[Live] Festival les inRocKs Philips au Grand Mix

Qu’il est difficile d’écrire sur deux nuits de ce festival quand on sait par quels événements tout ceci s’est soldé, ce vendredi 13 novembre au soir ; quand on sait que les deux dates parisiennes du festival ont été annulées en suivant, et que les inRocKs ont perdu un journaliste présent au Bataclan. Pourtant, il faut continuer à avancer, continuer à partager ce que nous aimons et qui rend chacune de nos journées et de nos nuits plus belles : la musique et les concerts. C’est pourquoi nous vous proposons, envers et contre tout, un retour sur les deux dates du festival les inRocKs Philips au Grand Mix de Tourcoing.

Fat White Family au festival les inRocKs Philips, jeudi 12 novembre 2015, au Grand Mix de Tourcoing.
Fat White Family, jeudi 12 novembre 2015 au Grand Mix de Tourcoing

À Tourcoing, les festivités du festival les inRocKs Philips démarrent tôt, et c’est devant un public encore clairsemé que les Bo Ningen entrent en scène. Le moins que l’on puisse dire, c’est que la musique du quatuor londonien aux origines nippones ne ressemble à aucune autre. Et si on avait eu du mal à entrer dans l’univers de leur dernier album, quelque part entre rock expérimental, post rock, gothique ou punk (certains parlent de krautcore), on se laisse vite happer par leur performance scénique, dirigée par la chanteuse-bassiste Taigen Kawabe qui saute partout, se déhanche comme un pantin désarticulé et grimace. Elle semble parfois mimer ce qui pourrait être un poisson sorti de son bocal et lance des incantations au public. Toute cette énergie amène une foule de plus en plus nombreuse à « headbanguer » frénétiquement et on se dit que cette édition du festival est particulièrement bien lancée.

Bo Ningen © David Tabary

Dans un tout autre genre vient ensuite Wolf Alice. Et, si l’on craignait une prestation un peu lisse suite à un deuxième album très (trop ?) produit, la scène vient encore une fois balayer tous nos a priori. La belle Ellie Rowsell perturbe vite bon nombre d’esprits masculins qui lui accordent toute leur attention, pas forcément pour de bonnes raisons. Qu’importe, c’est au final l’énergie déployée par la jeune femme et le guitariste Joff Oddie (le duo qui a créé le groupe) qui emportera tout le public sur son passage. Oddie semble vraiment possédé par ce qu’il joue et c’est plutôt communicatif et enthousiasmant.

Wolf Alice © David Tabary

Le sans-faute se poursuit avec le concert de The Districts. Si, là encore, on aurait pu craindre l’effet pschitt pour le concert de ces chouchous des médias, les Américains montrent très vite qu’ils sont les véritables patrons de la soirée. Le quatuor joue son mélange de rock et de blues à la fois poisseux et festif, pied au plancher. Ça sautille partout sur scène et dans le public, on tape des mains et on exulte sur l’énorme tube qu’est « 4th And Roebling ».

The Districts © David Tabary

Les fans de The Districts font quelques pas en arrière au moment où vient le tour pour Fat White Family de monter sur scène. Les premiers rangs se garnissent d’un public venu jouer des coudes et trinquer avec Lias Saoudi, chanteur et leader de cette formation qui représente encore une certaine idée du punk anglais. Tout est foutraque, aussi bien sur scène que dans la salle : un type un peu éméché me renverse une demi-pinte de bière sur le dos, une jeune inconnue voudrait qu’on s’embrasse, avant de se rabattre sur le garçon éméché. Tout ce joyeux bordel avant que, au bout de 25 minutes de concert, Fat White Family ne sorte de scène dans l’incompréhension générale. Court mais intense. On n’en voudra pas (trop) aux Anglais. Et on se dit que cette première journée du festival les inRocKs Philips a Tourcoing aura définitivement été placée sous le signe des guitares et du rock. On se prépare dès lors à une soirée « claviers » pour le lendemain.

Fat White Family © David Tabary

Les affaires reprennent donc le vendredi à la même heure, avec Formation. Il y a déjà plus de monde à 19h20 que la veille. Le duo formé par les frères jumeaux s’est transformé pour l’occasion en quintet. L’ambiance est festive, le son est rond et plein de percussions qui donnent envie de bouger. On a entendu ça mille fois, ce n’est pas très original, mais c’est diablement efficace. Je me retourne et prends le public en flagrant délit de déhanchements incontrôlables et de sourires un peu idiots.

Formation © David Tabary

Changement radical avec Låpsley. La jeune Anglaise rentre en scène dans la pénombre, quelques spots l’éclairant en contre-plongée tandis que son nom apparaît en grand sur le mur du fond. Aux premières paroles du premier morceau, impossible de ne pas penser à Adele : même timbre de voix (au point que c’en est parfois troublant) et légère ressemblance physique. Mais si l’on pense à Adele, c’est une Adele qui aurait viré dans un registre presque trip hop et, en tout cas, particulièrement sobre et épuré. Accompagnée de deux musiciens, dont un percussionniste / batteur impressionnant et efficace comme dix boîtes à rythmes, c’est un grand moment de sensibilité et de poésie qui nous est donné de vivre.

Låpsley © David Tabary

À la fois plus rythmé et tout aussi poétique, Ghost Culture enchaîne dans la continuité. À vrai dire, on aurait quand même bien envie de dire à James Greenwood qu’il n’est pas obligé d’occuper la scène avec des pas de danse sortis d’on ne sait pas vraiment où. Reste derrière tes claviers James, c’est là que tu nous subjugues pour de vrai. Le ridicule ne doit pas être une option. Accompagné sur scène par un vrai batteur qui démultiplie les rythmiques, Ghost Culture est l’occasion de réaliser que ce deuxième jour est peut-être plus celui des percussions que des claviers.

Ghost Culture © David Tabary

Ce sentiment ne sera pas tout à fait démenti avec le génial Ian Chang, à la batterie pour Son Lux. Mais c’est bien entendu Ryan Lott, aka Son Lux, qui nous fascine le plus durant ce dernier concert des étapes tourquennoises du festival les inRocKs Philips. Les jeux de mots sont toujours faciles, mais pourtant ce sont bien les adjectifs « lumineux » et « brillant » qui viennent à l’esprit quand on pense à Son Lux derrière ses claviers (inclinés vers l’avant, comme pour partager avec le public ce que ses mains magiques font sur les touches pour produire cette musique venue d’ailleurs). Galvanisé par un public surexcité, Ryan Lott semble se nourrir de la ferveur de la foule. Plus les gens crient et applaudissent, plus il monte en intensité, se met à sauter dans les airs, se jette à genoux ou crie son bonheur d’être de retour au Grand Mix (Son Lux marque ce soir son troisième passage dans cette salle qu’il dit partout affectionner particulièrement).

Son Lux © David Tabary

Et puis vient ce moment. Ce moment où mon téléphone vibre et où une amie me demande : « tu n’es pas au Bataclan ce soir ??? » Moi, pensant qu’il s’y passe un truc génial, comme la montée sur scène de Josh Homme et Dave Grohl avec les Eagles of Death Metal, je réponds nonchalamment « non, pourquoi ? » tout en me disant que ça promet de grands moments pour le concert du même groupe le lendemain dans ce Grand Mix. Et là, les mots tombent. « Attentats », « prise d’otages ». Et soudain, c’est la sensation d’être happé dans un univers parallèle. Autour de soi, on voit des gens ivres de bonheur, un groupe au sommet de son art en train de livrer une prestation rare. La fête bat son plein, on y est présent et on n’est pas là à la fois. Je pense à ce copain photographe qui avait mis sur Facebook être accrédité pour la soirée (je découvrirai sur le même réseau social qu’il va bien). Et puis le concert se termine. Le public applaudit à tout rompre et réclame un rappel. Son Lux revient. Il a l’air très ému et je me demande s’il sait. Et puis les larmes roulent sur ses joues, sa voix s’étreint, et il annonce la terrible nouvelle à des spectateurs incrédules. Son Lux devait jouer à Paris le lendemain. Il joue un dernier morceau, seul en scène. Et les lumières se rallument. On nous demande de quitter le Grand Mix au plus vite et dans le calme. Les visages des amis qui ne rechignent jamais à une dernière bière au bar sont graves. Dehors, la police est déjà là pour protéger notre sortie. Le sentiment est à nouveau contrasté entre la sensation d’avoir vécu deux grandes nuits d’un festival plus que réussi dans une salle magnifique, et l’impression subite de vacuité de tout ça. Sur le retour à la maison, on se dit tout de même qu’il faudra très vite revenir, et tout faire pour contribuer d’une manière ou d’une autre à ce que chaque nouveau concert au Grand Mix ou ailleurs soit plus beau, plus intense et empli de plus d’intensité, d’amour et de partage.


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