[Interview] Frank Carter & the Rattlesnakes

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Aux antipodes de la bête de scène que nous pensions connaitre, Frank Carter nous a reçus avec courtoisie malgré sa grande fatigue pour parler de son troisième album « End of Suffering » à paraître le 3 mai prochain.

crédit : Cédric Oberlin
  • La tournée de ton album précédent s’est achevée il y a peu, pourquoi avais-tu envie ou besoin de retourner si vite en studio ?

Nous en avions besoin. Nous avons écrit et enregistré « Blossom » et « Modern Ruin » presque dans la foulée. « Modern Ruin » a été produit en un an. Nous avons tourné pendant deux ans pour « Modern Ruin » et à la fin nous étions désespérés de jouer. Ça peut sembler très rapide pour autrui, mais nous arrivions à saturation.

  • Dirais-tu que cet album est le plus personnel, intime de ta discographie ?

C’est l’album le plus intime et personnel que je n’ai jamais fait de ma vie entière. Chaque titre porte sur des évènements récents, sur les deux dernières années de ma vie. Je n’ai rien laissé de côté, j’ai vraiment essayé de tout mettre dans cet album. C’est indéniablement le disque le plus personnel que je n’ai jamais écrit.

  • Quels effets procure le fait d’exprimer des sentiments si sombres ? Est-ce réparateur, libérateur ou masochiste ?

C’est sans aucun doute cathartique, j’aime à croire que ce n’est pas masochiste. C’est évidemment libérateur, il y a une liberté à prendre le contrôle, à écrire et chanter sur ces sentiments qui t’ont fait prisonnier pendant si longtemps. Tu ne peux te sentir plus libéré. La scène est probablement masochiste. Tu termines enfin une tournée, tu travailles dur en studio pour produire ces morceaux, pour les écrire et y mettre toutes tes émotions et tu dois ensuite les jouer chaque soir pour quoi… peut être le reste de ta vie si la chanson est bien. Mais mon mantra est : peu importe mon état d’esprit en studio, je dois essayer de tout donner lors de l’enregistrement. C’est la seule performance qui compte vraiment, n’est-ce pas ? Si tu saisis en studio l’essence d’une chanson alors elle gagnera sa véritable forme. Et ce morceau va potentiellement aider de nombreuses personnes, tu peux faire des choses superbes, ça peut inspirer les gens, les aider à trouver de l’aide, ça peut leur apporter de la force lorsqu’ils se sentent faibles, ça peut leur procurer un moment de…  ça peut ôter leur vulnérabilité. Donc le studio est la chose la plus importante, ensuite il n’est question que de te rappeler que ce morceau a l’opportunité d’aider d’autres gens voire de t’aider toi-même si tu sens que tu retombes dans ces sentiments noirs, que tu glisses à nouveau vers un comportement dangereux.

  • Pourquoi tes paroles traitent tant de spiritualité ? Tu parles souvent de pêcheurs, d’enfer, d’ange, etc.

C’est simple, c’est une iconographie évidente. J’ai été élevé dans une famille catholique, toute cette imagerie religieuse m’a été inculquée depuis mon plus jeune âge. C’est beaucoup pour un enfant ! Tu te rends dans une putain d’église chaque week-end, tu vois un homme sur une croix, crucifié, c’est une putain de représentation de la torture ! J’ai toujours été un parolier observateur, la description est importante dans mon écriture, et je pense que de parler d’anges et de démons, de choses complexes qui n’existent pas matériellement, ce sont des personnifications que tout un chacun comprend. Je crois que mon écriture se rapportera toujours à la spiritualité, c’est magique, c’est une façon de dire tout et rien en même temps.

  • « End of Suffering » et « Modern Ruin » semblent avoir des caractéristiques communes, comme les sentiments abordés, les pochettes et le fait que ces deux albums se terminent par des morceaux de cinq minutes, soit tes titres les plus longs. Était-ce réfléchi ?

La dernière chanson de « End of Suffering » ne dure pas cinq minutes, c’est un morceau caché et acoustique que nous n’avons pas présenté aux journalistes, elle n’est présente que sur le vinyle. Je considère ces deux albums comme complètement différents ; je pense qu’à travers les derniers morceaux nous avons toujours voulu « challenger » nos fans. Nous l’avons fait avec « I Hate You » sur « Blossom », nous voulons toujours essayer d’entamer quelque chose, une conversation peut émerger, ou ce morceau peut vous aider à écouter l’album d’une autre façon. Avec « End of Suffering », bien que l’artwork soit proche du précédent, nous sommes partis d’une base très différente qui avait pour but de réunir toute la noirceur de l’album pour en faire quelque chose de vibrant, de resplendissant, de riche pour se distinguer de textes sombres. Nous n’avons jamais voulu faire des albums semblables les uns aux autres, nous essayons que chaque disque soit différent du précédent.

  • Comme tu disais « End of Suffering » est très sombre, est-ce pour cela que vous avez choisi un artwork plutôt neutre et très coloré ?

Oui, tout à fait, je crois que nous avons cherché à trouver la lumière au bout du tunnel, car le voyage à travers l’album était très compliqué à vivre. Ça pouvait être très oppressif, sombre et intense. Cet artwork nous a parlé, il dégageait de la lumière, de l’espoir et c’est l’une des volontés de ce disque.

  • Comment travailles-tu avec les Rattlesnakes ? Est-ce que chacun propose ses idées puis un choix est effectué ? Composez-vous tous ensemble ?

Le groupe c’est juste ce gars-là, Dean (en le pointant à travers la fenêtre) et moi. Le groupe, c’est nous à cinquante-cinquante. Les autres Snakes sont des musiciens, des amis proches et ils seront toujours là, mais ils prennent moins part au processus d’écriture, car les décisions ne reposent que sur Dean et moi : c’est plus simple de ne pas avoir de démocratie où nous devons écouter quatre opinions différentes sur, par exemple, la bonne durée d’un chœur. C’est très vif entre nous, nous aimons les mêmes choses, nous écrivons ce que nous avons à écrire, on a trouvé un bon processus aujourd’hui. Ça a été assez simple. Nous écrivons chacun de notre côté et, une fois par semaine, nous nous asseyons sur un canapé, nous prenons une tasse de thé, il amène sa guitare, il me joue les riffs qu’il a trouvés, je me pose et j’écoute et à la minute où quelque chose retient mon attention, je commence à chanter. Peu importe le premier jet, c’est comme ça que tout démarre. Ensuite, ça se corse, car nous devons en faire une bonne chanson, ce n’est pas assez d’avoir des fragments de morceau, mais c’est aussi drôle, car nous pouvons explorer diverses choses.

  • Qu’est-ce que vous a apporté votre tournée avec les Foo Fighters ?

C’était surtout drôle ! C’était génial, mais nous apprenons de chaque groupe avec qui nous tournons. Nous apprenons de tous, que ce soit les Foo Fighters ou un groupe qui fait notre première partie, nous apprenons ce que nous devrions ou ne devrions pas faire, comment nous comporter avec nos fans ou comment gérer un concert. Mais ouais, quand tu vois les Foo Fighters, tu prends une véritable leçon de rock, ils ont le truc, ils savent comment performer, ils ont une longue expérience, il y a intérêt qu’à ce niveau ils gèrent, et ils gèrent !

  • Tu es aussi tatoueur, qui rêverais-tu de tatouer ?

J’adorerais tatouer ma mère, bien que je sois certain qu’elle ne sera jamais tatouée. Mais j’aimerais réaliser son premier tatouage. Le seul autre tatouage que j’aimerais avoir, j’ai déjà beaucoup de tatouages, mais j’aimerais qu’un jour ma fille me tatoue. Je serais très heureux.

  • Presque tout ton corps est tatoué, considères-tu le tatouage comme une extension de ta personnalité ? Est-ce l’expression de certains moments de ta vie ?

C’est plus l’extension de ma personnalité et de mon caractère que de mon esprit. C’est… c’est moi. Quand je regarde des photos de moi plus jeune sans tatouage, je ne reconnais pas cette personne, je suis complètement différent de ce que montrent ces photos. Je pense que c’est l’extension de mon cœur, c’est juste celui que je suis.

  • Pourquoi fais-tu toujours du yoga lors des pogos de tes concerts ?

Parce que c’est putain de drôle ! Et parce que peu de gens peuvent le faire ; c’est un travail énorme, ça me permet de tirer mon épingle du jeu. C’est un sacré défi, j’aime ça, c’est drôle !


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ENGLISH

crédit : Cédric Oberlin
  • Your tour for your previous album ended recently, why did you want or need to record that fast a new one?

Because we needed to. We’ve written and recorded “Blossom” and “Modern Ruin” basically back to back in the same twelve months. It just took a year for us to release “Modern Ruin” because we had to. So, by the time we’d finish the eighteen months of touring of “Modern Ruin”, which actually ended up becoming two years, we were so desperate of playing music. That was it, it was just because it felt very quick to everyone else but to us it was probably two years over it.

  • Would you say this record is the most personal, intimate of your discography?

It’s the most intimate and personal record I’ve ever made in my whole life. Every single part of it is about recent events, it’s about the last two years of my life. I left nothing out, I really tried to put everything into this album. It’s definitely the most personal record I’ve ever made.

  • Which effects are produced by singing about deep feelings? Is that refreshing, liberating or masochistic?

I think it’s definitely cathartic, I’d like to think it’s not masochistic. It’s definitely liberating, for sure and there is a freedom in taking control, and writing and singing about things that you feel of kept you prisoner for such a long time. That’s the most liberating you can feel. The performance is probably masochistic. You eventually get out onto the road, you do a hard work in the studio, you’ve done the hard work of writing the songs and pull in whole emotional of you, and then you have to play every night for well… maybe the rest of your life if it’s a good song. But what I remember is « no matter what I feel when I go to the studio, I try to pull all into that one performance ». That’s the only performance that really matters, right? If you can catch in the studio the absolute essence of a song, then that track, that recording, will live long of a new way ever lived. And that recording has the potential to help a lot of people, you can do great things and it can inspire people, it can inspire them to get help, it can give them strength when they feel weak, it can provide a moment of… it can unlock vulnerability of people. So, the studio is the most important performance and after that it’s all about reminding yourself of those things, that every time you play that song you have the opportunity to help other people and to help yourself if you find you fall in back into bad, in your bad behaviour.

  • Why your lyrics are that much linked to spirituality? As a matter of fact, you deal with “sinner”, “angel”, “hell”, “devil” etc.

Because that’s easy, it’s an obvious iconography. I was raised in a Catholic family, so a lot of that iconography, imagery of religion has been pulled into my brain for when I was a very small child. In those early years that’s a lot to take on! You go to a fucking church every weekend, you see a man under a cross like crucified, it’s a fucking portrait of torture! So, for me… I’ve always been a descriptive lyricist, a descriptive writer, and I think when you talk about angels and devils, complicated things that don’t actually fucking exist, it’s a personification, everybody knows what you mean when you use words like that and what you’re trying to say. I think my writing will always remain in the spiritual round, because it’s the most magical as well, it’s a way you can say everything and nothing at the same time.

crédit : Cédric Oberlin
  • “End of Suffering” and “Modern Ruin” share a lot in common, as the feelings you deal with, the artwork but they also both finish with a five-minute track. Is that voluntary?

The last song on “End of Suffering” isn’t five minutes long, it’s a secret song, an acoustic track that we didn’t give to journalists, it’s just hidden on the vinyl. I consider these albums completely different, I think we always try through a song at the end of a record to challenge our fans. We did it with “I Hate You” on “Blossom”, we always wanna try to open something up, so there is a conversation to be had, or the song will help you to go back and want to listen to the album like immediately. With “End of Suffering”, even though there is the art work, we went on a very different root which tries to take all of the black out and so it’s just a very vibrant, resplendent image, full of richness because lyrically it’s quite dark. It wasn’t voluntary, we never want to make a record that has similarities to any other, we always want to try to make a record that is very different from the one we made before.

  • As you said “End of Suffering” is very dark, is that why you choose quite a neutral and colourful artwork?

Exactly yeah. I mean… I guess we tried to find the light of the end of the tunnel, because it felt like the journey through the album was quite difficult at these times. It could feel quite oppressive, quite dark and quite intense. The album’s art work spoke to us, it felt iconic and quite light, not playful but just hopeful, and that’s what the album should be.

  • How do you work with the Rattlesnakes? Do you all bring ideas and then make a choice? Do you compose together?

The band is just me and that guy right there, I mean Dean (show Dean who’s talking behind the window). The band is us, fifty-fifty. The other snakes of the band are session musicians, they are close friends and they’re in for life but they get less of the say when we write songs because we just always decide only on our own, it’s easier not having a democracy where we had to listen to four different opinions on, for example, what would be the right length to play a chorus. It’s very quick between me and him, we just like what we like, we write what we write, we’ve got a good process now. It’s been quite easy. We write separately, once a week we went to sit on a couch, we have a cup of tea, he brings his guitar, he plays me the riffs he’s got and I sit and listen and the minute I hear something that I love I start singing over. Whatever comes out first is usually how we start pushing a song forward. Then it’s a bit more complicated because you have to make it a great song, it’s not enough just to have parts of work, and that’s also really fun because you explore different things.

  • Did being on tour with Foo Fighters brought you tips, new knowledge or mostly fun?

It was mostly fun! It was fucking awesome but we learn from every band we’ve gone on tour with. We always learn from bands, whether it’s Foo Fighters or an opening band, we always learn what we should or shouldn’t do, how you should behave with your fans and how you should lead the live performance. But yeah when you see Foo Fighters it is a fucking masterclass of rock, they get it, they understand how to perform, they also do it for a long time, you hope at this point they do it and they do it.

crédit : Cédric Oberlin
  • You’re also are a tattoo artist, who would you love to tattoo?

I would love to tattoo my mum, even though I’m sure she will never get a tattoo. But I would be on it to tattoo my mum’s first tattoo. And then the only other tattoo I wanna get, I have enough tattoos but one day I would let my daughter tattoo me. I think I would be happy with that.

  • Almost your whole body is inked, is tattoo an extension of your personality? Can your own story be pointed out from them?

It’s probably more an extension of my personality and my character than my mind. It’s definitely… I feel this is me. I looked at pictures of myself when I was younger and I didn’t have tattoos, and I can’t recognize that person at all, I feel completely like… against to whatever that is. I think it’s more an extension of my heart, it’s just who I am.

  • Why do you always do yoga during your gig’s pogos?

Because it’s fucking fun! And because not many people can do it, it takes a lot of work to do that, so it’s something that I find it sets me apart from everybody else. It’s quite a challenge, I like it, it’s fun.


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