[LP] Fink – Hard Believer

Généré par le folk et étendu par le groove, « Hard Believer » est la huitième merveille de Fin Greenall.

Fink - Hard Believer

On le sait, Fin Greenall est un maître du florilège sonore. Grande figure depuis plus de dix ans chez Ninja Tune (The Cinematic Orchestra), il toujours su magner son art dans des nuances intéressantes et subtiles. Depuis ses débuts purement électro dans « Fresh Produce », Fin a amoureusement suivi ses instincts d’auteur-compositeur sans jamais s’embourber dans les tendances alentours : la folk tribale de « Perfect Darkness », le funk mélancolique de « Sort of Revolution » ou sa terrible symphonie avec le Royal Concertgebouw Orchestra. Maelstrom intemporel, la densité musicale de Fink se traduit dans les refontes de genres, tout y passe et rien ne se perd. « Nous avons voulu aller encore plus loin cette fois et être plus ambitieux avec la musique », explique Fin, « pour déplacer le son vers l’avant sans perdre le contact de l’endroit d’où nous venons ». En bon funambule, sa base jazzy bluezy se fond une nouvelle fois avec « Hard Believer », son huitième album, et continue l’expansion folk/rock de son prédécesseur.

Faisant directement écho à son titre, ce disque est inspiré par les rebondissements de la vie et par les expériences douces-amères des êtres, par exemple comme dans « Shakespeare » qui parle d’une jeune histoire d’amour au destin tragique, métaphorisée par Roméo et Juliette. Présentés à travers 10 titres, ces tumultes de la condition humaine peuvent être scindés de moitié, avec une première partie dense et étendue, évasée par les guitares. On pourrait assimiler quelques pistes à la mécanique du rock progressif pour leurs longues parties instrumentales (« White Flag », « Green And The Blue »), mais aussi à l’acid-jazz pour leur chaleur groovy (« Hard Believer »). La seconde partie est pudique, plus intimiste, rappelant sans doute le mélange downtempo/folk des deux précédents albums : l’acoustique sensible de « Shakespeare », le downtempo langoureux de « Looking Too Closely » et le groove saisissant de « Keep Failing ».

« Cet album est plus orienté sur la performance live que sur une logique de travail en studio. Nous avons enregistré beaucoup de voix en même temps que les guitares acoustiques, de la sorte que ce ne soit pas toujours parfaitement synchronisé. C’est ce que nous recherchions ; de l’honnêteté dans nos enregistrements ». Avec cette maîtrise incontestée, Fink gagne encore davantage de terrain sur la terre des plus beaux auteurs-compositeurs. Le compositeur londonien prend de l’ampleur, sans forcément prendre la grosse tête qu’il pourrait légitimement avoir.

Fink

« Hard Believer » de Fink, sortie le 14 juillet 2014 chez Ninja Tune.


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Julien Catala

chroniqueur mélomane, amoureux des échanges créés autour de la musique indépendante