La Mégapole Montsabert est un café-librairie abrité dans un site troglodytique à Coutures, la blancheur du tuffeau gardant en elle-même les traces singulières d’une mémoire de bords de Loire. Dans ce réaménagement si atypique se tiennent des rencontres chaleureuses entre musique, littérature, théâtre, expositions photos ou œuvres d’artisans d’art du terroir.

C’est sur cette terre de craie poreuse, aux allures de théâtre magique souterrain, que le Rennais Filip Chrétien entre en scène, le 5 mars dernier. Des souvenirs familiaux en forme de voyages en bord de mer refont alors surface, évitant toujours les tracés autoroutiers : « Je ne remercierai jamais assez mon père de nous avoir fait voir ces paysages », confie-t-il dans une émotion diffuse. De paysages aux saveurs harmonieuses, douces et racées, d’histoires internes – les siennes percutant aussitôt les nôtres -, il en sera question tout au long des dix-sept titres chantés ce soir-là.
L’acoustique n’aura jamais sonné aussi ample que lorsqu’il murmure ses hymnes intimes : l’adolescence fébrile régénérant les avancées du jour d’après, les éclats de vie et leurs salissures, les sentiments amoureux furtifs mais toujours prégnants. « La couleur des fleurs » ravive le regard brillant du musicien dans les espaces à ciel ouvert de l’enfance calfeutrée, aux effluves réverbérants d’un John Barry. « La chanson de Prévert », titre patrimonial de Gainsbourg, porte ici l’empreinte parfaite du chanteur, remarquable de nuances et d’interprétation, le projetant même dans une modernité autonome exquise. Ces retours en arrière multiples sont autant de retours sur soi d’un homme réconcilié avec ses tourments, comme si les textes devaient pour de bon s’affranchir de leurs propres mots : intenses, blessés parfois, précieux et fragiles, pudiques jusque dans l’impudeur. « À quoi bon, si nous marchons à l’inverse de nos traces, au fond. », conclut-il, devant un public conquis. L’artiste s’avance avec humilité comme l’un des meilleurs gardiens d’un temple pop made in France, dévoué au songwriting cousu de fil d’or par Françoise Hardy.

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