[LP] Gesaffelstein – Hyperion

De passages obligés en sublimes pages d’inspiration, le nouveau disque du DJ et producteur français fait tour-à-tour rêver, danser et s’interroger.

Gesaffelstein n’a plus rien à prouver. Prodige de la musique électronique française ayant su trouver une place de marque dans ce milieu trop fermé ou élitiste, il est parvenu, au fil des collaborations, des créations de bande originale ou des remixes, à apporter une touche qui n’appartient qu’à lui et, comme une évidence, fait tourner la tête des plus grands, ces derniers souhaitant, dès lors, travailler avec lui. D’où la naissance d’ « Hyperion », disque regroupant ses derniers exploits à plusieurs en parallèle de ses introspections, pour un résultat qui frise souvent le génie mais laisse tout de même un goût d’inachevé.

Lorsqu’il s’engage en solitaire dans l’exploration d’atmosphères lentes, sombres et mystérieuses, le musicien fait des merveilles et trouble le monde matériel qui nous entoure : la piste éponyme sonne comme l’éveil de percussions sonores se complétant les unes les autres et introduisant les harmonies fines et ciselées dont le ténébreux « Reset » et le mélancolique « Ever Now » s’emparent avec délicatesse et émotion. Ce sont ces minutes qui rendent l’écoute d’ « Hyperion » indispensable, quand notre peintre de textures soutenues ou brumeuses nous fait fondre et nous tourmente, extatique et possessif. Mais, sur ce tableau qui frôle la perfection (notamment au fil des dix minutes du lacrymal et ambient « Humanity Gone »), les apports vocaux d’invités prestigieux viennent nuire à un ensemble perdant alors en cohérence. De ce fait, la présence de The Weeknd et de Pharrell Williams tient plus du gadget promotionnel que d’une réelle envie de partager les talents de chacun, écueil qu’évitent cependant l’apport d’Haim ou l’identité reconnaissable entre toutes de The Hacker et Electric Youth. Deux facettes d’une certaine idée de la communauté, pour lesquelles chacun se fera sa propre opinion.

« Hyperion » est une perle noire bienvenue au cœur des sorties de ce mois de mars. Dommage que tout ne soit pas à l’avenant des moments visionnaires de son créateur principal. Reste une collection de titres vénéneux que l’on va, pour le coup, se passer en boucle durant un certain temps.

« Hyperion » de Gesaffelstein est disponible depuis le 8 mars 2019 chez Columbia.


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