Les maîtres du folk US nous sont revenus avec un nouvel album précieux, après une longue absence studio et scénique de six ans. Ils ont pourtant gardé toute leur grâce et leur inventivité pour produire un disque d’une beauté à couper le souffle, bâti autour d’harmonies vocales vibrantes et d’une instrumentation classieuse à la fois sobre et ambitieuse. Dans ce cadre, le superbe Trianon était le contexte idéal pour ces retrouvailles organisées sur deux soirées à guichets fermés.

Symbole de l’ombre qui a environné Fleet Foxes depuis le début de son hiatus, le sextet commence la performance sans lumière, avec « I am All That I Need », premier extrait enchanteur de « Crack-Up », sorti en juin. Un disque à la nouvelle tonalité : après avoir gravi les montagnes sur des sonorités hivernales qui donnent la bougeotte, le groupe est désormais plus en expédition de découvertes vers des lieux plus sombres et plus profonds. Sur la setlist, « Fool’s Errand » et « Third Of May » sont les meilleurs représentants de cette version 2017 de Fleet Foxes, moins immédiate ou reposée sur ses chants célestes, plus tortueuse et plus complexe dans ses compositions et ses arrangements, mais toujours aussi baroque et mélodieuse.
Robin Pecknold, chanteur à la voix élastique mais également brillant songwriter, reste le centre de gravité du projet avec ses interprétations quasi liturgiques. Dans de telles prédispositions, le gprojet, qui a dépassé les dix ans d’existence, a livré une performance parfois un peu solennelle – peut-être même un peu trop, à l’image de l’ambiance de « Crack-Up » -, mais a également su changer de dimensions sur les titres déjà bien apprivoisés par le public.
Assumant sa discographie de plus en plus vaste, le groupe est effectivement venu faire le show en full band pendant plus de deux heures, afin d’enchaîner une vingtaine de titres également empruntés aux précédents longs-formats qui l’ont propulsé au sommet du folk outre-Atlantique. Une disposition idéale pour réintroduire la richesse instrumentale du projet sur scène. C’est ainsi qu’interviennent, par exemple, « He Doesn’t Know Why » et « Blue Ridge Mountains », tubes intemporels de la formation, au moment où flûte, violoncelle et même un saxophone sont dégainés pour densifier la seconde partie du show et lui donner d’autres couleurs.
Les fans présents, quelque peu bouillants après six ans d’attente, se sont alors laissés portés avec passion par la performance, s’époumonant sur toutes les paroles les yeux fermés et l’index pointé vers le ciel : « White Winter Hymnal » ou le magnifique « Your Protector », qui transportent ainsi le public aux débuts de Fleet Foxes et de leur célèbre disque homonyme de 2008.
Tout a donc semblé parfait ; peut-être trop, justement. L’ensemble était propre et taillé au millimètre près, assez calculé finalement, avec des transitions parfois brutales qui ont laissé peu de place pour respirer entre les titres. Loin d’avoir livré son set le plus imprévisible ou le plus surprenant, Fleet Foxes n’en reste pas moins une formation incontournable dans son genre, et entretien le folk au XXIe siècle – même dans son aspect le plus traditionnel – avec une certaine fraîcheur et un regard neuf qui l’empêche constamment de se tarir, au point d’inspirer de nombreux disciples (mais pas toujours aussi talentueux) sur le continent américain. Un groupe déjà culte, en somme.
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