[Flash #47] Grand Pianoramax, Coco Bans, Gabriels, Nicolas Michaux et Paisley Shore

La diversité d’interprétation et de lecture des musiques sous toutes leurs formes est au coeur de ce nouvel épisode de Flash, ce dernier risquant bel et bien de bouleverser bon nombre de vos idées reçues sur la définition de l’art en général et de certains des genres qui le constituent en particulier. Tour d’horizon d’expériences uniques et ayant chacune leur propre identité grâce à Grand Pianoramax, Coco Bans, Gabriels, Nicolas Michaux et Paisley Shore revu et corrigé par yv (Kiss Doom Fate) !

[Clip] Grand Pianoramax – Past Forward

Les aspects décousus, découpés au ciseau artistique par Grand Pianoramax sur « Past Forward » en font un patchwork dont les mouvements et cassures mélodiques et rythmiques nous incitent au jeu constant de la découverte. Ces accumulations de résonances instrumentales, de mikados sonores et visuels, de collages inégalés de bandes récupérées sur d’antiques cassettes, exigent une minutie de la réalisation qu’il semblait impossible à distinguer lors des premiers instants du clip. De marteaux en fréquences radiophoniques, d’objets oubliés depuis longtemps en saccades picturales ancrant l’œuvre dans les souvenirs brisés et spontanés d’un projet décidément à part, « Past Forward » inspire malgré tout une profonde modernité dans sa vision unique de la performance et du dessin cinématographique. La conjonction d’époques contradictoires certes, mais sachant que l’une ne serait rien sans l’autre, et vice versa. Un jazz intemporel bercé de mille et unes réminiscences, de supports saisissant les instants éternels des arts destinés à l’immortalité.


[Clip] Coco Bans – What Did You Say (Session Live La Bouclette TV)

Au fil des performances de Coco Bans, il demeure toujours cette constante fascination mêlée à la surprise de ne jamais savoir où la musicienne s’apprête à nous mener. Pour cette session live, elle débute « What Did You Say » avec calme et sérénité, introduisant des sonorités trip-hop qui, on le sait déjà, sont appelées à se métamorphoser et sortir de leur cocon cotonneux en peu temps. Actrice d’une pièce de théâtre vocale et instrumentale, saisissant chaque mot comme s’il s’agissait d’une goutte de sang bouillonnant dans ses veines, Coco Bans ne simule aucun de ses gestes, aucune des attitudes habitées de son visage. Sa question devient possession, tant pour elle que pour les interprètes qui l’entourent. Communiquant l’interrogation bien au-delà du cadre au milieu duquel celui-ci est saisi sur le vif, exercice périlleux mais réalisé de main de maître par toute l’équipe de La Bouclette TV, le jeu de rôles se mue en une communication de l’au-delà, en résonance dont les fréquences les plus insondables parviennent à nos neurones et à nos sens cachés. Un bonheur ultime et extrême, teinté de mélancolie et d’une attraction dont il est rigoureusement impossible de ne pas sentir les courants sismiques et interstellaires. Dépasser les murs et flotter, au-dessus des flots continues d’une inépuisable inspiration.


[Clip] Gabriels – The Blind

Le mystère entourant la performance télévisuelle de Gabriels laisse constamment planer une sensation de malaise immédiatement palpable, une substance noire collant à nos peaux et à nos cerveaux sans que nous puissions un seul instant nous en libérer. Le rythme ténébreux de « The Blind », ses arrangements étranges et à la limite de la dissonance, apporte un supplément de profondeur aveugle au chant du compositeur, à son besoin d’une présence qui a tout du mythe et de l’illusion. Enfermé dans l’écran, Gabriels se meurt mais ne s’avoue jamais vaincu ; soumis aux désirs des autres, à l’illusion d’exister pour des êtres qui n’ont que faire de lui, il prend rapidement conscience de la prison qu’il occupe contre son gré. Sa révolte, la violence spontanée de ses actes de colère, inversent la tendance de façon pernicieuse et maligne. Tout passe par le regard, figé mais révélant qu’il connaît, en son for intérieur, la réalité de cette menace humaine pesant sur lui. Afin de dénouer les chaînes et cordes qui le paralysent, il convie la crainte des conséquences de sa prise de conscience. Celle qui l’épie n’attend pas qu’il agisse ; le prédateur devient la proie. Son chant le détache des fardeaux inutiles à sa grandeur d’âme, à l’amplification de son rôle sur notre Terre. À travers une mise en scène terriblement lynchéenne, « The Blind » ouvre les paupières et aperçoit, au fond d’un tube cathodique usé et sur le point d’imploser, la libération. Une œuvre forte, troublante et éminemment cathartique.

« Love and Hate in a Different Time » de Gabriels, sortie le 4 décembre 2020.


[Clip] Nicolas Michaux – Enemies (A Take Away Show – La Blogothèque)

Profitant d’une éclaircie et de la fin d’une averse tempétueuse, Nicolas Michaux se lance sans hésiter dans une performance extérieure d’« Enemies », captée malgré des conditions difficiles par nos confrères de La Blogothèque. Le résultat, en plus de nous permettre d’assister à ce que l’on peut comparer sans difficulté à une véritable démonstration de maîtrise artistique, bouleverse le climat ambiant. Tandis que les ombres encerclent le compositeur et ses musiciens, les résonances pop et folk du titre modifient la température, le taux d’humidité et l’ambiance grise et menaçante d’un ciel toujours pesant. « Enemies » se transforme en une prière, un pardon adressé à celles et ceux qui ont pu, à un moment ou à un autre, perturber nos consciences et nos existences. Sous ses allures introductives de vengeance et de Loi du Talion, ses sonorités datant d’un siècle durant lequel les conflits se réglait lors de duels expéditifs, la chanson revêt un caractère contemporain ancré dans les souffrances de chacune et chacun d’entre nous ; ce qui explique aisément pourquoi les passants et les spectateurs de ce concert en extérieur ne peuvent s’empêcher de l’observer, avant tout simplement de ne plus pouvoir s’en défaire. À travers un final musical dont la puissance exutoire et violente nous saisit à la gorge, Nicolas Michaux parfait son pouvoir de séduction et de conviction en moins de six minutes, tandis que la spontanéité s’inscrit irrémédiablement sur la ligne du temps, marquant « Enemies » et sa version live d’une pierre blanche.

« Amour Colère » de Nicolas Michaux, disponible depuis le 25 septembre 2020 chez Capitane Records.


[Single] Paisley Shore – Hunters (yv remix)

À l’évidence, le remix du formidable « Hunters » de Paisley Shore par yv (moitié des inestimables Kiss Doom Fate) semblait une évidence. D’une part, car le matériau d’origine se prêtait sans conteste à une relecture plus animée et légère que ce qu’il représentait de fort belle manière, sans aucun doute possible. Mais, surtout, car la rencontre de leurs deux univers était finalement attendue, conciliation parfaite du pop rock éclectique des Angevins et d’une électro divine et suave, transmutant les époques passionnées de Paisley Shore au cœur d’univers modernes et rapidement intemporels. De pulsations en échos, de synthétiseurs électriques et inclassables en élans où artifices et humanité se battent sans qu’il y ait un seul vainqueur « Hunters (yv remix) » dépasse son intention de nourriture propre au dancefloor. Il dédouble le langage auquel il s’attaque, l’amplifie et augmente de manière exponentielle son redoutable potentiel. Bien plus qu’une preuve de respect et d’amitié, cette performance imprégnée de frénésie et d’un besoin viscéral d’exulter nous fait lever les yeux et les bras vers le ciel, tandis que nos jambes sont prises de mouvements impulsifs rapprochant notre état général de l’imprécation. Celle d’une déité de la danse et d’un temps circulaire, sans début ni fin, où Paisley Shore et yv règnent en maîtres incontestés de nos plaisirs les plus sauvages et agréables. L’exaltation ultime d’une œuvre ayant trouvé sa réelle complémentarité, de même qu’une complicité à ne surtout pas abandonner.

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