En mariant le questionnement intime de l’absence et de la fuite avec des paysages splendides et aériens, Fred W mêle l’intériorisation de l’interrogation et l’universalité de « Pourquoi tu cours », dans un cadre sonore et visuel aussi parfait que captivant.

La poésie n’est pas qu’un art écrit. Le terme, en effet, revient pour désigner aussi bien des prouesses cinématographiques que musicales, car elle instaure, dans l’esprit de celui qui la découvre, une évasion, une évaporation même des troubles pour ne laisser que la magnificence des sentiments et des lieux. C’est cette même sensibilité que Fred W conjugue à deux voix à travers « Pourquoi tu cours », extrait de son album « Un truc bizarre » sorti il y a deux ans : la première, portée par des plans magnifiques des Hautes-Vosges, sidère et fascine ; la seconde, plus proche de l’être, nous invite à penser l’incompréhension, la peur de ne pas exister. Car Fred W s’adresse à l’autre, essayant de comprendre ce besoin inépuisable de mouvement. Comme si le simple fait d’admirer un horizon revenait à mourir, à ne plus être, à se noyer dans la masse. Au sommet d’un mont, entouré de ses musiciens, le compositeur nous offre un temps d’arrêt : cinq minutes de suspension de la précipitation, afin de purifier nos âmes trop souvent monopolisées. Et il y parvient à merveille.
« C’est quand on s’arrête qu’on s’endort / Finalement, t’as pas vraiment tort. » Un aveu d’impuissance ? Un besoin de savoir, d’assimiler la différence ? Dans les mouvements de caméra subtils et admirables de Jules Depuiset, la course se déploie minute après minute, d’abord contemplative puis, soudainement, prenant son envol et accélérant le pas. « De toute façon, t’inquiète pas si tu tombes / Je suis là, je guette dans la pénombre. » La sagesse face à la peur de n’être personne. La réflexion face à l’attraction du vide, alors que le créateur nous retient. « Pourquoi tu cours » nous répond dans les remerciements de Fred W, à la fin du court-métrage : « Les Vosges, la montagne, la nature, le vent, les oiseaux et ma femme qui court tout le temps. » Finalement, l’équilibre existe dans le paradoxe, complémentarité parfaite de deux individualités s’apportant plus qu’une simple présence. S’accepter, pour mieux s’aimer.
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