L’impatience était à son comble dans la salle du Chabada ce jeudi 20 mars. Le concert de Fauve affichait complet depuis plusieurs semaines et le gimmick « Tu vas au concert de Fauve ? » était sur nombre de bouches depuis des jours. Le collectif a su proposer au public une scénographie en cohérence avec ses morceaux et une mise en scène aux allures innovantes et extraordinaires. Un remarquable travail sur l’image couplé à une forte prestance qui nous a fait vivre un spectacle visuel total.

À moins que l’on vive dans une grotte ou sur une autre planète depuis des années, il est difficile de faire l’impasse sur le phénomène Fauve ≠ : un collectif originaire de Paris qui s’est fait connaitre sur Internet. Ceux qui font vivre le collectif sont regroupés sous le nom de Fauve Corp, mais sont tous anonymes. Ils travaillent aussi bien sur l’intégralité du processus musical que sur les clips, les photos ou encore l’organisation de la tournée des musiciens. Fauve ≠ qualifie sa musique de spoken word : ce n’est pas du rap, ni du slam, mais une sorte de poésie qui se concentre sur les mots. Le groupe a connu une succession de buzz avec ses morceaux aux paroles crues et aux constats durs.
La scène est immense au Chabada ce soir. 5 imposants rideaux sont accrochés au fond de la scène : un pour chaque lettre de Fauve ≠. D’autres tissus sont fixés sur les murs de gauche et de droite. Après une première partie efficace des rappeurs angevins Remington, c’est avec la projection du symbole ≠ au rouge vif que tout commence. Un rideau tourne au fond de la scène et laisse approcher 5 individus à l’apparence terriblement normale. Le chanteur retire son sweat à capuche pour ne garder sur lui qu’un t-shirt des Black Lips. Derrière lui un guitariste, un bassiste, un batteur et un vidéaste. Le public est très enthousiaste alors que retentit une intro aux airs rock qui annonce le premier titre : « De Ceux ».
« Nous sommes de ceux qu’on ne remarque pas / Des fantômes des transparents des moyens / Nous sommes de ceux qui ne rentrent pas en ligne de compte. » La « voix » de Fauve ≠ se tient de façon solennelle devant son micro puis commence à se diriger à gauche de la scène, puis à droite, puis recommence. On croirait voir un lion affamé dans une cage, prêt à charger. Le texte est prononcé avec une diction des plus parfaites. « Cock Music Smart Music » est le 3e titre de ce live. Sur scène Fauve ≠ met davantage l’accent et le volume sur la musique que sur les paroles. Nous assistons à un vrai concert et non pas à un simple récital. En revanche, lorsque l’on connait déjà les morceaux, la surprise est moindre et le concert de Fauve ne crée pas de véritable choc. Seules subsistent une fascination et une curiosité dans toute la mise en scène qui en met plein la vue.
Pendant la totalité du concert sont projetées sur les rideaux des images dignes d’une projection cinématographique, mélangeant clips et essentiellement images inédites de paysages, d’individus et de scènes de la vie quotidienne. Les écrans disparaissent et pivotent selon les morceaux et le format de l’image qui est diffusée dessus. L’utilisation de la vidéo sur scène ne s’arrête pas là. Elle joue avec les mots du chanteur, les formes géométriques, les lumières et les espaces. On peut apprécier fréquemment plusieurs films projetés sur le même écran qui illustrent des souvenirs et des points de vue sous différents angles. Il en résulte un concept fort et pertinent qui s’avère être une réussite totale. Les films se voient même indissociables, voire indispensables, face à la musique. Le vidéaste au fond de la salle donne du corps aux sons. Le moment visuel le plus mémorable sera ces images de foudre synchronisées avec les stroboscopes. Pendant un moment, le Chabada était en pleine tempête.
Les tubes s’enchainent : « Sainte-Anne », « Infirmière », « Kané »… Certains titres sont amenés par des enregistrements de voix sublimes capturées au préalable. Sur « 4000 Îles » et « Rub A Dub », Fauve ≠ osera chanter faux en l’assumant plus ou moins, comme sur le CD. Rien de honteux dans cette maladresse volontaire et bienvenue. Le groupe séparera le public en trois pour le faire chanter « en canon » le fameux refrain «Emmène-moi » de 4000 Îles. Un rappel bien nourri fera revenir les membres, émus, de Fauve ≠.
Les deux derniers titres seront l’intime « Loterie » puis le fameux « Blizzard ». Le public fera une belle ovation pour ce groupe qui se produit sur scène et qui dit pourtant ne pas avoir l’habitude de ce genre d’exercice. Ce jeudi 20 mars 2014, nous avions pourtant devant nous de grands professionnels.
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