[Interview] Global Network

Ils auraient pu s’appeler Loris & Nils dans l’esprit corporate de certaines grandes agences et marques parisiennes, le duo soul electronica parisien Global Network vient de sortir ce vendredi son bouillonnant 1er EP « Cool Moments ». Six titres passionnés, frais et effervescents, qui transpirent la complicité, la fraternité, la générosité et l’amour tout simplement. Nous avions rencontré les chaleureux acolytes, Loris Sasso et Nils Peschanski, à Nantes en janvier, lors de la première édition du BISE Festival, nouveau rendez-vous dédié aux découvertes musicales européennes. C’était le 21 janvier, quelques heures avant leur passage apprécié sur la Maxi de Stereolux. À cette époque, bien avant les bouleversements liés au Covid, la sortie de l’EP était prévue pour mars accompagnée d’une série de dates dont une participation aux iNOUïS en avril et surtout au Great Escape à la mi-mai. Retour sur un instantané d’une entrevue « première fois » avec l’un des espoirs de la pop électronique hexagonale, qui peut prétendre à faire danser et connecter la planète toute entière.

  • Comment vous êtes-vous rencontré et à quel moment avez-vous décidé de faire un bout de chemin ensemble ?

Loris : En fait, on se connait depuis très longtemps avec Nils, depuis plus d’une dizaine d’années. On avait des potes en commun au lycée, mais on se regardait de loin sans trop vraiment se parler. On avait même tous les deux notre propre groupe. Il n’y avait pas de concurrence, mais on s’observait à distance. Dix ans après, nos groupes ont fini par splitter. C’est là qu’on s’est retrouvés en mode « Hey, qu’est-ce que tu fais toi en ce moment ? Bah pas grand-chose… ».

Nils : Légèrement comme une sensation d’échec…

Loris : On s’est croisés à une soirée d’amis en commun et c’est là qu’on s’est dit « Bah, vas-y, ça serait cool de faire de la musique ensemble ! ».

Nils : On a commencé en bossant par sessions. Moi, j’étais pas mal pris dans un autre domaine de la musique, pas en tant que musicien. Je n’avais pas beaucoup de temps en journée donc on se programmait des sessions la nuit ; du genre de 23h à 5h du matin. On se retrouvait chez Loris qui a un chouette studio dans sa banlieue du 9-4. On se faisait des nuits à composer, taper la discute, boire des coups, parler un peu de nos histoires d’amours, de la vie de groupe. Le premier morceau qu’on a enregistré c’est « Your Love » avec le clip et le deuxième, c’est « The Flow ». On les a sortis dans l’ordre.

On n’a pas trop dévoilé d’infos en plus parce qu’on a commencé à communiquer sur le groupe qu’en septembre 2018 et, en un an, on a voulu surtout se faire connaitre via du live, sans trop rentrer dans une stratégie digitale de folie. C’est au fur et à mesure des lives, qu’on a fait les bonnes rencontres, avec ceux qui nous donnent des coups de main aujourd’hui. C’est pour ça qu’on est là ce soir !

  • Pour parler un peu de votre background, qu’est-ce qui a déclenché votre envie de vous tourner vers la musique électronique ?

Loris : On a deux parcours assez différents. Moi je suis autodidacte et j’ai toujours pratiqué des instruments, chanté et composé, mais c’est vrai que la musique électronique – peut-être toi (Nils) un peu plus ? -, on n’en avait pas vraime,t fait avant de former Global Network ensemble, et qu’on en vienne à se poser la question « OK, comment on compose notre live en fait ? ». C’est à partir de là que Nils a diggé pas mal de matos sur internet et il est tombé sr ces machines et m’a dit « Regarde ces machines, ça a l’air ouf ! Vas-y, on se les prend ! ». (rire).

Nils : On a acheté une machine qui s’appelle Analog Rytm d’Elektron, une marque suédoise. Ils font des setups assez magiques, mais carrément difficiles d’accès quand tu débarques là-dedans. Tu passes un bon mois à te demander pourquoi tu fais ça de ta vie.

Loris : Il faut vraiment lire le manuel en entier.

Nils : En tout cas, on a commencé à monter le live dessus, et finalement ces machines t’amènent à péter les structures, à allonger les choses.

Loris : Elles provoquent une autre vision à tes compositions.

Nils : Je crois qu’on fait de l’électronique à partir du moment où tu mets les doigts dedans.

  • Comment avez-vous travaillé pour trouver votre son d’ailleurs ? En travaillant à tâtons, en bidouillant ?

Nils : En fait, c’est un peu plus complexe que cela parce qu’en gros, avec Loris, on est quand assez autodidactes. J’ai fait pas mal d’études de musique. J’ai une vision de la musique qui commence par un choix de note. Ce qui veut dire une chanson, des accords, une mélodie. À partir de là, quand on a cette structure qui nous parait solide, on commence un peu à jammer sur nos machines. Et quand on a cette base stable d’accords, de mélodies à la voix et de mélodies au clavier, on a quand même des notes, des concepts à rentrer, on va dire. Au final, il y a d’abord une idée de chansons et après, on va les passer dans les machines et c’est à partir de là que le travail de réarrangement électronique commence.

  • Par qui êtes-vous accompagnés dans votre travail et comment se présente cette aide ?

Nils : On a un manager qui s’appelle Arnaud Mauduit qui est un très très bon pote. Au début de l’aventure, il nous a simplement donné quelques conseils, pour ensuite nous voir en live et nous confier « Franchement je kiffe trop ». De fait, il est devenu manager même si au début il ne se considérait pas comme tel. Ce n’était pas son métier. Il nous a donné quelques coups de main, voilà. On a eu besoin de son aide pour plein de trucs et, finalement, il se donne tellement maintenant dans Global Network. C’est le troisième membre du groupe.

Loris : Oui, il est hyper important. Sans lui, il ne se passerait pas grand-chose. On ferait de la musique encore chez moi, le soir (rire).

Nils : Il y a lui qui est très important et nous a fait rencontrer pas mal de monde. On a fait un peu le tour de plein de gens sur Paris et, grâce à ses connexions, on est depuis en tour chez UNI-T avec un gars qui s’appelle Nicolas Jammas et qui est vraiment super cool. C’est lui qui nous a trouvé la date ce soir. Merci, parce que c’est une belle opportunité. Sinon on est en édition chez Universal Publishing et avec Label Gum. On a deux éditeurs. Et là, on s’apprête à signer avec un label qui s’appelle Un Plan Simple. Voilà tu sais tout (rire).

  • Vous parliez de la date de ce soir qui est importante pour vous. L’avez-vous appréhendé et préparé différemment des autres dates ?

Nils : Pas vraiment. On s’est dit qu’on n’allait pas se prendre la tête. Qu’on allait faire notre truc.

Loris : On n’appréhende jamais trop nos dates. Pour nous, un concert reste toujours un concert. Quels que soient les conditions et le nombre de gens, c’est toujours la même chose, le même défi qu’il faut réussir.

Nils : C’est toujours la même exigence d’expression. C’est-à-dire qu’on est traversé par les choses qui nous arrivent toutes les semaines, tous les mois et un concert ; c’est le moment où à travers nos chansons, on peut exprimer ces émotions-là. Mais on essaye de garder le live très ouvert de manière à pouvoir improviser et s’exprimer différemment, même dans l’interprétation. On fait certes de la musique électronique avec du chant, mais on joue vraiment sur des machines, ce sont nos instruments. On s’exprime différemment d’un concert à l’autre.

  • Votre show est-il encore en rodage ou êtes-vous déjà bien armés pour la scène ?

Nils :  En raison de nos nombreuses expériences avec Loris dans nos précédents groupes, ce qu’on veut avec Global Network, c’est que notre set soit toujours en rodage, d’une certaine manière. On n’a pas de forme si fixe que cela. Bien sûr, il y a des endroits dans le live où l’on se retrouve. Il y a des rendez-vous qu’on essaye de garder parce que ça marche bien, mais chaque chanson, à un endroit ou deux, ainsi que chaque début chaque fin, où on ne sait pas vraiment ce qui va se passer. On n’a pas envie que le set soit grave rodé si bien qu’on saurait exactement ce qu’on va dire chaque minute, ce qu’on va jouer, comment ça va se passer, l’intention, tout ça… On essaye de garder la forme assez libre.

  • De manière à ce que chaque concert soit unique donc ?

Nils : Ça serait beau, mais après bien sûr ça se complique quand tu fais trois concerts la même semaine… Mais ça reste l’objectif à terme.

  • Pourquoi ce nom de Global Network. Une envie de casser les frontières ?

Loris : Oui, il y a cette envie-là, mais ça ne partait pas vraiment de ça. Au début, on cherchait surtout un nom qui nous fasse tripper. Un nom un peu drôle et second degré.

Nils : Ce nom, c’est d’abord un concept. C’est un pote à nous qui est très fort pour les concepts drôles qui nous l’a trouvé. On voyait l’image d’un mec qui créé une espèce de startup un peu naze (rire). On trippait sur l’idée, mais avec le temps, il a pris de la profondeur parce qu’on a rencontré plein de gens, notamment dans d’autres pays, et on partage ce concept un peu et ça les éclate aussi. C’est communicatif.

Loris : On l’a réalisé sur le tard : « Mais en fait, il est cool ce nom » !

Nils : Après, il y a une forme de naïveté, dans ce choix, qu’on aime bien. Avec Loris, on trippe bien sur le fait de rester naïf. Ingénu plus que naïf en réalité. Et on trouve que ce nom, il a un peu ce truc de gars qui se serait dit : « Ouah, c’est cool comme nom : Global Network », sans trop réfléchir. Je ne sais pas si on l’a fait s’en trop réfléchir ou qu’on a trop réfléchi pour en revenir à ça, mais on en est là (rire).

  • Niveau actualité, avez-vous un disque en cours ? Peut-on en parler ?

Loris : Oui, il y a un EP en cours. Il est terminé et mixé, tout ça. On va le sortir début mars.

Nils : Il s’appellera « Cool Moments ». En référence un peu à nos débuts quand on cherchait un moyen de jouer. On s’est dit « On a qu’à faire des soirées chez nous ou chez des potes ». On appelait ça des « cool moments » et on continue de le faire. On sort l’EP début mars et on fait une soirée le 27 mars au Pop-Up du Label avec plein de copains.

  • En 2019 vous avez eu la chance de faire une tournée en Angleterre…

Loris : C’était vraiment une mini tournée.

Nils : Deux dates.

  • Est-ce que c’est difficile de pouvoir jouer hors de nos frontières ?

Nils : Ça dépend. En fait, c’est difficile de sortir de la France et de se dire qu’on va faire une tournée avec des conditions de ouf, oui. On a pas mal de potes à droite à gauche qui organisent des événements en tant que musiciens. On a joué dans un festival à Oxford, le Tandem Festival, qui est organisé par des amis du label Upcycled Sounds. On s’est dit « Vas-y, on va essayer de trouver une autre date sur Londres ». On a appelé des potes et ça s’est organisé très rapidement.

Loris : C’était grave cool.

Nils : Côté retours, on n’a pas eu de retombées professionnelles, mais sur notre performance live. Quand on est Français et qu’on chante en anglais, on a toujours ce petit stress de la légitimité.

Loris : Faut être crédible quoi.

Nils : Être crédible et se demander quelles sont les sensations apportées par notre musique en Angleterre. Est-ce différent des gens en France ? Parce qu’il y a, dans le milieu de la musique, un trip sur « Ouais, en Angleterre, ils écoutent des trucs de ouf », tu vois ? Du coup, on se dit que peut-être tout le monde se dira qu’on fait de la musique de merde. Mais, en vrai, on a eu beaucoup de retours positifs du public. Tout le monde se mettait à danser au bout d’un moment. Au contraire, peut-être même un peu plus fort que ce qu’on a l’habitude de voir chez nous, en France.

Loris : Peut-être tout simplement parce qu’ils comprennent directement nos textes. Ils viennent nous voir à la fin du set et font « Ah, cette chanson j’ai vraiment aimé ». Pour moi, c’est la première fois qu’on m’a fait « J’ai bien aimé les paroles de cette chanson ».  Et dans ta tête, tu te dis : « Ah yes ? Ok c’est cool, c’est que je suis finalement pas si HS que ça ». (rire).

  • Une autre tournée hors de vos frontières est-elle prévue ?

Nils : On est en train de monter une tournée en Angleterre autour de mai. En gros, on a été programmé au Great Escape de Brighton. On va faire une tournée autour de cette date d’une semaine voire 10 jours.

  • Une dernière petite question, dans quels salles ou festivals rêveriez-vous de jouer ?

Loris : (rire) Bonne question, j’y ai jamais trop réfléchi à vrai dire.

Nils : Pareil.

Loris : Allez, la première partie de Beyoncé au Zénith ! (rire)

Nils : Encore mieux, participer au South by Southwest (SXSW). Ça serait le rêve et vraiment marrant, même si ça ne va jamais arriver parce que c’est un gros truc. Sinon une première partie de James Blake sur sa tournée en Europe ?

Loris : Ça serait un gros kiff là ! (rire)

Nils : Mais on kiffe déjà là où l’on est. On vit pas trop dans les fantasmes. Comme on a déjà eu des groupes avant qui ont bien échoués, on a déjà eu le temps d’avoir cette excitation de quand t’es jeune et que tu te dis « Wow, il se passe enfin des choses ». On est revenu de ces sensations qui ne s’appuient que sur des projections et finalement pas du concret.

Loris : Les projections, c’est bien, mais ça peut te frustrer aussi et créer des tensions.

Nils : Du coup, on kiffe ce qui nous arrive, tout simplement. Ce que je veux dire par là, c’est que c’est la première fois qu’on vient jouer à Nantes ce soir. Et c’est ça qu’on aime. C’est la réalité, le concret de se dire on est programmés à Nantes alors qu’il y a un an et demi, on débutait tout juste cette aventure. C’est un concours de circonstances qui fait que des gens nous programment à Nantes alors qu’ils ne nous connaissent pas en vrai. Moi j’habite dans le 91, il y a plein de salle de concert et de gens que je connais là-bas. Je connais les programmateurs et je comprends pour le coup que j’y sois programmé. Là, c’est l’inconnu pour eux et tout tient finalement à la promesse de ce que notre tourneur leur a dit de nous, en leur montrant nos clips, et surtout avec le très peu d’informations trouvables que tu as pu dénicher sur Internet (rire). C’est vraiment une promesse. Une parole, une confiance qu’on accorde ou pas.

  • D’ailleurs, vous n’êtes pas trop orientés réseaux sociaux ?

Loris : C’est vrai, on a du mal à être vraiment présents dessus, même si notre nom pourrait indiquer le contraire (rire).

Nils : On voit les réseaux sociaux comme un truc qui nous fait d’abord tripper. Quand on a une photo qui nous fait marrer et qu’on sent qu’elle pourra nous resservir, on la met de côté. Pour la sortir avec des annonces comme : « Eh, on va jouer là… ». Mais c’est pas automatique.

Loris : On n’y pense pas assez en tout cas. Notre manager nous dit souvent : « pensez à la petite story. Mettez un petit post. » (rire).

Nils : C’est vrai qu’aujourd’hui il y a beaucoup de projections. On utilise beaucoup ce mot « projection » avec Loris. Le fait de se projeter sur les réseaux sociaux, il y a des projections de la part des autres, de la part de toi, sur ce que ça devrait être, sur « Ah si j’ai pas tant de likes ou tant de followers je n’existe pas. », alors que ça ne représente pas ce que tu fais tous les jours : tu te lèves le matin, tu vas faire une répète. Le soir, tu fais un concert ou tu vas voir tes potes. C’est ça le concret et c’est ce qui compte.

« Cool Moments » de Global Network est disponible depuis le 22 mai 2020 chez Un Plan Simple.


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