il représente une période pour nous ou pendant le covid on ne pouvait pas jouer donc on a fait une garden party (d’où le nom de l’EP) au déconfinement au mois de mai et le single est sorti en mai l’année d’après.

  • Mais au fait, comment vous êtes-vous rencontrés ?

Gab : Au lycée, nous deux avec Alex, puis Alexis un tout petit peu plus tard. En fait là où on habite (Saint-Maur) il y a un bus qui fait la tournée des lycées et on s’est vus dans ce bus avant même de se rencontrer. Puis après on s’est rapproché via des amis communs, puis il y a eu les concerts de fin d’année. Et dans cette ville où il y a cinq musiciens, dès qu’un groupe est en galère, ça tourne et c’est plus ou moins comme ça qu’on a fini ensemble tous les trois.

  • Et quand est-ce que vous vous êtes dit, la musique, on prend ça au sérieux ?

Alexis : Moi, je l’ai toujours prise au sérieux. Ça a toujours été ma passion et j’ai toujours été très honnête dans mon rapport à la musique. Je savais que je voulais avoir un groupe et maintenant que je les ai rencontrés je me dis allez : festivals, tournées, États-Unis… Australie !

Gab : Oui, on partage tous ce rêve de partir en tournée. Les premiers concerts ont officialisé et matérialisé cette envie, mais on l’avait déjà au fond de nous.

  • C’était quand la première fois que vous avez rencontré votre instrument ?

Gab : Moi, j’ai commencé la basse très tard, petit j’étais au violon et j’en ai eu marre donc j’ai changé pour le ukulélé et la guitare. Pour mes 18 ans, j’ai acheté une basse à un pote d’Alex et je m’y suis mis. 6 mois plus tard, je jouais avec lui.

Alexis : Oui, enfin dis-lui quand même… Attends parce qu’il m’a fait un sacré coup de bluff. À la sortie de mon premier concert il vient me voir il me dit : « Mec, tu cherches un bassiste ? » comme s’il était bassiste alors qu’il ne savait pas encore en jouer. Mais ça, il me l’a avoué un an plus tard ! (rires)

  • Ah oui, sacré coup de bluff Gab !

Alex : La batterie c’est le premier instrument que j’ai choisi vers l’âge de 9 ans. J’ai fait ça pendant 4 ans et je me suis arrêté après. En rentrant dans le groupe, bah je m’y suis remis !

Alexis : Il faut savoir que notre premier EP, quand on devait l’enregistrer, on n’avait plus de batteur.

Gab : Et comme dans le village, y’a qu’un seul batteur… (rires) Non, en vérité, je l’ai appelé en mode « dépanne-nous mec s’il te plaît ».

Alex : Du coup, Alexis m’a présenté le projet, on a fait une répète et bam, nous voilà dans une grange à enregistrer et dans le mois qui suit : sortie du premier EP.

Alexis : C’est pas du garage, c’est de la grange rock ! (rires)

  • Ça a été hyper rapide !

Alexis : On avait trop hâte, il y avait vraiment une urgence ! Et moi la gratte ça doit faire 11-12 ans que j’en joue. Je ne trouve pas que j’ai de la technique, mais j’adore ça. La bulle qui se crée entre la guitare et moi, ça je le garde. Ça fait 4-5ans que ma gratte c’est mon bébé. Elle m’aide à composer, mais j’essaye d’essayer de composer à partir d’autres instruments afin que ça ne m’enferme dans une seule manière de faire.

  • C’est une manière de nourrir sa créativité, changer ses manières de faire. Ça permet de tester d’autres processus créatifs pour mieux se réinventer.

Alex : Exactement.

  • Et sinon vous êtes des habitués des festivals ?

Gab : Moi, jamais. (rires) J’ai joué dans un festival avant d’avoir été festivalier ! C’était à Art Sonic, la semaine dernière. Il faut dire qu’aussi, ça tombe toujours pendant les exams de fin d’année.

[Retour de scène]

  • Alors comment ça s’est passé ?

GURL : Trop cool, il y avait une belle énergie, les gens ont eu l’air d’apprécier en plus. Et pour une fois, il y avait un peu toutes les générations et de voir que la musique qu’on fait peut aussi parler à une génération autre que celle qu’on cible, c’est encore mieux.

  • En parlant du jeune public, qu’est-ce que vous pensez des téléphones en concert ?

GURL : Alors, nous on n’a pas encore ce problème-là. Après en tant que public quand tu vas en concert franchement, ça me gêne un peu. Là on revient de Berlin, dans les clubs, c’était « pas de téléphone » et ça change tout. Ton expérience d’appréciation de la musique, de ton environnement, de ta soirée, sans le vieux mec qui va te faire suer ou te le mettre dans la tête. Il y a vraiment une aura qui se crée, je pense et c’est tellement plus agréable. Par contre, nous, quand on est sur scène, si après le concert on nous envoie de belles vidéos, ça nous fait super plaisir et ça nous permet d’échanger avec les gens qui sont venus nous voir aussi, au-delà de servir de relais sur les réseaux. Donc si vous venez nous voir, filmez dans le respect de la personne à côté de vous et taguez-nous ! Aujourd’hui en vrai, celles qui nous envoient le plus de vidéos, ce sont nos mamans qui crient « C’est mon fils ! » (rires)

  • On ne sait pas, peut-être qu’un jour se sera monté en documentaire ? Comme « Montre jamais ça à personne» par Clément Cotentin, le frère d’Orelsan.

GURL : Ouais ! Un truc que filmé par des mamans ! (rires) Avec de trucs pas toujours cadrés, des plans où l’on voit les gens autour qui sont gênés en regardant la caméra, filmés en plein jour, mais avec flash, un truc un peu conceptuel… Dont une partie filmée en selfie, mais sans faire exprès et en gros en surimpression : GURL. (rires) On tient un truc là !

  • Mais d’ailleurs pourquoi vous vous appelez comme ça ?

Alex : Alors GURL ça part d’un bouquin qui parle…

Alexis : …Qui parle d’amour…

Gab : … Sur fond de luttes sociales intergénérationnelles. Après, on écoute beaucoup de compiles de groupes de garage et on entend toujours ce mot-là, ça parle tout le temps de filles.

crédit : Jonas Wibaux
  • Est-ce qu’il y a un sujet de société en ce moment qui vous parle particulièrement ?

Alexis : La santé mentale. Pour nous, c’est primordial. Moi, je vais chez le psy, donc je fais beaucoup attention à ça. Je fais beaucoup d’introspection pour apprendre de mes comportements et apprendre à me gérer et gérer mes relations avec les autres. C’est dommage qu’on ne nous apprenne pas plus de choses là-dessus, c’est encore hyper tabou même dans le cercle familial. Encore aujourd’hui, quand on nous dit santé mentale, on pense « folie ». C’est important de déconstruire tout ça. On est convaincus que des séances de psy seraient bénéfiques pour absolument tout le monde. Faut pas attendre la dépression pour y aller.

Gab : Moi aussi, j’ai vu un psy pendant mes années de lycée et j’y suis allé en étant persuadé que tout allait bien la première fois. Le psy m’a regardé, il m’a dit « on va voir ça » et bon, il y avait du travail. C’était pas forcément facile, mais ça m’a beaucoup aidé sur plein de plans. On se sent plus libre de partager certains trucs qu’on n’irait pas confier à sa famille. Ce serait vraiment bien si ça pouvait être accessible à tous.

Alex : Heureusement, pour notre génération ça commence un peu à se démocratiser et on encourage vraiment les gens de notre génération à parler et à mener ce combat parce que ce ne sont pas nos parents qui le mèneront.

Gab : Se regarder droit dans les yeux et dans la tête, c’est pas facile, ça demande du courage, mais il ne faut pas attendre que ce soit la vie qui te rappelle à l’ordre pour essayer d’être en harmonie avec toi-même.

  • On est tous des « work in progress ».

GURL : Exactement. Soyez bienveillants avec vous-mêmes, mais faites le job comme on dit !

  • Sur ces belles paroles, y a-t-il quelque chose chez l’autre que vous admirez particulièrement et que vous voudriez bien avoir ?

Alexis : Moi Gab, j’aimerais bien avoir sa gestion du stress. Il prend beaucoup de temps pour comprendre les gens, réfléchir, il n’est pas impulsif comme nous. C’est quelqu’un de très posé et c’est assez remarquable, je trouve.

Gab : Je dirais qu’à l’inverse justement, parce que je suis moins dans l’action, j’intellectualise beaucoup donc j’aimerais bien prendre un peu de leur impulsivité. Parce que oui, il faut toujours réfléchir avant d’y aller, mais si tu réfléchis trop, t’y vas jamais.

Alex : La diplomatie et le recul de Gab… Le leadership chez Alex et son ouverture artistique.


Depuis leur passage aux Grandes Marées, les garçons de GURL n’ont pas chômé. Avec « Maybe Were not Kids Anymore », leur deuxième EP studio, ils chantent une jeunesse en pleine introspection qui se voit grandir et plonge ceux qui les écoutent dans les reflets d’une mélancolie tendre et ensoleillée. Allez les voir en live le 16 décembre à l’International à Paris ou retrouvez-les sous le soleil étranger à partir de fin janvier. Un petit quelque chose nous dit que ce serait le moment de vous offrir de petites vacances en Espagne ou au Portugal.


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Deborah Picard

Deborah Picard

Conceptrice-rédactrice et woman backstage, adepte des lives, croit fermement aux tiny sounds, big impact.