Les Inrocks à La Cigale : 3 mariages et un enterrement

Retour sur la soirée du 8 novembre 2013 à la Cigale dans le cadre du Festival des Inrocks avec Young Fathers, Papa, These New Puritans et Suuns.

crédit : Nicolas Nithart
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Young Fathers. Douche écossaise

crédit : Nicolas Nithart
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Une salle au tiers remplie (mais où sont donc les Parisiens ?) ne saurait être un frein à la rage et à la détermination des Young Fathers – qui investissent la scène sur la pointe des pieds, comme pour préparer une bonne farce – à faire trembler chaque centimètre carré de cette Cigale qui en a pourtant vu d’autres. 2 blacks et 2 whites, 1 derrière et 3 devant, les combinaisons deviennent multiples pour le groupe qui a choisi de principalement interpréter son second LP sobrement appelé Tape 2 (référence non dissimulée aux ghetto blasters, album qui sera d’ailleurs vendu sous forme de K7 audio au merchandising).  La sobriété du plateau et du lighting est inversement proportionnelle à la fureur qui va se déverser devant un public qui sera largement récompensé d’être arrivé à l’heure.
Les titres des Écossais qui puisent leur inspiration et leurs sonorités dans du Mia, Marvin Gaye ou Wu Tan Clan sont autant de terrain de jeux pour les trois chanteurs qui se croisent et décroisent d’un coup d’épaule, au rythme d’un tom basse en transe. Le public est tétanisé, n’ose plus bouger, le groupe exacerbe les contrastes avec des titres vindicatifs, chorégraphiés et des morceaux presque langoureux. L’art de la douche forcément écossaise.

crédit : Nicolas Nithart
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On se prépare à les retrouver en 2014 en France lors de la sortie de leur 3e LP.
Au nom des paires, du fist et des sains d’esprits, hey men ! La messe des jeunes pères a été dite.
Les Young Fathers chantent « The Queen is Dead ». Avec eux, l’arène n’est pas morte.


Papa. Enchanteur.

crédit : Nicolas Nithart
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Des jeunes pères au Papa, il n’y a qu’un pas. Emmenés par le batteur chanteur aux pieds nus, Darren Weiss, les Américains sont très fiers de fouler pour la première fois une scène parisienne et nous le font sentir. Déjà 5 ans que le groupe existe, il était temps !
Weiss a laissé bien loin derrière lui la folie punk qui l’inspirait tant aux balbutiements du groupe pour se consacrer à un rock plus roots, plus américain, sa voix et ses envolées ne seront pas parfois sans rappeler celle du Boss.

crédit : Nicolas Nithart
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Et justement, ils ont bossé pour forger leur identité tout en gardant un US flag planté droit sur chacune de leur compo. « A good woman is hard to find » chantaient-ils sur leur premier EP.
A good sound too pourrait-on leur rétorquer. Et c’est ce qu’ils ont en plus d’une démarche que l’on sent sur scène assez philosophique, toute droite empruntée à leurs années New-York et à la promiscuité avec des Temper Traps et Cold War Kids qu’ils auront sagement suivis et écoutés sur la route. Fallait-il vraiment cette reprise de « Because The Night » de Pattie Smith . Car chacun de leur titre est parfaitement précis, ciselé, vécu, transpiré. Jusqu’au dernier riff qui se fait se lever le daddy long legs Weiss pour venir saluer sur le devant ce public frenchie qu’il avait longtemps rêvé d’approcher.
Moment fraternel, moment paternel, immortalisé par Weiss debout sur son siège de batterie. On se dit que c’est un Papa qu’on aimerait tous avoir : généreux, honnête, intègre, savoureux. Hors pair.


These New Puritans. Pêché mortel.

crédit : Nicolas Nithart
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On a peine à croire qu’Aphtex Twin ait pu autrefois inspirer les jumeaux Barnett. Leur prestation de 40 minutes au Inrocks 2013 aura assurément déstabilisé et fait fuir plus d’un.
Non pas justement de par la musique dont ils proclament s’inspirer (au hasard, celle de RZA), mais plutôt par cette démarche autiste et déconcertante qui en aura laissé bon nombre sur le perron.
Car pour entrer dans la maison puritaine, il faut faire preuve de beaucoup de volonté, de patience et de compréhension pour pouvoir entamer une quelconque communion. Pourtant, le groupe londonien est venu en masse prêcher sa bonne parole. Des cuivres, une choriste pleine d’arabesques, une concentration hors pair n’y feront pourtant rien. Enfermés dans une bulle hermétique, les quelques envolées aux accents cinématographiques n’arriveront même pas à entamer la liesse d’un public qui se dit qu’il peut-être passé à côté de quelque chose – mais quoi ?

crédit : Nicolas Nithart
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Le groupe est peut-être plus simplement formaté pour un Beaubourg ou un Palais de Tokyo. C’est donc coi que la salle de la Cigale désormais pleine laisse partir les TNPS vides et évidés.
Le plaisir est un pêché selon la doctrine des puritains. Nous aurions aimé lever leur veto.


Suuns. Régénérant.

crédit : Nicolas Nithart
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Dans l’éphéméride Inrocks du 8 novembre 2013, les soleils se lèvent à 21h50 sur la Cigale.
Nos héros pas zéro (Suuns = zéros en thaï) vouent une fidélité au public français qui ne se lasse pas d’écouter en boucle les dernières loops du LP « Les Images du Futur ».
Dès les premières notes de synthé, les Montréalais fondent la foule avec leur brise-glace atomique que rien ne saurait stopper. Ben Shemie s’accroche à sa guitare et son micro tandis que Joseph Yarmush tripote potards et basse, assemblage savant déterminant du son inégalé des Suuns. Liam O’Neill, en apnée à la recherche du moindre gramme d’air, frappe avec préciosité sa batterie et Max Henry, réservé, se cache derrière claviers et synthés pour emmener tout en spirale les titres hypnotisants tous aussi inclassables les uns que les autres. Mais la classe se classe-t-elle ? Desservi par un light show austère (on avait vu bien mieux sur la scène Malouine ou de Carhaix par exemple), le public est toutefois totalement happé par un enchaînement de titres si différents, mais si cohérents.

crédit : Nicolas Nithart
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Les Suuns nous font oublier le temps qui passe et celui qu’il fait dehors. Le voyage est serein, agréable, on est suspendus à ces notes dont on voudrait qu’elles ne finissent jamais. Chaque compo est comme le bouquet final d’un feu d’artifices. Oh le beau « Bambi »… Eh le génial « 2020 »… Ah le lancinant « Pie IX »….  Et c’est dans « Edi’s Dream » que le public se met à rêver quelques secondes. Shemie, jumeau officiel de feu Reed, insère à la basse sans crier gare la ligne mélodique de « Walk On The Wild Side ». Les cœurs s’arrêtent, la salle est transie. Les Suuns en connaissent un rayon question émotions.
Pas de rappels pour ce nouveau set français irréprochable. Mais les Suuns reviendront faire un petit tour à Marseille le 12 avec une autre légende : Phoenix.
Ne dit-on pas que le phénix vouait un culte au soleil ? Comme nous, sommes toutes.

crédit : Nicolas Nithart
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